Vous pensez être honnête ? Dan Ariely vous fera douter
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Vous pensez être honnête ? Dan Ariely vous fera douter

Dans '(Dis)honesty : La vérité sur les mensonges', un Israélien américain va à la racine de nos 'petites tricheries'

Le professeur de l'université de Duke, Dan Ariely, qui  a dirigé le projet sur la malhonnêteté pour prouver scientifiquement que oui, nous mentons tous (Crédit : Autorisation)
Le professeur de l'université de Duke, Dan Ariely, qui a dirigé le projet sur la malhonnêteté pour prouver scientifiquement que oui, nous mentons tous (Crédit : Autorisation)

New-York – Ce que vous êtes sur le point de lire est à 100 % véridique.

S’il y a une chose que « (Dis)honesty : The Truth about lies » [« (Mal)honnêteté : La vérité sur les mensonges »] m’a appris est que la tromperie est si omniprésente que seulement un menteur invétéré ne pourrait prétendre qu’il est absolument honnête tout le temps.

Le film du réalisateur américano-israélien Yael Melamede utilise le travail de l’auteur israélo-américain et professeur à l’Université Duke, Dan Ariely, un peu comme la colonne vertébrale de son film, tronçonnant ses écrits en des études de cas qui montrent comment « les petites tricheries », les opportunités qui se présentent à nous et qui sont difficiles à ne pas saisir, ont un impact énorme.

Le documentaire, qui a été diffusé dans sa forme abrégée sur CNBC et qui est maintenant disponible dans le commerce, ne s’inquiète pas vraiment de la moralité.

On peut débattre du bien et du mal jusqu’au dernier souffle de sa vie, de sorte que le film se concentre sur quelque chose de plus concret : l’économie. Quand quelqu’un s’empare d’une friandise tombée d’un distributeur automatique, nous souffrons tous. Il n’y a pas de crime sans victime.

L’intérêt d’Ariely au sujet des comportements irrationnels trouve sa racine dans un incident clef qui est survenu dans sa jeunesse.

Ariely est un conférencier exubérant qui est apparu lors d’une session de question-réponse post-dépistage au Civic Hall de Manhattan dirigé par le WNYC The Takeway John Hockenberry, avec Melamede et le professeur NYU d’éthiques commerciales, Jonathan Haidt. (Ariely et Haidt font partie d’un groupe qui défend l’instauration de solutions pour l’économie comportementale, dont les clients comprennent les pontes de Wall Street et de l’armée.)

Brûlé par un pétard défectueux, Ariely a dû passer beaucoup de temps à l’hôpital. Ses infirmières qui lui changeaient ses pansements les arrachaient – causant une douleur intense, mais brève.

Il a commencé à soupçonner que si on lui enlevait les pansements lentement, en rallongeant le processus, cela serait moins douloureux. Il s’est battu pour imposer son intuition aux infirmières, qui s’est avérée être correct.

Le film de Melamede relie les points entre ce type de pensée, à la façon dont le fait de partager des faits qui semblent bénins en apparence dans le cadre du travail peut conduire à un délit d’initié ou un scandale de paris à la NBA.

A la racine de tant de dilemmes éthiques, il y a les conflits d’intérêts. Parfois, ils ne sont pas aussi évidents que nous pourrions espérer.

Ariely parle de son médecin, qu’il admire et qui l’a aidé à se remettre de sa brûlure qui l’a défiguré. Il a suggéré Ariely obtenir un ajustement esthétique pour son visage « pour [gagner en] symétrie ».

Ariely n’en avait pas besoin, et peut-être même qu’il ne le voulait même pas, mais il a ressenti un peu de pression pour le faire.

Ce que le médecin a négligé de lui dire était que s’il acceptait, son travail serait admissible à la publication dans un journal médical. Cela ne signifiait pas que le travail ne serait pas bon, mais il avait clairement plusieurs motivations.

