Vente d’armes : la politique de Berlin est « imprévisible »
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Vente d’armes : la politique de Berlin est « imprévisible »

L'Allemagne doit choisir entre des "objectifs de politique intérieure" au risque de sacrifier l'Europe de la défense, ou "créer les conditions d'une souveraineté européenne"

La chancelière allemande Angela Merkel lors d'une conférence de presse à la Chancellerie de Berlin, le 27 février 2018. (AFP/Tobias Schwarz)
La chancelière allemande Angela Merkel lors d'une conférence de presse à la Chancellerie de Berlin, le 27 février 2018. (AFP/Tobias Schwarz)

La politique allemande d’exportations d’armement est « imprévisible » car trop dépendante de considérations de politique intérieure, a critiqué l’ambassadrice de France à Berlin, qui craint pour l’avenir des efforts pour bâtir une Europe de la défense.

« La politisation croissante du débat allemand sur les exportations d’armements (…) fait peser un risque sur la coopération de défense européenne en cours et à venir », assène Anne-Marie Descôtes dans un article publié mardi par l’Académie fédérale allemande pour la politique en matière de sécurité (BAKS).

« Le caractère imprévisible de la politique allemande de contrôle des exportations (…) alimente l’inquiétude des partenaires européens de l’Allemagne », poursuit-elle.

Le gouvernement allemand se retrouve régulièrement sous la pression de l’opinion publique concernant ses ventes d’armements à des pays hors de l’UE ou de l’Otan, ce qui freine les exportations de produits allemands mais aussi de systèmes européens contenant des composants allemands.

Or le succès de grands projets industriels, comme l’avion ou le char de combat du futur, dépendra « de leur performance économique et donc de l’existence de perspectives réalistes d’exportations ».

Ce que Paris reproche à Berlin n’est pas tant les restrictions sur les exportations d’armes, que le fait que « les règles allemandes (…) sont susceptibles de changer au gré de l’actualité de politique intérieure ».

Le journaliste saoudien Jamal Khashoggi au World Economic Forum à Davos, le 21 janvier 2011. (Crédit : AP Photo/Virginia Mayo, File)

L’Allemagne a ainsi imposé un gel sur les exportations vers l’Arabie Saoudite depuis l’assassinat en octobre 2018 du journaliste saoudien Jamal Khashoggi à Istanbul. Une décision qui a suscité la colère de la France comme du Royaume-Uni, car des systèmes communs tombaient sous ce moratoire en raison de composants allemands. Berlin réfléchit désormais à reprendre ces ventes.

L’ambassadrice de France met aussi en garde l’Allemagne, car les industriels de l’armement en Europe réfléchissent à travailler avec des systèmes « German free », c’est-à-dire sans éléments allemands.

Français et Allemands travaillent, comme le rappelle Mme Descôtes, à finaliser un accord bilatéral « public et juridiquement contraignant » sur la question des exports.

Pour la diplomate, « la responsabilité de l’Allemagne » est désormais de choisir entre des « objectifs de politique intérieure » au risque de sacrifier l’Europe de la défense, et de « saisir l’importance historique du moment (…) et créer les conditions d’une véritable souveraineté européenne » à l’heure des tensions avec le parrain américain.

L’Allemagne fait partie des quatre ou cinq plus grands pays exportateurs d’armes au monde, au coude-à-coude avec la France.

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