Violences au Soudan du Sud, Israël émet un avertissement de voyage
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Violences au Soudan du Sud, Israël émet un avertissement de voyage

La situation sécuritaire entraîne l'évacuation de travailleurs humanitaires israéliens ; l'ONU appelle au calme

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Des hélicoptères militaires du gouvernement du Soudan du Sud survolent la capitale Juba, en proie à de lourds combats, le 11 juillet 2016. (Crédit : AFP/STR)
Des hélicoptères militaires du gouvernement du Soudan du Sud survolent la capitale Juba, en proie à de lourds combats, le 11 juillet 2016. (Crédit : AFP/STR)

Le ministère des Affaires étrangères a publié lundi un avertissement de voyage pour le Soudan du Sud en raison de la détérioration de la situation, alors que les combats entre les troupes gouvernementales et rebelles se sont intensifiés.

De lourds combats ont repris lundi à Juba, capitale du Soudan du Sud, malgré les appels au calme de la communauté internationale après des fusillades mortelles qui ont fait fuir des milliers de personnes et menacent la paix fragile de la jeune nation.

Les Nations unies ont exprimé leur inquiétude profonde devant la poussée de violence, qui a fait plusieurs centaines de morts et risque de plonger le pays dans une nouvelle guerre civile.

Dans un communiqué « sévère » publié lundi après-midi, le ministère des Affaires étrangères de Jérusalem a appelé les Israéliens à éviter le Soudan du Sud.

« De plus, le ministère des Affaires étrangères recommande aux Israéliens actuellement au Soudan du Sud de quitter le pays aussi rapidement et de manière aussi sûre que possible », est-il écrit dans le communiqué.

Des travailleurs d'IsraAID distribuent des kits d'équipements médicaux de première nécessité au Soudan du Sud, en octobre 2015. (Crédit : Facebook/IsraAID)
Des travailleurs d’IsraAID distribuent des kits d’équipements médicaux de première nécessité au Soudan du Sud, en octobre 2015. (Crédit : Facebook/IsraAID)

L’organisation IsraAID a annoncé qu’elle essayait de ramener les travailleurs humanitaires israéliens coincés à Juba.

Le directeur et fondateur d’IsraAID, Shachar Zahavi, a déclaré que son équipe était assiégée et qu’un hôtel voisin avait été détruit par des roquettes des troupes rebelles.

« Cet endroit est dans un chaos total. C’est juste l’enfer », a déclaré la directrice pour le pays, Ophélie, qui a demandé que son nom de famille ne soit pas diffusé pour sa propre sécurité.

D’autres témoins ont parlé « de combats très, très lourds », les résidents se barricadant dans les maisons et les travailleurs humanitaires terrés dans des bunkers. L’ambassade américaine a averti de « combats sérieux entre le gouvernement et les forces d’opposition ».

Plusieurs sources ont par ailleurs attesté la présence de chars et d’hélicoptères de combat de l’armée gouvernementale dans le ciel de Juba. Sur des photos prises par un témoin et envoyées à l’AFP, au moins un de ces hélicoptères est entré en action, tirant une roquette.

En raison de la situation, les avions ne pouvaient ni décoller ni atterrir à l’aéroport de la ville.

Les seuls civils présents dans les rues se précipitaient dans des refuges pendant l’accalmie des combats.

Plus tôt dans la matinée, alors que le fracas des armes s’était tu pendant la nuit, des nouveaux combats s’étaient déroulés à Jebel, un des quartiers où les affrontements de la veille ont été les plus virulents, ainsi que dans le quartier de Munuki.

Depuis vendredi, les combats auraient fait près de 300 morts, selon des sources locales, mais ce bilan très certainement en deçà de la réalité puisqu’il porte essentiellement sur les pertes de vendredi.

Réuni en urgence à New York, le Conseil de sécurité de l’ONU a exigé du président sud-soudanais Salva Kiir et de son rival, le vice-président Riek Machar, de « faire le maximum pour contrôler leurs forces respectives et mettre fin d’urgence aux combats ».

