Virus: Les usines palestiniennes se consacrent à la fabrication de masques
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Virus: Les usines palestiniennes se consacrent à la fabrication de masques

Un homme d'affaires de Gaza dit que sa firme prévoit de fabriquer 25 000 masques par jour d'ici fin mars

Les employés d'une usine de Hébron fabriquent des masques pour le marché palestinien en Cisjordanie (Autorisation : Amjad Zughayir)
Les employés d'une usine de Hébron fabriquent des masques pour le marché palestinien en Cisjordanie (Autorisation : Amjad Zughayir)

Cela fait plus de cinquante ans qu’Unipal 2000 fabrique des vêtements dans la bande de Gaza.

Et ses produits sont apparus dans les magasins de tout l’Etat juif, notamment à Tel Aviv, Beer Sheva et Ashkelon mais aussi, dans une moindre mesure, sur les marchés de l’enclave côtière palestinienne.

Suite à l’éruption du coronavirus, la firme basée à Gaza a cessé provisoirement de fabriquer des vêtements et consacre dorénavant toute sa production à la fabrication de masques chirurgicaux et autres matériels de protection.

Nabil Bawab, le directeur-général d’Unipal 2000, âgé de 59 ans, explique que l’entreprise a fait cette transition au début du mois de mars et qu’elle produisait alors déjà des milliers de masques et autres combinaisons de protection par jour.

« Nous n’avons jamais cessé de faire des vêtements, même pendant les périodes les plus difficiles » dit Bawab, qui parle couramment l’hébreu, lors d’un entretien téléphonique. « Mais quand le virus a fait son apparition, nous avons pris la décision de proposer des équipements de protection aux gens ».

Des mannequins portant des masques faciaux à l’extérieur d’un magasin de vêtements de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le8 mars 2020 (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

Bawab note que tandis qu’Unipal 2000 a d’ores et déjà signé des contrats avec des partenaires commerciaux israéliens pour la livraison d’un million de masques et de 50 000 combinaisons de protection d’ici la fin du mois d’avril, la compagnie est en pourparlers avec des organisations médicales locales et internationales à Gaza pour leur vendre également des produits.

Il ajoute que sa firme vend des masques à Israël au prix de cinq shekels l’unité et des combinaisons au prix de 12 shekels.

La demande de masques et autres équipements de protection a grimpé en flèche dans le monde entier depuis le début de la pandémie de coronavirus.

L’Etat juif a confirmé 12 morts et 3 035 personnes porteuses du virus dans le pays dans son décompte de vendredi après-midi. Les autorités palestiniennes, pour leur part, évoquent 84 malades, notamment neuf à Gaza.

Ceux qui sont porteurs du virus peuvent porter des masques pour prévenir la transmission de la maladie tandis que les professionnels du secteur de la santé, les forces de sécurité et les autres corps de métier qui se trouvent sur la ligne de front dans la lutte contre l’épidémie portent des vêtements de protection pour échapper à la contamination.

Bawab clame qu’Unipal 2000 a prévu de renforcer sa production dans les prochains jours en utilisant quatre usines actuellement vides à Gaza.

« Nous avons besoin de plus d’espace parce que nous nous assurons que nos employés ne soient pas trop proches les uns des autres », précise-t-il. « Nous espérons fabriquer 25 000 masques par jour d’ici la fin du mois ».

هل تعلم أن مصنعاً في غزة يقوم بصناعة الكمامات الواقية واللباس الطبي على أعلى المواصفات الأمريكية؟غزة| مدينة غزة…

פורסם על ידי ‏الهيئة العامة للمدن الصناعية و المناطق الصناعية الحرة‏ ב- יום שני, 23 במרץ 2020

Bawab a refusé de révéler l’identité des partenaires commerciaux d’Unipal 2000.

Alors que le Times of Israel lui demandait s’il avait connaissance des livraisons de masques et autres équipements d’Unipal 2000 au sein de l’Etat juif, le Coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT), instance du ministère de la Défense de la liaison avec les Palestiniens, n’a pas répondu à nos demandes multiples de commentaires.

Bawab dit que les autorités israéliennes, qui maintiennent des restrictions significatives sur le mouvement des personnes et des biens vers et depuis Gaza, ont effectivement coopéré avec sa firme en ce qui concerne l’exportation des masques et des combinaisons de protection en Israël.

« Lorsqu’il s’agit de santé, ils travaillent avec nous », affirme-t-il.

Israël maintient ses importantes restrictions appliquées aux déplacements vers et depuis la bande de Gaza pour empêcher le groupe terroriste palestinien du Hamas et les autres groupes terroristes actifs dans la bande d’importer des armes au sein de l’enclave côtière, ou les moyens nécessaires pour les développer.

Des chaussures aux masques

Les usines, en Cisjordanie, sont également passées à l’action pour fabriquer dans les meilleurs délais des masques et des équipements de protection pour les professionnels de la santé, les agents chargés de la sécurité et autres.

Les employés d’une usine de Hébron fabriquent des masques pour le marché palestinien (Autorisation : Amjad Zughayir)

Amjad Zughayer, 30 ans, est à la tête d’une usine qui fabrique des chaussures à Hébron. Il a pris la décision, au début du mois de mars, de produire des masques.

« J’ai eu l’idée quand j’ai constaté la demande élevée pour les masques, ici », dit-il. « Après avoir trouvé la matière première pour en fabriquer, le seul problème a été d’installer les machines appropriées et d’acquérir la bonne technique ».

Zughayer explique avoir recherché toutefois sans relâche des machines qui lui permettraient de produire des masques sans les brûler et les déchirer à Hébron – un problème rencontré avec les équipements qui servaient à fabriquer des chaussures.

« J’ai regardé dans de nombreux sites avant de trouver enfin quelque chose qui fonctionne », continue-t-il.

Sa compagnie fabriquait mercredi entre 7 000 et 10 000 masques par jour. Il a embauché 30 personnes pour un total de 50 employés.

Zughayer indique les vendre au prix de 1,5 shekels l’unité – le coût de production, clame-t-il – aux professionnels de la santé, aux forces de sécurité de l’AP et aux municipalités, tout en les offrant aux pharmacies et autres vendeurs au prix de deux shekels.

Les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne à l’une des entrées de la ville de Bethléem, en Cisjordanie, le 10 mars 2020, actuellement en confinement en raison du coronavirus (Crédit : Musa Al Shaer/AFP)

Haidar al-Hajji, directeur de l’institution Palestine Standards, une instance de l’AP qui donne des autorisations aux entreprises en vue de la fabrication de produits, déclare qu’il y a deux firmes, en Cisjordanie, qui fabriquent des masques et quatre autres qui produisent des équipements de protection. Il ajoute penser que la demande, sur le marché palestinien local, est actuellement satisfaite.

« Je pense que ces compagnies devraient même être capables de soutenir d’autres marchés dans les pays voisins, comme Israël et la Cisjordanie », estime-t-il.

Il explique également que quatre autres entreprises, en Cisjordanie, tentent d’obtenir des autorisations pour fabriquer des équipements de protection.

Pour sa part, Zughayer clame sa fierté de fabriquer des masques pour les Palestiniens.

« C’est très important pour moi que nous les fabriquions dans notre pays et de nos propres mains », dit-il. « Ainsi, nous apportons notre contribution à la prévention de la propagation du virus ».

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