Woody Allen : les antisémites cherchent un bouc émissaire
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Woody Allen : les antisémites cherchent un bouc émissaire

Selon le réalisateur, si les juifs n’existaient pas, les humains chercheraient un autre groupe sur lequel “diriger leur hostilité et leur frustration”

Le réalisateur américain Woody Allen au Festival de Cannes pour le film "Café Society" projeté avant la cérémonie d'ouverture du 69° Festival, le 11 mai 2016. (Crédit : AFP/Alberto Pizzoli)
Le réalisateur américain Woody Allen au Festival de Cannes pour le film "Café Society" projeté avant la cérémonie d'ouverture du 69° Festival, le 11 mai 2016. (Crédit : AFP/Alberto Pizzoli)

L’antisémitisme est guidé par le désir de désigner les autres comme coupables, a déclaré Woody Allen au cours d’un entretien publié cette semaine, et même s’il était éradiqué, d’autres formes de haine auraient pris sa place.

« C’est dans la nature des gens de désigner un bouc émissaire », a déclaré Allen au Guardian pendant la promotion de son nouveau film, « Café Society ».

« S’il n’y avait pas de juif dans le monde, ils s’en prendraient aux Noirs, a-t-il déclaré. Sans Noirs, ils iraient vers les catholiques. Pas de catholiques ? Autre chose. Au final, si tout le monde était exactement le même, les gauchers commenceraient à tuer les droitiers. Vous avez simplement besoin d’un autre [sur qui] diriger votre hostilité et votre frustration. »

Le réalisateur de 80 ans a souligné que bien qu’il n’ait pas personnellement remarqué une hausse de l’antisémitisme, c’est le cas de ses amis.

« Avec de la chance, la vague descendra et les gens réaliseront que ce n’est pas le problème et se concentreront plus sur les vrais problèmes, a-t-il déclaré. Mais le monde est rempli d’intolérance et de préjudice. Freud disait qu’il y aurait toujours de l’antisémitisme parce que les gens sont un groupe triste. Et ils sont un groupe triste. »

Allen, considéré par beaucoup de critiques comme l’un des auteurs les plus prolifiques et accomplis du cinéma occidental, a déjà déclaré que certains antisémites masquent leur haine des juifs en critiquant Israël.

Pendant un entretien avec la Deuxième chaîne israélienne en 2013, il avait été demandé à Allen s’il était plus dur aujourd’hui d’être juif aux Etats-Unis. « Non, je ne crois pas », avait-il déclaré, ajoutant ironiquement que « au vu des faibles standards de tolérance des juifs dans le monde, les Etats-Unis ont été un pays très tolérant. »

Il avait cependant déclaré que « beaucoup de personne […] déguisent leurs sentiments négatifs envers les juifs, le déguisent en critiques anti-Israël, en critique politique, quand en fait ce qu’ils veulent vraiment dire, c’est qu’ils n’aiment pas les juifs. »

Le réalisateur américain Woody Allen au Festival de Cannes pour le film "Café Society" projeté avant la cérémonie d'ouverture du 69° Festival, avec ses acteurs (de gauche à droite) Corey Stoll, Jesse Eisenberg, Blake Lively, et Kristen Stewart le 11 mai 2016. (Crédit : AFP/Alberto Pizzoli)
Le réalisateur américain Woody Allen au Festival de Cannes pour le film « Café Society » projeté avant la cérémonie d’ouverture du 69° Festival, avec ses acteurs (de gauche à droite) Corey Stoll, Jesse Eisenberg, Blake Lively, et Kristen Stewart le 11 mai 2016. (Crédit : AFP/Alberto Pizzoli)

L’an dernier, Allen avait évoqué en profondeur sa foi juive au quotidien israélien Yedioth Ahronoth, déclarant que son propre sens du judaïsme était souligné par les attaques contre sa religion.

« J’ai grandi dans une atmosphère juive et ils m’ont fait faire ma bar-mitzvah, donc clairement c’est un élément qui est en permanence dans ma vie, avait-il déclaré. Mais je ne crois pas aux religions organisées. La plupart d’entre elles exploitent les gens, et je pense que ces clubs n’ont rien à voir avec Dieu. Aujourd’hui, je me sens juif principalement quand on m’attaque parce que je suis juif. »

Il avait positivement parlé d’Israël, même s’il avait reconnu ne jamais y être allé : « je soutiens Israël et je l’ai soutenu depuis le jour de sa fondation. Les voisins d’Israël l’ont mal traité, cruellement, au lieu de l’adopter et de lui faire intégrer la famille des nations du Moyen Orient. Au cours des années, Israël a répondu à ces attaques de différentes manières, certaines que j’ai approuvées et d’autres moins. Je comprends que les Israéliens aient traversé des moments difficiles, je n’attends pas qu’Israël réagisse parfaitement à chaque fois et cela ne change pas le fait que c’est un pays merveilleux et exceptionnel. »

Interrogé directement pour savoir pourquoi il n’était pas venu, Allen a déclaré qu’il n’était pas un touriste et n’avait visité régulièrement que Paris, Londres, et Rome.

« Ma femme est d’origine coréenne et elle essaie depuis des années de me convaincre d’aller avec elle en Corée du Sud avec elle, jusqu’à présent sans succès, avait-il répondu. Elle est aussi très curieuse d’Israël et veut y aller avec les filles, pour qu’elles puissent voir et comprendre la culture juive de leur père. Je suppose que nous irons bientôt en Israël. Il n’y a rien d’autre à faire. »

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