Victoire tactique de Tsahal sur le Hamas, mais le problème c’est les roquettes
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Victoire tactique de Tsahal sur le Hamas, mais le problème c’est les roquettes

L'armée a imposé un lourd tribut aux groupes terroristes de Gaza pour son attaque sur Jérusalem, mais reconnaît qu'elle a du mal à empêcher les tirs de roquettes

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Une unité d'artillerie lance des obus vers des cibles à Gaza, le 19 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Tsafrir Abayov, File)
Une unité d'artillerie lance des obus vers des cibles à Gaza, le 19 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Tsafrir Abayov, File)

Les services de renseignements militaires israéliens ne sont pas encore en mesure d’évaluer la durée du cessez-le-feu entre Jérusalem et le groupe terroriste du Hamas après la bataille de 11 jours qui a opposé les deux parties ce mois-ci.

Bien que l’armée israélienne ait porté un coup sérieux aux capacités militaires du Hamas, ait sapé ses stratégies fondamentales en attaquant son réseau de tunnels souterrains dans la bande de Gaza, elle reconnait que le groupe terroriste dispose toujours de milliers de roquettes dans ses arsenaux et pourrait facilement décider de les utiliser à nouveau.

Peu avant l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, le chef des opérations de Tsahal, le général de division Aharon Haliva, a déclaré que le conflit serait considéré comme un succès pour Israël s’il permettait d’instaurer cinq années de calme à Gaza.

Mais les responsables des services de renseignement ont précisé mercredi qu’il ne s’agissait pas d’une estimation de la durée du cessez-le-feu, mais simplement d’une barre permettant d’évaluer l’issue de la campagne, baptisée opération Gardien des murs.

Des volontaires palestiniens balaient la poussière devant un bâtiment détruit lors de la dernière série de combats, dans le quartier Rimal de la ville de Gaza, le 25 mai 2021. (Crédit : MOHAMMED ABED / AFP)

De la même manière que la guerre des Six Jours de 1967 a été un succès militaire écrasant pour Israël mais a néanmoins été suivie d’une attaque surprise six ans plus tard, l’armée a averti que, malgré les victoires tactiques et stratégiques de l’opération Gardien des murs, le combat actuel contre le Hamas pourrait ne pas avoir produit la dissuasion durable qu’Israël espère.

Les dirigeants du Hamas ont revendiqué la victoire dans le conflit, car ils cherchent à établir un narratif pour expliquer les combats à leur peuple, et ils peuvent se justifier en agissant de la sorte, ayant atteint un grand nombre des objectifs que le groupe terroriste s’était fixés.

Tout au long des combats, le groupe terroriste s’est défini comme un protecteur de Jérusalem – lançant le premier barrage de roquettes sur la capitale en réponse à de violents affrontements entre des émeutiers musulmans et des policiers israéliens sur le mont du Temple – il a également réussi à exacerber les dissensions croissantes entre Israéliens juifs et arabes, à inspirer des attaques contre des civils et des soldats israéliens en Cisjordanie, à attirer l’attention internationale sur la cause palestinienne et à tuer 11 civils en Israël.

Des roquettes tirées depuis la bande de Gaza vers Israël, le 10 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Khalil Hamra)

Le Hamas doit maintenant déterminer si le prix considérable qu’il a payé pour ces réalisations en valait la peine ou s’il a remporté une victoire à la Pyrrhus. Ce n’est qu’au cours des mois et des années à venir que cette question se clarifiera, selon les évaluations de l’armée.

Le coût pour le Hamas a été élevé : au cours du conflit, Israël a tué un certain nombre d’agents de haut rang, dont plusieurs membres clés de son aile de recherche et développement, et a mené des frappes sur une trentaine d’installations de production de roquettes, ce qui rendra beaucoup plus difficile pour le groupe terroriste le renouvellement de ses arsenaux. L’armée a également intercepté tous les drones – qu’il s’agisse d’engins aériens sans pilote ou de sous-marins autonomes – lancés par le Hamas, ainsi que plusieurs autres se trouvant au sol avant qu’ils ne puissent être déployés.

Et, ce qui est peut-être le plus important, l’armée israélienne a détruit plus de 100 kilomètres de tunnels du Hamas dans la bande de Gaza, qu’Israël a surnommé « le métro ». Cela a rendu inutilisable une grande partie de l’infrastructure souterraine du groupe terroriste – environ un tiers, selon les évaluations de l’armée – et, surtout, a démontré aux agents du Hamas qu’ils étaient vulnérables aux attaques dans leurs bunkers souterrains.

« La capacité des services de renseignement militaire à cartographier l’infrastructure souterraine et à fournir des informations indispensables aux troupes de combat afin d’enlever au groupe terroriste son domaine de prédilection constitue un changement stratégique. C’est le fruit de plusieurs années de travail », a déclaré cette semaine à la presse un haut responsable du renseignement militaire, sous couvert d’anonymat.

