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Violences, harcèlement et « rêve » brisé, des déserteurs de l’armée face à la justice

Quatorze jeunes hommes, jugés pour désertion, ont fait part de leurs désillusions au sein de l'armée devant la chambre militaire du tribunal correctionnel de Bordeaux

Un drapeau de la France. (Crédit : Connel_Design via iStock)
Un drapeau de la France. (Crédit : Connel_Design via iStock)

Violences et humiliations gratuites, harcèlement … Quatorze jeunes hommes jugés pour désertion, vendredi devant la chambre militaire du tribunal correctionnel de Bordeaux, ont fait part de leurs désillusions au sein de l’armée.

Les prévenus, tous âgés d’une vingtaine d’années et la plupart célibataires, l’ont quittée unilatéralement avant la fin de leur engagement, qui devait durer cinq à huit ans.

Tous, à l’exception d’une relaxe et d’une dispense de peine, ont été condamné à deux mois prison avec sursis, conformément aux réquisitions, pour « désertion à l’intérieur en temps de paix », fait passible de trois ans d’emprisonnement.

La moitié d’entre eux ont évoqué des « violences », des « humiliations gratuites » ou des faits de harcèlement imputés à leurs supérieurs.

« On recevait des coups de matraques télescopiques dans le ventre […] Au début, je me disais que c’était pour nous endurcir mais à force, j’ai vu que ça leur faisait plaisir, ils se marraient », a témoigné l’un d’eux, la voix chevrotante.

Il a dénoncé « une croix gammée », taillée sur sa nuque « pour faire rire » tandis qu’on lui rasait les cheveux, et « la consommation excessive d’alcool et de drogues », y compris « au volant en mission », qui l’a « dégoûté » de ses deux années passées au sein du 1e régiment des hussards parachutistes à Tarbes, dans les Hautes-Pyrénées.

« Est-ce qu’il devait continuer à accepter ces comportements racistes, sexistes, antisémites, ces méthodes parfaitement archaïques ? », a lancé son avocat, Me Thibault Laforcade.

« Loi du silence »

Un autre, resté huit mois dans ce même régiment à l’âge de 19 ans, a raconté, en pleurs, l’obligation de « boire de l’huile » ou d’être « nu dans les couloir » pour se faire « claquer les fesses avant d’aller dormir ».

« Tout cela sans raison », a ajouté le jeune homme qui avait demandé rapidement à quitter l’armée – le tribunal l’a relaxé.

Pour justifier leur départ, trois autres prévenus ont évoqué des « comportements racistes » ou des cas de « harcèlement », comme cette mention « gros porc » inscrite « chaque jour sur le tableau de la section » à l’encontre d’un camarade corpulent.

« Quand il a déserté, on m’a dit : ‘tu seras le prochain' », a raconté l’un d’eux.

La procureure Lydie Reiss a relevé « des éléments d’une gravité certaine mais peu étayés », si ce n’est « par deux ou trois photos » de bleus, sans visage identifiable.

Les anciens militaires ont invoqué « la peur de représailles » et « la loi du silence » pour expliquer qu’ils n’avaient rien dénoncé à l’époque, ni consulté de médecins.

« Faut-il que mon client aille jusqu’à se suicider ? », pour qu’on le croie, a lancé l’avocate de l’un des prévenus, Me Aline Charles.

« Le sentiment d’être piégé »

Aujourd’hui mécanicien, livreur, apprenti couvreur, vendeur, paysagiste, tous se sont reconvertis, gagnant 700 à 1 600 euros par mois.

Pour rompre « légalement » leur contrat, plusieurs affirment avoir adressé une demande écrite, avec promesse d’embauche, comme le veut procédure. Sans jamais recevoir de réponse, selon eux, avec « le sentiment d’être piégé ».

Comme cet ancien engagé, déployé sur l’opération Barkhane en Afrique ou en Nouvelle-Calédonie, décoré et promis à une carrière de sous-officier, qui dit avoir « perdu pied » quand son père est mort « après quatre ans de maladie ».

« J’ai réalisé que je n’avais jamais été là. J’ai demandé à partir, j’ai fourni une promesse d’embauche, et là, il n’y a plus du tout eu de dialogue. »

« On ne peut pas leur reprocher de faire des désertions, si la procédure qui leur est ouverte est un droit impossible à mettre en œuvre », a plaidé son avocate, Me Louise Durin.

D’autres ont évoqué des blessures physiques, mal ou non prises en compte par leurs supérieurs à leur retour, ou tout simplement fatales à leurs ambitions.

Un Guyanais de 24 ans qui avait, « depuis très jeune », le « rêve » de « rejoindre les forces spéciales », a souffert d’une rupture des ligaments croisés au régiment d’infanterie de Brive-la-Gaillarde. « Je me suis senti affaibli. Je ne me voyais pas être un fardeau pour mon régiment. »

Il est alors parti, ce qui lui a valu d’être condamné vendredi.

Aucun représentant de l’armée de Terre n’a assisté à l’audience.

Sollicité par l’AFP au sujet du nombre annuel de désertions, le ministère des Armées a répondu qu’il ne communiquait pas sur le sujet. En 2017, près de 900 avaient été recensées dans l’armée de Terre, selon un porte-parole qui avait alors évoqué un taux « stable au fil du temps ».

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