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« Vous me nuisez », dit Netanyahu à Moses dans un enregistrement

Le Premier ministre exprime l'inquiétude de ce que le rédacteur en chef du Yedioth "veut ma tête" dans une seconde série de retranscriptions

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu préside la réunion hebdomadaire de cabinet à son bureau de Jérusalem, le 27 octobre 2019. (Crédit : Gali Tibbon/Pool Photo via AP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu préside la réunion hebdomadaire de cabinet à son bureau de Jérusalem, le 27 octobre 2019. (Crédit : Gali Tibbon/Pool Photo via AP)

La télévision israélienne a diffusé dimanche une seconde série d’enregistrements de conversation – qui ont fuité auprès des médias – entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le rédacteur en chef de l’un des journaux les plus populaires d’Israël. Dans cette séquence audio, le Premier ministre peut être entendu disant que des couvertures négatives de ses actions lui « nuisent » dans la période menant aux élections de 2015.

« Qu’est-ce que vous prévoyez pour les élections, vous voulez vraiment ma tête ? Sérieusement, oui ou non ? Vous me nuisez », dit Netanyahu au propriétaire du journal Yedioth Ahronoth dans des conversations qui ont encore davantage éclairé les initiatives prises par le Premier ministre pour bénéficier d’une couverture positive dans la presse.

Ces enregistrements sont au coeur d’une enquête dans laquelle Netanyahu pourrait devoir répondre de fraude et d’abus de confiance pour son rôle dans un accord de compromis présumé conclu avec Moses, en 2014, qui aurait permis au Premier ministre de bénéficier d’une couverture plus positive de la part du tabloïd en échange de l’affaiblissement de son principal rival, Israel Hayom.

L’affaire, connue sous le nom « d’Affaire 2000 », est l’un des trois dossiers dans lesquels Netanyahu pourrait être inculpé dans les mois à venir. Moses doit également répondre d’accusations dans ce scandale.

Des membres des Jeunes du Likud manifestent devant les bureaux du quotidien Yedioth Ahronoth, à Tel Aviv, le 1er février 2015. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

D’autres enregistrements ont encore été diffusés par la Treizième chaîne.

Sur l’une des bandes audio, le Premier ministre dit à Moses : « Mettez de côté un moment la loi [de restriction de la circulation d’Israel Hayom]. Qu’est-ce que vous prévoyez pour les élections [de 2015], vous voulez vraiment ma tête ? Sérieusement, oui ou non ? Vous me nuisez ».

Puis le Premier ministre demande à Moses si « l’Allemand » l’a appelé et si une rencontre a été arrangée – un surnom qui, selon la Treizième chaîne, désignerait l’homme d’affaires allemand Matthias Dorfner.

Le reportage affirme que Netanyahu a tenté de faire en sorte qu’une riche connaissance achète le Yedioth – une autre initiative visant à changer la couverture négative du chef de gouvernement dans ce journal.

Parmi les acheteurs potentiels envisagés, Dorfner, Larry Ellison d’Oracle, le magnat israélo-américain Arnon Milchan et le milliardaire australien James Packer.

James Packer, co-président de Melco Crown Entertainment, intervient lors d’une conférence de presse du projet Studio City à Macao, le 27 octobre 2015. (Kin Cheung/AP)

Ces efforts se sont avérés vains, Moses demandant un prix trop élevé, selon le reportage qui a ajouté que Netanyahu avait été déçu par le refus de ses connaissances de s’investir.

Moses dit alors dans l’enregistrement: « Organisez un rendez-vous. Non, ils n’ont pas pu venir ce mois-ci. Je pense que dès la première rencontre, nous serons en mesure de savoir s’il y aura ou non un accord ».

La ligne de défense de Netanyahu dans « l’Affaire 2000 » est que le haut-responsable n’était pas sérieux dans ses négociations avec Moses et qu’il n’avait aucunement l’intention de mettre en oeuvre l’accord de compromis.

Les procureurs ont apparemment accepté cet argument, décidant d’accuser Moses de pots-de-vin tout en accusant seulement Netanyahu de fraude et d’abus de confiance.

Dans les enregistrements, Netanyahu paraît indiquer qu’il s’est entretenu sur l’accord à venir avec le propriétaire d’Israel Hayom, Sheldon Adelson.

« Quand Sheldon avait parlé de lancer le journal [Israel Hayom], il avait parlé de fournir un service. C’est ça que je voulais, absolument », explique Netanyahu. « Et maintenant, alors que vous venez à moi pour que je vous donne une solution, cette solution a d’ores et déjà été formulée ».

Moses n’est pas satisfait de l’offre d’entraver Israel Hayom et riposte : « vous me donnez une solution qui sera mise en oeuvre, au mieux, dans huit mois ».

Netanyahu souligne alors qu’Adelson n’est pas totalement sur la même ligne que lui, et qu’il est une partie distincte, avec ses intérêts propres.

Moses note alors qu’il ne connaît pas Adelson, qu’il ne connaît que Netanyahu et qu’en ce qui le concerne, il discute des termes d’un accord avec le Premier ministre seulement et non avec Netanyahu et Adelson.

Pour le journaliste de la Treizième chaîne, Raviv Drucker, il peut y avoir une troisième explication au comportement de Netanyahu – qui sert de compromis au chef du gouvernement entre sa volonté présumée de mettre en oeuvre l’accord et son désir présumé de tromper Moses : C’est que le Premier ministre a simplement tenté de gagner du temps et d’obtenir une couverture médiatique positive qui l’aiderait à remporter le scrutin.

Le bureau de Netanyahu a répondu au reportage en disant que ce dernier n’avait jamais envisagé sérieusement la mise en oeuvre de l’accord, ajoutant que « encore ce soir, vous diffusez une fuite tendancieuse, criminelle, dont l’objectif est de nuire au Premier ministre Netanyahu… Quiconque écoute les enregistrements entiers des conversations entre Netanyahu et Moses comprend pleinement que c’est ce dernier qui fait du chantage et qui menace Netanyahu – et que Netanyahu se contente de dire qu’il réagira avec une attaque des médias contre Moses, comme il l’a d’ailleurs fait au cours de la campagne électorale ».

Les avocats de Moses ont déclaré qu’il n’était pas possible d’interpréter les propos échangés comme une offre de pots-de-vin à Netanyahu ou comme une action criminelle, en particulier parce que c’est Netanyahu qui avait initié les pourparlers et que lui-même n’a pas été accusé de pots-de-vin.

« Il semble que l’attaque médiatique à laquelle nous assistons, ces derniers jours, soit une tentative d’exercer des pressions sur le procureur-général », ont-ils dit.

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