« Des années de travail, une réflexion hors des sentiers battus et la fusion du pouvoir du Renseignement militaire avec les responsables sur le terrain ont abouti à une percée et à une solution à l’énigme du sous-sol », a-t-il déclaré.

La capacité d’Israël à frapper systématiquement des cibles souterraines a également été remarquée par le Hezbollah au Liban, qui entretient son propre complexe souterrain massif de tunnels et de bunkers.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu en conférence de presse après le cessez-le-feu avec le Hamas, à Tel Aviv, le 21 mais2021. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

L’attaque de Tsahal contre le réseau de tunnels du Hamas a débuté par une série massive de frappes aériennes la quatrième nuit du conflit, accompagnée d’une ruse élaborée destinée à convaincre le groupe terroriste qu’Israël était sur le point de lancer une offensive terrestre dans la bande de Gaza et qu’il devait donc envoyer ses combattants dans les passages situés sous le nord de Gaza.

Cette ruse consistait à annoncer aux fantassins de Tsahal qu’ils entraient dans la bande de Gaza et à positionner les troupes le long de la frontière comme si elles se préparaient à entrer dans l’enclave, ainsi qu’à dire aux journalistes étrangers que les troupes israéliennes étaient effectivement entrées dans la bande de Gaza, bien que Tsahal maintienne officiellement qu’il ne s’agissait pas d’une tentative délibérée de tromper la presse, mais d’un simple quiproquo de la part d’un officier.

Ce stratagème n’a pas été aussi efficace que prévu et beaucoup moins d’agents du Hamas ont pénétré dans les tunnels que ce que l’on pensait initialement, mais les services de renseignements militaires considèrent en grande partie qu’il s’agit d’un succès, car à ce stade du conflit, l’armée avait déjà détruit un certain nombre de tunnels et la confiance du Hamas dans ces derniers était donc vacillante – il s’agissait donc de la dernière chance pour l’armée de détruire le réseau de tunnels alors qu’il avait encore une valeur stratégique.

« La première guerre de l’intelligence artificielle »

Le renseignement militaire a joué un rôle clé dans l’opération, en identifiant à l’avance les cibles à attaquer et en en trouvant d’autres pendant le conflit lui-même. Cela a été fait en partie grâce à ce qu’on appelle le HUMINT, le renseignement humain, notamment les Palestiniens de Gaza qui collectent des renseignements et les transmettent à des agents de Tsahal. Mais dans cette série de combats, l’apprentissage automatique et d’autres capacités informatiques avancées ont joué un rôle clé.

En effet, pour la première fois dans une bataille, une grande partie de l’effort a été assistée par les programmes d’intelligence artificielle de l’armée, ce qui en fait la « première guerre d’intelligence artificielle » de Tsahal, selon le renseignement militaire.

« Pour la première fois, l’intelligence artificielle a représenté un facteur clé et un multiplicateur de force dans la guerre contre un ennemi », a déclaré le haut responsable du renseignement.

Ces capacités avancées ont été utilisées pour passer au crible les quantités inimaginables de données que les services de renseignement militaire interceptent et collectent à Gaza – appels téléphoniques, messages SMS, images de caméras de surveillance, images satellite et un énorme éventail de capteurs divers – afin de les transformer en informations de renseignement utilisables : où se trouvera un commandant spécifique du Hamas à un moment précis, par exemple.

Pour donner une idée de l’ampleur de la quantité de données collectées, l’armée a déclaré qu’elles estimaient que n’importe quel point de la bande de Gaza avait été photographié au moins 10 fois par jour pendant le conflit.

« Il s’agit de la première guerre de ce type pour Tsahal, une actualisation de nouvelles techniques et de développements technologiques représentant… le mélange d’une grande variété de sources de renseignement avec l’intelligence artificielle et une connexion profonde avec [les troupes sur] le terrain, représentant un changement dramatique dans la connexion entre le renseignement et ceux qui sont sur le front », a ajouté le fonctionnaire.

Cela a permis aux services de renseignement militaire non seulement de tuer plusieurs dizaines d’agents de haut niveau du Hamas et du Jihad islamique palestinien, le deuxième groupe terroriste le plus important de la bande de Gaza, mais aussi de le faire avec un nombre réduit de victimes civiles.

Le feu et la fumée s’élèvent au-dessus des bâtiments de la ville de Gaza alors que les avions de combat israéliens effectuent des frappes en représailles aux roquettes tirées par le Hamas, tôt le 17 mai 2021. (Crédit : Anas Baba/AFP)

Lorsque Tsahal a tué le commandant du Jihad islamique, Hassan Abu Harbid, dans le camp de réfugiés de Shati, densément peuplé, les services de renseignement militaire ont déterminé que le chef terroriste se trouvait dans une chambre d’amis indépendante, dans la maison de son ami. Sachant qu’Abu Harbid se trouvait dans un bâtiment séparé, l’armée de l’air israélienne a pu viser uniquement cette chambre, le tuant lui et personne d’autre.

