Washington accusé d’autoriser Tripoli à conserver les biens saisis aux Juifs
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Washington accusé d’autoriser Tripoli à conserver les biens saisis aux Juifs

Un accord qui vise à protéger le patrimoine libyen rendrait légitime la confiscation par la Libye d'objets appartenant à des Juifs en exil, selon des militants

Un hôtel peut être aperçu derrière la synagogue abandonnée de  Dar Bishi à Tripoli,  en Libye le 28 septembre 2011 (Crédit : Joseph Eid/AFP/Getty Images/via JTA)
Un hôtel peut être aperçu derrière la synagogue abandonnée de Dar Bishi à Tripoli, en Libye le 28 septembre 2011 (Crédit : Joseph Eid/AFP/Getty Images/via JTA)

JTA — Les Etats-Unis signeraient un accord avec la Libye qui, selon les activistes, rendrait légitime la confiscation des biens juifs par ce pays nord-africain.

Mardi, le département d’Etat a annoncé que les Etats-Unis allaient signer un protocole d’accord qui imposera des restrictions sur l’importation d’objets anciens en provenance du pays.

Dans cette annonce, le département d’Etat précise que cette convention continue à appliquer « des mesures similaires » à celles qui avaient été imposées au mois de décembre par le biais de restrictions d’urgence. L’accord, qui devrait être signé vendredi, interdit la sortie de Libye de tous les artefacts fabriqués avant 1912.

Le département d’Etat a également fait savoir que ces limitations d’importation ont pour objectif de réduire les trafics illégaux sur les antiquités.

Les militants juifs affirment pour leur part que l’accord donne au gouvernement libyen la propriété de tous les biens confisqués à la communauté juive.

Les restrictions d’urgence qui avaient été adoptées au mois de décembre comprenaient différentes catégories d’artefacts, et mentionnaient spécifiquement les « rouleaux et conteneurs à manuscrits des manuscrits islamiques, juifs ou chrétiens ». Parmi les objets inscrits dans l’accord de l’année dernière, des objets rituels juifs, dont des rouleaux de Torah, des stèles et des livres.

Gina Waldman, une juive libyenne qui est la présidente et la cofondatrice du groupe JIMENA (Juifs indigènes au Moyen-Orient et en Afrique du nord), a estimé dans une déclaration à JTA faite jeudi que l’accord venait légitimer la confiscation des biens juifs par les Libyens.

Des milliers de Juifs ont été contraints, au 20e siècle, de quitter la Libye dans un contexte d’antisémitisme parrainé par l’Etat, laissant derrière eux leurs biens personnels ainsi qu’un patrimoine culturel juif qui témoignait de plus de 2 000 années de présence en Libye. Il n’y a plus de Juifs en Libye aujourd’hui.

Une photo prise dans le quartier juif d’une ville libyenne (Autorisation : JIMENA)

« Même si je crois en la préservation du patrimoine du peuple libyen, je suis extrêmement déçue par le fait que ce protocole d’accord n’exclut pas le patrimoine de la communauté juive », a déclaré Waldman, qui n’avait été autorisée à emporter qu’une seule valise lorsque elle et sa famille avaient été contraints à l’exil en 1967.

Marc Lubin, un consultant qui aide le groupe de Waldman, a fustigé l’accord.

« L’inclusion dans le protocole d’accord avec la Libye des biens confisqués à la communauté juive expulsée du pays offre une légitimité et une couverture légale à ce crime, ce qui fait de cette convention un peu plus qu’un permis de voler », a-t-il écrit dans un communiqué à JTA.

Le département d’Etat, contacté, n’a pas encore fait de commentaires.

« Les restrictions ont pour objectif de réduire les incitations au pillage et elles entrent dans le cadre des nombreuses mesures adoptées par les Etats-Unis pour combattre le financement du terrorisme et déjouer le marché international des antiquités illégales », a-t-il toutefois fait savoir dans un communiqué.

Cet accord n’est pas sans précédent. Les Etats-Unis ont passé des conventions similaires avec 17 autres pays, notamment un accord souscrit en 2016 avec l’Egypte. Le Congrès a également adopté des mesures d’urgence restreignant l’entrée dans le pays d’artefacts en provenance d’Irak et de Syrie. De telles lois découlent d’une convention adoptée en 1970 par l’UNESCO qui permettent de réguler les importations et les exportations dans les cas où un pays se trouve sous la menace de pillages, et ses artefacts susceptibles d’être présentés sur le marché noir.

Waldman a fait une comparaison entre ce protocole d’accord et la restitution des biens pris aux Juifs par les nazis.

« Si une Torah pillée par les nazis ou n’importe quel objet religieux devait faire son apparition aux Etats-Unis, le département d’Etat le rendrait-il au gouvernement allemand ? », a-t-elle demandé.

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