Azaria condamné à 18 mois de prison
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Azaria condamné à 18 mois de prison

Le soldat a aussi été démis de son grade de sergent. Il est également condamné à 12 mois de prison avec sursis

Un tribunal militaire israélien a condamné mardi à 18 mois de prison le soldat Elor Azaria, accusé d’avoir achevé un terroriste palestinien blessé, point d’orgue d’un procès qui a profondément divisé le pays.

Elor Azaria a été déclaré coupable d’homicide volontaire par les trois mêmes juges le 4 janvier. Le sergent de 21 ans est le premier soldat israélien depuis 2005 à connaître un tel sort, selon la presse.

Le jeune homme au visage rond et au crâne rasé est entré dans le prétoire exigu de Tel-Aviv sous les applaudissements.

En uniforme olive et les mains libres, arborant un très large sourire crispé, il a embrassé sa fiancée et longuement étreint tour à tour sa mère visiblement éprouvée, son père, et ses amis, constamment présents à chacune des audiences.

A l’extérieur, plusieurs dizaines de personnes, étroitement surveillées par les policiers après des heurts lors d’une précédente audience en janvier, ont manifesté leur soutien au soldat, brandissant des pancartes et des banderoles proclamant : « On ne laisse pas tomber les combattants » ou « mort aux terroristes ».

Les juges ont accédé à la demande de la défense d’Azaria pour un délai avant qu’il ne commence à purger sa peine. Il entrera en prison le 5 mars à 11h00. Le report permettra à la défense du soldat de faire appel.

Il sera en attendant assigné à la base militaire Nahshonim, la base d’affectation de sa brigade Kfir.

La famille et les amis d’Azaria ont chanté Hatikva dans la salle d’audience, l’hymne national d’Israël, tout en affirmant que le soldat est un héros.

« Envoyer Elor Azaria en prison pour son crime envoie un message important sur le règne de l’usage excessif de la force », a déclaré Sari Bashi, directrice Israël et Palestine de Human Rights Watch.

« Mais les responsables israéliens devraient également répudier leur discours de ‘tirer pour tuer’, que trop d’entre eux ont promu, même quand il n’y a pas de menace imminente de mort. Gracier Azaria ou réduire sa peine ne ferait qu’encourager l’immunité pour prendre illégalement la vie d’une autre personne », a-t-elle ajouté.

L’accusation avait requis au minimum trois ans contre le jeune homme au visage rond, toujours revêtu de l’uniforme olive et constamment entouré de ses proches et de sa mère éprouvée à chacune des audiences.

La juge Maya Heller a noté mardi qu’Azaria a agi de manière non professionnelle pendant l’incident, et a évoqué le chaos général de cette journée. Elle a affirmé qu’Azaria a violé les règles de « pureté de l’arme » de l’armée, les règles d’engagement et les valeurs de l’armée.

Violer la valeur de la « pureté de l’arme » nuit à la position d’Israël dans le monde et à sa sécurité, a-t-elle affirmé.

Le lieutenant-colonel Nadav Weisman a déclaré après le verdict que « nous savions que ce serait difficile pour l’accusé, mais la justice devait être faite, et la justice a été faite. »

« Ceci envoie un message aux commandants », a-t-il ajouté, suggérant apparemment que les officiers de terrain ressentiront maintenant une pression plus importante pour maintenir les valeurs de l’armée et l’état de droit.

Le père d’Azaria avait dit à ses partisans que la famille « n’attend rien » de la sentence et leur avait demandé de rester calmes, quelle que soit la décision.

« Nous avons d’autres options, » avait-il dit. « Nous aimons tous Israël. »

Elor Azaria, le soldat israélien qui a tué un terroriste palestinien à Hébron, devant la cour avant la lecture de son verdict, à la Kirya, à Tel Aviv, le 4 janvier 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Elor Azaria, le soldat israélien qui a tué un terroriste palestinien à Hébron, devant la cour avant la lecture de son verdict, à la Kirya, à Tel Aviv, le 4 janvier 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Elor Azaria « a tué une personne, même s’il s’agissait d’un terroriste », avait argumenté le lieutenant-colonel Weisman. Il avait demandé qu’Elor Azaria soit démis de son grade et que les mois passés assigné à sa base depuis son arrestation ne soient pas déduits de la peine.

Le soldat, membre d’une unité paramédicale, avait été filmé le 24 mars 2016 par un militant pro-palestinien d’une ONG israélienne alors qu’il tirait une balle dans la tête d’Abdel Fattah al-Sharif à Hébron, en Cisjordanie.

Le Palestinien venait d’attaquer des soldats au couteau. Atteint par balles, il était au sol, apparemment hors d’état de nuire.

Un soldat israélien chargeant son arme avant de sembler tirer à la tête sur un assaillant palestinien au sol, apparemment désarmé, à la suite d'une attaque au couteau à Hébron, le 24 mars 2016. (Crédit : capture d'écran B'TSelem)
Un soldat israélien chargeant son arme avant de sembler tirer à la tête sur un assaillant palestinien au sol, apparemment désarmé, à la suite d’une attaque au couteau à Hébron, le 24 mars 2016. (Crédit : capture d’écran B’TSelem)

Elor Azaria, arrêté immédiatement après les faits, plaide non-coupable. Il pensait que le Palestinien dissimulait sous ses vêtements une ceinture d’explosifs, ont plaidé ses avocats.

Israël était alors en proie à une vague de violences quasi-quotidiennes. Elor Azaria pourrait avoir craqué sous la pression, ont signifié des témoins à décharge.

Cela « aurait pu arriver à n’importe lequel d’entre nous », a dit au procès Ori Elon, un soldat de son unité.

Ce contexte de tensions après des années de conflit non-résolu et la litanie de morts qu’il a causée ont fortement contribué à diviser l’opinion israélienne devant le spectacle de ce procès ultra-médiatisé. D’un côté, ceux qui défendent le procès au nom du respect nécessaire de valeurs éthiques par l’armée. De l’autre, les tenants d’un soutien sans faille aux soldats confrontés aux attaques palestiniennes.

Appels à la grâce

Des dizaines de jeunes supporteurs du soldat avaient affronté les policiers à l’extérieur du tribunal en janvier. D’éminentes personnalités politiques, y compris des membres du gouvernement, ont volé au secours du soldat Azaria.

La ministre de la Culture et des Sports, Miri Regev, le 17 février 2016 (Crédit : Tomer Neuberg / Flash90)
La ministre de la Culture et des Sports, Miri Regev, le 17 février 2016 (Crédit : Tomer Neuberg / Flash90)

La ministre de la Culture Miri Regev avait déclaré qu’Elor Azaria est « notre fils, notre enfant ».

L’état-major, lui, a bravé la réprobation de la droite dominante, et poussé au procès.

L’affaire a mis à l’épreuve cette incontournable institution, réputée comme un facteur d’unité face aux menaces extérieures. Les messages haineux se sont multipliés sur les réseaux sociaux contre les trois juges, auxquels l’armée a assigné des gardes du corps.

L’armée a dû s’employer à faire taire une campagne selon laquelle les soldats pourraient être victimes d’un « effet Azaria » au point qu’ils auraient tardé à tirer, de peur de se retrouver devant les tribunaux, quand un terroriste palestinien avait lancé son camion contre eux le 8 janvier à Jérusalem, faisant quatre soldats morts.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait commencé par soutenir l’état-major. Devant l’orientation prise par l’opinion, il a notablement modifié son propos et fini par joindre sa voix à la multitude d’appels à gracier le soldat.

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