Washington brille par son absence à une réunion sur l’antisémitisme à la Knesset
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Washington brille par son absence à une réunion sur l’antisémitisme à la Knesset

Des représentants de France, d'Allemagne, de Grande-Bretagne et d'Autriche étaient présents ; un député déplore la décision"très décevante" des Américains

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

De gauche à droite, l'ambassadeur allemand en Israël Clemens von Goetze, l'ambassadeur autrichien en Israël Martin Weiss  et le vice-ambassadeur britannique en Israël Tony Kay, lors d'une réunion à la Knesset, le 30 octobre 2017 (Crédit : Times of Israel)
De gauche à droite, l'ambassadeur allemand en Israël Clemens von Goetze, l'ambassadeur autrichien en Israël Martin Weiss et le vice-ambassadeur britannique en Israël Tony Kay, lors d'une réunion à la Knesset, le 30 octobre 2017 (Crédit : Times of Israel)

L’ambassade américaine à Tel Aviv a refusé d’envoyer un délégué à une commission parlementaire ce lundi, au sujet de la montée de l’antisémitisme aux États-Unis et en Europe, tandis que des diplomates français, allemands, autrichiens et britanniques ont assisté à cette réunion.

« Ils ont été conviés [mais] ont décidé de ne pas envoyer [de représentant] », a déclaré le député Avraham Neguise, président de la commission parlementaire sur l’Immigration et les Affaires de la Diaspora au sujet de l’ambassade américaine.

L’absence de représentant américain a été soulignée par le député Nachman Shai (Union sioniste], président du lobby des relations israélo-américaines à la Knesset. Il a, par la suite, jugé cette décision « très décevante » sur Twitter.

Saluant les initiatives « déterminées » des Européens pour freiner l’antisémitisme dans leurs pays respectifs, Shai a fait remarquer l’absence de représentants américains après un an de recrudescence d’actes antisémites aux États-Unis, selon des rapports de la Ligue Anti-Diffamation (ADL).

Un porte-parole de l’ambassade américaine de Tel Aviv n’a pas souhaité s’exprimer sur sa décision.

Nachman Shai (Union sioniste) à l'assemblée de l'Union interparlementaire à Saint-Pétersbourg, le 18 octobre 2017 (Crédit : Porte-parole de la Knesset)
Nachman Shai (Union sioniste) à l’assemblée de l’Union interparlementaire à Saint-Pétersbourg, le 18 octobre 2017 (Crédit : Porte-parole de la Knesset)

Durant cette commission, Shai a subtilement critiqué la réaction du gouvernement israélien suite aux incidents antisémites qui ont frappé les États-Unis, et a appelé à l’adoption d’une position de principe qui protégerait les Juifs du monde entier.

« Nous ne devons pas oublier que l’État d’Israël joue en rôle dans le monde, notamment un rôle protecteur pour tous les Juifs, il est leur porte-parole là où ils ne peuvent pas s’exprimer, ou là où ils s’expriment avec trop peu de puissance », a-t-il dit.

En avril 2017, l’ADL a signalé une hausse de 86 % du nombre d’incidents antisémites aux États-Unis. Ce recensement inclut les centaines d’alertes à la bombe contre des institutions juives réalisées par un adolescent israélo-américain. Le président américain Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu ont tous deux critiqué les groupes juifs qui n’ont pas condamné assez fermement ce phénomène, notamment lors des retombées des affrontements violents contre des suprémacistes blancs à Charlottesville, en Virginie, au mois d’août.

L’extrémisme de droite vs. l’antisémitisme « importé »

L’ambassadeur allemand en Israël, Clemens Von Goetze, l’ambassadeur autrichien Martin Weiss, l’ambassadeur de l’Union européenne Emanuele Giaufret, le vice-ambassadeur britannique Tony Kay, et un représentant de l’ambassade française avaient fait le déplacement.

Les délégués ont évoqué les efforts mis en œuvre par leurs pays respectifs pour combattre l’antisémitisme.

Van Goetz a déclaré que l’Allemagne avait « une responsabilité historique » au lendemain de la Shoah, de protéger Israël et de lutter contre l’antisémitisme, qui, dit-il, ne serait jamais pleinement éradiqué. Il a mentionné une légère augmentation de l’antisémitisme en 2016 par rapport à l’année précédente, même si les chiffres étaient inférieurs à ceux de 2014.

« Dans notre cas, la plupart des crimes commis ont été commis par des extrémistes de droite », a-t-il dit, ajoutez que 90 % des cas » entrent dans cette catégorie.

Weiss, d’Autriche, a admis qu’il « existe un phénomène d’antisémitisme importé », en référence aux opinions des immigrants du Moyen Orient et des réfugiés qui sont arrivés dans son pays. L’antisémitisme a connu une légère augmentation en 2016, soit 12 incidents de plus que l’année précédente, a-t-il dit, en incluant le discours haineux sur Internet.

« Vous êtes en droit de dire que l’Autriche a mis trop de temps » à affronter sa responsabilité dans la Shoah, a ajouté Weiss, se décrivant lui-même comme « la première victime » d’Hitler.

« Mais la rhétorique a changé », a-t-il expliqué. L’enseignement de la Shoah s’intensifie dans son pays.

Un député arabe compare l’État de droit juif à l’antisémitisme.

Ahmad Tibi (Liste arabe unie) était également présent. Il a condamné l’antisémitisme, mais a refusé d’amalgamer la haine des juifs avec les critiques de la politique israélienne.

En s’adressant directement aux diplomates européens, Tibi a comparé l’antisémitisme d’État aux politiques israéliennes, notamment au projet de loi sur « L’État juif » et aux incidents anti-arabes, comme le conférencier de l’université Bar-Ilan qui a renvoyé une élève de classe, parce qu’elle refusait de retirer son hijab.

« Il y a une politique dans l’État d’Israël. Ils disent que si vous vous y opposez, vous êtes anti-israélien. Et si vous êtes anti-israélien, vous êtes certainement anti-sioniste. Et si vous êtes anti-sioniste, alors vous êtes antisémites », a argumenté Tibi.

« Nous devons mettre fin à cette équation et dire qu’en Europe, et je m’adresse aux ambassadeurs, le phénomène d’antisémitisme contre les Juifs est un phénomène sur les individus… ce n’est pas la politique des pays. »

Tibi a ensuite comparé la loi de l’État juif, qui intégrerait le caractère juif dans les lois fondamentales (qui ont valeur de constitution) aux politiques gouvernementales contre les Juifs.

« Un problème se pose quand la politique est dirigée contre une population », a ajouté Tibi. « Messieurs les ambassadeurs, dans la pièce d’à côté, il y a un débat sur la loi sur l’État juif », a-t-il dit, la qualifiant de « loi intrinsèquement anti-arabe ».

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