Le premier vice-président Riek Machar (à gauche) s'adresse aux journalistes aux côtés du président du Soudan du Sud, Salva Kiir (au centreà et du vice-président James Wani Igga (à droite) à Juba, le 8 juillet 2016. (Crédit : AFP/Charles Atiki Lomodong)
Le premier vice-président Riek Machar (à gauche) s’adresse aux journalistes aux côtés du président du Soudan du Sud, Salva Kiir (au centreà et du vice-président James Wani Igga (à droite) à Juba, le 8 juillet 2016. (Crédit : AFP/Charles Atiki Lomodong)

Le président de la Commission de surveillance et d’évaluation (JMEC) de l’accord de paix signé le 26 août 2015 a pour sa part appelé lundi à « la cessation immédiate des hostilités » et à « une mise en œuvre immédiate » de cet accord de paix.

‘Brutalité insensée’

Les causes précises de cette flambée de violence à Juba étaient encore inconnues lundi.

« Chaque jour où les combats se poursuivent marque une dégradation de la situation », a déploré un diplomate occidental, qui a dénoncé « la brutalité insensée avec laquelle les uns et les autres répondent aux provocations ».

Selon les sources interrogées par l’AFP, les affrontements de lundi matin sont régulièrement entrecoupés de périodes de courte accalmie.

Des pluies orageuses se sont abattues sur Juba toute la nuit, rendant encore plus précaire la situation des milliers de civils apeurés qui ont dû fuir à la hâte les quartiers les plus touchés par les affrontements. Parmi eux, le correspondant de l’AFP a décrit une « situation terrifiante ».

Des habitants se sont réfugiés dans un camp de l’ONU, à proximité duquel les combats ont éclaté, et qui abrite déjà 28 000 déplacés. D’autres se réfugiaient par centaines dans les églises de la ville.

D’après plusieurs médias locaux citant le ministère de la Santé, 270 personnes, combattants et civils, ont péri dans les seuls affrontements de vendredi.

On ignorait lundi où se trouvait Machar. L’ambassadeur de France au Soudan du Sud, Jean-Yves Roux, a toutefois opposé « un démenti formel » aux rumeurs selon lesquelles il se serait réfugié dans son ambassade. « C’est stupide et dangereux », a déclaré l’ambassadeur interrogé par l’AFP.

Renforcer la Minuss

L'ancien chef de la formation générale de l'Armée de libération du peuple soudanais et ancien général de l'opposition Dau Athorjang (à gauche) pendant une conférence de presse à Juba, le 10 juillet 2016. (Crédit : AFP/Charles Atiki Lomodong)
L’ancien chef de la formation générale de l’Armée de libération du peuple soudanais et ancien général de l’opposition Dau Athorjang (à gauche) pendant une conférence de presse à Juba, le 10 juillet 2016. (Crédit : AFP/Charles Atiki Lomodong)

Ces nouvelles violences, qui coïncident avec le 5e anniversaire de l’accession à l’indépendance du Soudan du Sud, font craindre une reprise des combats à grande échelle dans tout le pays, déchiré depuis décembre 2013 par une guerre civile dévastatrice qui a fait plusieurs dizaines de milliers de morts et près de trois millions de déplacés.

Les 15 membres du Conseil de Sécurité de l’ONU ont demandé aux « pays de la région » et à l’Union africaine de « discuter fermement avec les dirigeants sud-soudanais pour traiter cette crise ».

Les membres du Conseil « envisagent de renforcer » la mission de l’ONU au Soudan du Sud et demandent aux pays de la région « de se préparer à fournir des troupes supplémentaires au cas où le Conseil le déciderait ».

Une réunion des ministres des Affaires étrangères de la sous-région (Igad) est prévue lundi après-midi à Nairobi pour discuter de la crise.

Selon un responsable de l’ONU, un Casque bleu chinois a été tué dans les combats à Juba et 12 autres de diverses nationalités ont été blessés. Dimanche, le conseil de sécurité de l’ONU a souligné que « les attaques contres les civils ou contre le personnel et les locaux de l’ONU pourraient constituer des crimes de guerre ».

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