Rechercher

Violences dans les communautés arabes : La police craint pour sa propre sécurité

Tandis que les chefs politiques s'attribuent mutuellement l'échec de la réduction des violences dans les villes arabes, la police réclame du personnel et des poursuites plus dures

Les Arabes israéliens manifestent contre les violences, le crime organisé et les récents meurtres au sein de leurs communautés à Majd al-Krum, le 3 octobre 2019 (Crédit : David Cohen/Flash90)
Les Arabes israéliens manifestent contre les violences, le crime organisé et les récents meurtres au sein de leurs communautés à Majd al-Krum, le 3 octobre 2019 (Crédit : David Cohen/Flash90)

Alors que les leaders politiques arabes et les groupes de défense des droits civiques prévoient des manifestations sans précédent et critiquent l’inaction face aux violences commises au sein de leurs communautés, de hauts-responsables ainsi que des rapports internes de la police israélienne ont permis d’offrir un aperçu des difficultés rencontrées sur le terrain par les agents dans les villes arabes.

Un rapport interne récent cité par la Douzième chaîne, samedi soir, a établi que les policiers se trouvaient régulièrement en danger face aux violences anti-policières organisées dans les villes arabes – avec des manifestants haineux et des fusillades dirigées contre les commissariats – et ce même dans des cas où les forces de l’ordre répondaient aux appels à l’aide émanant de locaux.

Le rapport réclame une politique de poursuites « plus dures et plus strictes » à l’encontre de ceux qui attaquent des policiers et montre l’ampleur de l’inquiétude des différents départements à l’égard des agents envoyés dans les communautés arabes.

Cette enquête survient alors que Ayman Odeh, député de la Liste arabe unie à la Knesset, a qualifié la police de « raciste » dans ce qu’il a décrit comme une négligence continue des violences commises au sein de la communauté arabe israélienne.

Ce rapport de la police, révélé par la Douzième chaîne, expose les résultats d’une enquête interne portant sur un incident survenu le mois dernier, au cours duquel un suspect était parvenu à s’échapper de sa cellule, dans le secteur de Wadi Ara, malgré les efforts livrés par les agents de le pourchasser.

Le suspect avait été aidé par des locaux et les policiers qui avaient tenté de mettre fin à la cavale s’étaient retrouvés en péril, a noté le rapport. L’enquête a recommandé de ne prendre aucune sanction disciplinaire à l’encontre des agents impliqués, citant la situation de danger dans laquelle ils s’étaient retrouvés.

L’enquête va plus loin encore, dénonçant « une escalade des violences dirigée vers la police sur le terrain » dans les villes arabes.

Des jeunes d’Umm al-Fahm manifestent contre la violence dans la communauté arabe, exigeant plus d’action de la police, le 29 septembre 2019. (Capture d’écran : YouTube)

Un haut-responsable de la police a écrit que le rapport « doit être distribué dans les commissariats situés dans les villes de la communauté arabe, même si je doute que nous ayons quoi que ce soit à dire de nouveau ».

L’une des valeurs les plus élevées de la police, a noté l’officier, dont le nom n’a pas été révélé dans le reportage, est « de garantir que les agents retourneront dans leurs foyers sains et saufs ».

Il a conclu que « s’il n’y a pas une nécessité claire, présente et immédiate de sauver des vies, alors il n’y a aucune raison de risquer des blessures ».

Le rapport cite également des incidents récents au cours desquels la police a fait face à des violences ciblées, prévues ou écrasantes, se référant notamment à un incident spécifique survenu au mois de septembre.

À cette occasion, des agents qui avaient répondu à un appel à Umm al-Fahm avaient affronté un groupe de manifestants dans les rues qui avaient crié : « Vous ne sortirez pas d’ici en vie. »

Le rapport cite également d’autres cas : celui d’un policier blessé par balles après avoir répondu à un appel à Wadi Ara à la fin de l’année 2018, même si sa vie avait été sauvée par le gilet pare-balles qu’il portait pour mener à bien ses missions dans la ville ; celui d’une fusillade survenue à un commissariat de Jisr a-Zarka ; et l’augmentation des attaques incendiaires contre les patrouilles de police – « la majorité d’entre elles étant arrivées lorsque les forces de l’ordre avaient été appelées à l’aide par des résidents locaux ».

L’enquête demande « une politique de poursuites judiciaires plus dures et plus strictes dans les cas impliquant des agressions à l’encontre des agents de police et des biens appartenant à l’institution policière, et particulièrement contre les véhicules ».

Un barrage routier installé par la police à Umm al-Fahm après l’enlèvement d’un enseignant devant un lycée, le 12 décembre 2018. (Crédit : Capture d’écran Hadashot)

Critiquer l’inaction de la police n’est pas suffisant, a insisté un commandant de la police à la retraite dans les secteurs à majorité arabe.