Au cours des combats, 253 Palestiniens ont été tués, dont 66 mineurs. L’armée israélienne maintient que la plupart des personnes tuées étaient membres de groupes terroristes et que certaines ont été touchées non pas par des frappes israéliennes mais par des roquettes perdues provenant de Gaza qui n’ont pas franchi la frontière et sont retombées dans la bande de Gaza ; au moins huit civils auraient été tués de cette façon.

Mais l’armée reconnaît également que des civils ont été tués par des tirs israéliens, même si elle affirme que des efforts considérables ont été déployés pour minimiser les pertes civiles dans la mesure du possible. Il a notamment été nécessaire de contacter directement les personnes se trouvant dans les bâtiments qui devaient être attaqués et d’annuler les frappes lorsque trop de civils étaient présents dans la zone.

L’attaque de la tour Jala dans la ville de Gaza, qui abritait les bureaux de l’Associated Press, d’Al-Jazeera et d’un certain nombre d’autres médias internationaux, est l’une des frappes qui n’a fait aucune victime et qui continue de peser sur la campagne militaire. Selon l’armée israélienne, elle abritait également une unité de renseignement du Hamas qui exploitait depuis le bâtiment un certain nombre de dispositifs de guerre électronique avancés destinés à interférer avec la réception GPS de l’armée, ce qui pouvait affecter le fonctionnement normal des armes de Tsahal.

Les services de renseignements militaires soutiennent que la gravité de ce problème a justifié l’attaque du bâtiment, ainsi que la décision de faire tomber l’ensemble de la structure, plutôt qu’une frappe chirurgicale sur les étages où le Hamas opérait, car cela n’aurait peut-être pas détruit toutes les capacités de guerre électronique de la tour.

Ce point de vue a été fortement remis en question et, en effet, certains responsables israéliens impliqués dans l’attaque ont déclaré au New York Times qu’ils regrettaient de l’avoir approuvée, compte tenu de l’importante réaction internationale qu’elle a suscitée.

La tour Jalaa détruite par l’armée israélienne dans a bande de Gaza, le 21 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Hatem Moussa)

Le problème, ce sont les roquettes

Les services de renseignement militaire ont eu du mal à localiser et à détruire les arsenaux de milliers de roquettes et d’obus de mortier du Hamas et du Jihad islamique. Cela a permis aux groupes terroristes de lancer plus de 4 300 projectiles vers Israël, dont 680 sont tombés avant la frontière, tandis que 280 autres ont atterri en mer.

Cela s’explique en grande partie par le fait que le Hamas a trouvé divers moyens de cacher ses rampes de lancement, en les dissimulant sous des bâches ou à l’intérieur de bâtiments dont le toit est amovible.

Bien que l’armée ait mieux réussi à cibler les multi-lances roquettes, ou systèmes de roquettes à lancement multiple, plus avancés du Hamas, en éliminant environ 40 % de ces batteries, l’armée admet n’avoir détruit qu’environ 10 % de l’arsenal de roquettes du Hamas au cours des combats actuels. Il reste donc des milliers de roquettes, y compris de longue portée, en possession du Hamas, bien que les estimations précises de l’armée concernant la taille de l’arsenal du groupe terroriste soient classifiées.

Bien que les groupes terroristes dans la bande de Gaza aient mené avec succès au moins trois attaques de missiles guidés antichars ce mois-ci – une par le Jihad islamique qui a légèrement blessé un civil israélien, une par le Hamas qui a tué un soldat et en a blessé deux autres, et une troisième par le Hamas qui a touché un bus vide, sans faire de blessés – l’armée a pu localiser et détruire un grand nombre de ces armes précises et mortelles, faisant passer le nombre de lanceurs de plusieurs dizaines à moins que dix, selon les évaluations de l’armée.

Contrairement aux roquettes et aux mortiers, les missiles guidés antichars restent une arme difficile à produire au niveau national, ce qui ne laisse au Hamas et au Jihad islamique que l’option de les faire entrer en contrebande dans la bande de Gaza, un exploit difficile à réaliser étant donné qu’Israël a considérablement intensifié ses efforts pour contrer de tels efforts.

Sur le plan défensif, le renseignement militaire a également amélioré sa capacité à prévoir les frappes antichars, en envoyant des alertes aux soldats sur le terrain lorsqu’ils risquent d’être touchés, en se basant en partie sur les évaluations des programmes d’intelligence artificielle.

De tels avertissements ont été envoyés aux soldats dont la jeep a été touchée par un missile ; l’armée enquête toujours sur l’incident pour déterminer pourquoi les soldats ne se sont pas déplacés vers un endroit plus sûr, hors de la ligne de feu directe de Gaza.

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