Brûlé par un pétard dans sa jeunesse, le professeur Dan Ariely a passé beaucoup de temps à l'hôpital et à commencer à repenser ce que cela signifiait de penser (Crédit : Autorisation)
Brûlé par un pétard dans sa jeunesse, le professeur Dan Ariely a passé beaucoup de temps à l’hôpital et à commencer à repenser ce que cela signifiait de penser (Crédit : Autorisation)

Cependant, le film ne pointe pas du doigt. Nous vivons tous des conflits d’intérêts chaque jour. La plupart du temps, ils sont maintenus sous contrôle.

En tant que journaliste, je pourrais rendre cette histoire beaucoup plus intéressante en ajoutant la description d’une scène dans laquelle Ariely est confronté à un amoureux éconduit lors du question-réponse qui a sorti un pistolet et a tiré en l’air.

Je ne peux pas le faire, cependant, parce que tout ce qu’il faut, c’est un peu de recherche pour découvrir que cela n’est pas vrai. Mais il y a tellement d’opportunité quotidiennement d’infléchir la vérité en notre faveur de manière à ne jamais nous faire prendre. Et ce phénomène est le plus problématique.

« (Dis)honesty » revient encore et encore sur l’une des expériences d’Ariely, dans lequel les étudiants passent un test et reçoivent de l’argent pour le nombre de questions auxquelles ils ont répondu juste. On leur annonce, à la fin de l’épreuve, que les copies ont été déchiquetées, de sorte que pour recevoir leur agent, ils doivent eux-même déclarer – en toute honnêteté – le nombre de bonnes réponses qu’ils ont eu. (En réalité, la déchiqueteuse est un faux accessoire.)

Les gens prennent inévitablement un avantage de l’absence de preuve, mais ce qui est important dans cette expérience est la façon dont l’environnement informe comment ils le font.

Quand quelqu’un (que l’on a planté au sein de l’expérience) triche de manière flagrante sans répercussions, plusieurs personnes lui emboîtent le pas.

De même, quand il y a une « étape intermédiaire » entre le faux témoignage et l’obtention d’argent liquide, cette couche supplémentaire ‘d’obscurantisme’ augmente la malhonnêteté. Mais quand on rappelle aux gens – même les athées les plus endurcis – les Dix Commandements immédiatement avant l’expérience, le taux de tricherie diminue considérablement.

La conclusion est celle-ci : les mensonges et les petites tricheries sont dans la nature humaine, et également réparties dans le monde entier. Mais tout le monde sait faire la différence entre le bien et le mal. Fréquemment, les rappels importants de l’éthique de base, même si cela peut-être embarrassant, font de l’effet.

Un exemple flagrant est celui du formulaire de déclaration d’impôt britannique, qui comprend une nouvelle ligne rappelant les conséquences de petites infractions. Cette phrase a-t-elle éradiqué la fraude ? Absolument pas, mais il a poussé l’aiguille de 5 %, ce qui représente des millions de livres.

« (Dis)honnesty: La vérité sur les mensonges » est rempli d’anecdotes intéressantes où il est facile de juger. Comme l’expérience Milgram ou le Stanford Prison Experiment où vous pouvez croiser les bras et dire : « je ne ferais jamais ça ». Cela est peut être vrai dans le cas du comptable (qui plus tard est devenu WorldCom) qui a empoché des millions appartenant à d’autres personnes, même si c’était lent et non au départ la cupidité qui l’a poussé à la faire.

Mais le cas de la femme qui a purgé une peine de prison par avoir légèrement modifié l’adresse de son domicile pour que ses enfants soient inscrits dans une meilleure école est déchirante. (Cette école, plus que les autres, prend la défense de la théorie d’une éthique « où la fin justifie parfois les moyens ».)

Les prochaines projections devraient toutes avoir lieu dans des maisons de verre et le public devraient avoir des pierres à la place du pop-corn. Voyons à quel point il y aura des courants d’air à la fin du film.

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