« Il y a davantage d’inculpations, davantage de saisies d’armement, davantage de dossiers ouverts et davantage de présence policière, mais tout ça reste une goutte d’eau versée dans l’océan », a déclaré le commandant Eli Krispil, ancien chef des départements de la police d’Iron et de Nazareth, à la chaîne de télévision.

« Si vous vous déplacez pour apporter de l’aide en tant qu’agent et que vous devez soudainement faire face à des feux d’artifice, à des pierres, et qu’on incendie votre véhicule, alors le dilemme est difficile. Vous venez pour apporter votre aide mais vous êtes agressé, harcelé », a-t-il ajouté.

Il a poursuivi en ajoutant que « j’entends des amis dire que la police ne se préoccupe pas des violences » au sein des communautés arabes.

« Ce n’est pas vrai », a-t-il continué.

« Le chef des commissariats de Shfaram ou de Nazareth se préoccupe-t-il moins que les autres commandants de l’occurrence d’un meurtre ? Non. Il ne dort pas la nuit… Un meurtre est un meurtre », a-t-il asséné.

D’autres documents internes de la police révélés dans le reportage font état d’un appel récent de la part d’un haut responsable à organiser des patrouilles de trois agents au lieu de deux.

Pour sa part, le chef du service des enquêtes internes des forces de l’ordre israélienne, Haim Moshe, a demandé, ces dernières semaines, à ce que tous les personnels de commandement, dans chaque district, prennent en compte les réclamations portant sur un renforcement du recrutement des personnels et sur la mise en œuvre d’une politique plus stricte de poursuites judiciaires.

Dans sa réponse au reportage, la police israélienne a rejeté l’accusation que ses agents craindraient de prendre en charge les crimes violents dans les villes arabes.

Les députés de la Liste arabe unie Ayman Odeh et Ahmad Tibi lors d’une manifestation contre les violences, le crime organisé et les meurtres récents au sein de la communauté arabe à Majd al-Krum, le 3 octobre 2019. (Crédit : David Cohen/Flash90)

« Contrairement à ce qui a été dit dans le reportage de la Douzième chaîne, la police agit sans aucune crainte et avec détermination contre les violences dans la communauté arabe comme en témoignent les milliers d’arrestations, d’inculpations, la saisie de milliers d’armes et la résolution de douzaines de meurtres », ont indiqué les forces de l’ordre dans un communiqué.

Elles ont ajouté que « la lutte contre les violences n’est pas de la seule responsabilité de la police et seulement un changement profond de la société arabe permettra l’évolution de la situation ».

Ce dernier rapport survient alors que les dirigeants politiques n’ont cessé, pendant le week-end, de s’attribuer mutuellement la responsabilité des violences.

« La police ne fait rien parce qu’elle est raciste », a insisté Odeh au cours d’un entretien accordé samedi soir.

Il a clamé qu’une grande partie des violences commises relevait des organisations du crime organisé, et qu’elles allaient donc au-delà de ce que les citoyens sont en mesure de combattre.

C’est à la police que revient de lutter contre les « gangs criminels », de saisir leurs armes illégales qui, a-t-il ajouté, ont été volées sur des bases militaires de l’armée israélienne, et de mettre un terme à leur racket de protection.

Ces organisations du crime organisé « doivent être écrasées. Rien de bon ne peut émaner de ces armes à feu », a-t-il clamé.

Le ministre de la Sécurité publique, Gilad Erdan, prend la parole lors d’une cérémonie en l’honneur du chef de la police de Jérusalem sortant, le 7 février 2019, au mur Occidental dans la Vieille Ville de Jérusalem. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

Interrogé sur les accusations lancées par les députés de droite, qui affirment que les politiciens arabes lancent des incitations contre la police auprès des communautés arabes, entravant les initiatives visant à ouvrir de nouveaux commissariats et à recruter des locaux, Odeh a évoqué « des mensonges flagrants ».

Peu après l’interview, le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan, en charge de la police, a déclaré qu’Odeh « conserve son habitude de mentir et de lancer des incitations à la violence contre la police de manière à ce que personne ne lui demande pourquoi il s’efforce d’empêcher les forces de l’ordre d’entrer dans les villes de la communauté arabe ».

Erdan a déploré sur Twitter qu’il n’ait pas été « directement demandé à Odeh s’il soutient l’ouverture de commissariats dans les villes arabes et le recrutement de jeunes Arabes dans la police ».

Il a également rejeté l’idée que, comme l’a affirmé Odeh, les violences émanent principalement du crime organisé.

« De nombreux meurtres au sein de la communauté n’ont rien à voir avec les organisations du crime mais elles sont dues à un niveau de violences généralement élevé qui comprend notamment le recours aux armes dans les querelles financières ou autres, malheureusement », a clamé Erdan.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...