Yaalon : Obama montre un “manque de leadership” dans sa confrontation à l’Iran
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Yaalon : Obama montre un “manque de leadership” dans sa confrontation à l’Iran

L’ex-ministre de la Défense a écrit une tribune acerbe accusant le président américain de “pensée magique” lorsqu’il déclare que l’accord sur le nucléaire entraînera la réforme

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Moshe Yaalon, ancien ministre de la Défense, pendant un discours donné à l'Institut Washington pour les études proche-orientales, le 15 septembre 2016. (Crédit : capture d'écran)
Moshe Yaalon, ancien ministre de la Défense, pendant un discours donné à l'Institut Washington pour les études proche-orientales, le 15 septembre 2016. (Crédit : capture d'écran)

L’ancien ministre de la Défense Moshe Yaalon a taclé le président américain Barack Obama dans une lettre d’opinion parue dans le Los Angeles Times, l’accusant de faire preuve d’un “manque de leadership” dans la confrontation à l’Iran et appelant les Etats-Unis à augmenter la pression exercée sur la République islamique.

Alors que les candidats à la Maison Blanche s’affrontent, entre autres, sur l’accord nucléaire passé avec l’Iran et la position adoptée par Israël face à ce protocole, Yaalon a imploré dans sa lettre publiée jeudi les « leaders politiques des deux parties » à concentrer leurs efforts sur le contrôle des éventuels dommages issus de l’accord passé l’année dernière.

“Les leaders politiques américains des deux parties affirment que la destruction de l’Etat islamique est la plus grande priorité de l’Etat américain au Moyen-Orient. En réalité, ce n’est pas aussi important que d’affronter le défi posé par l’Iran”, a-t-il ajouté.

Yaalon reconnaît que l’accord revient à reporter dans le temps les ambitions nucléaires de l’Iran mais affirme que Téhéran “est bien plus menaçante pour les intérêts occidentaux que les criminels sunnites et les meurtriers de Rakkah et de Mossoul”, en faisant référence à l’organisation de l’Etat islamique.

L’accord conclu avec l’Iran le 14 juillet 2015 a permis la levée de certaines sanctions internationales qui avaient été décidées par les Etats-Unis, la Chine, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et la Russie, en échange de garanties de l’abandon de son armement nucléaire par Téhéran.

Dans des commentaires teintés d’amertume, Yaalon a expliqué que ceux qui ont pu croire que l’accord mènerait à une réforme de l’Iran “souffrent – et c’est regrettable – de pensée magique”.

“Ce dont nous manquons, c’est de leadership de la part de nos alliés traditionnels en Occident, en particulier de la part de nos bons amis en Amérique. Si le président Obama ou son successeur devait changer ses priorités et mener une campagne pour mettre la pression à l’Iran pour que ce pays mette un terme à ses politiques de déstabilisation – en appliquant le même type de pressions qui ont obligé l’Iran à négocier son programme nucléaire – il trouverait des partenaires chez les Arabes comme les Israéliens », note-t-il.

L’ancien ministre de la Défense a été limogé de ses fonctions au début de l’année dans un contexte de querelles politiques qui ont mené à son remplacement par Avigdor Liberman, leader du parti belliciste Yisrael Beytenu.
Lors du débat entre les candidats à la vice-présidence organisé mardi, le candidat républicain Mike Pence s’est élevé contre les affirmations que l’accord nucléaire passé avec l’Iran serait susceptible d’empêcher Téhéran d’obtenir des armes nucléaires.

« Eh bien, ce n’est pas ce que pense Israël”, a déclaré Pence.

“Gadi Eizenkot, vous pouvez aller le vérifier,” a rétorqué le candidat démocrate Tim Kaine, faisant allusion au chef d’Etat-Major de l’armée israélienne.

Eizenkot, au mois de janvier, avait déclaré que l’accord nucléaire était “un tournant stratégique” et un “grand changement dans la direction empruntée par l’Iran ainsi que dans la manière dont nous avions envisagé les choses”, mais sans pour autant approuver l’accord ou assuré qu’il mettrait un terme au programme nucléaire de l’Iran.

« Il présente beaucoup de risques mais également de nombreuses opportunités. Notre rôle est de regarder à travers les prismes à la fois du risque et des capacités et de juger à partir de cela – sans présumer que le pire scénario adviendra, parce que c’est aussi dangereux que de n’envisager que le meilleur. Et nous revoyons donc maintenant notre stratégie », avait déclaré à ce moment-là le chef d’Etat-Major.

Au mois de septembre, Yaalon démentait également un éventuel soutien apporté a posteriori par les responsables sécuritaires israéliens.

Dans la lettre d’opinion du LA Times, Yaalon avertit que « dans 14 ans, alors que des restrictions critiques auront été levées, le monde pourrait se trouver dans une pire position pour parvenir à empêcher le projet nucléaire de l’Iran, bien plus que cela n’a jamais été le cas auparavant. Dans l’histoire et dans la politique internationale, 14 années, c’est le temps d’un clin d’oeil. Et il y a de nombreux facteurs – comme la possibilité d’événements globaux venant détourner l’attention internationale des violations iraniennes – qui pourraient encore réduire ce laps de temps de manière significative ».

Ce n’est pas la première fois que Yaalon s’en prend à l’Administration Obama concernant sa politique au Moyen-Orient.

En 2014, il aurait ainsi attaqué les négociations de paix menées avec les Palestiniens sous l’égide des Etats-Unis, dénonçant la proposition sécuritaire esquissée par le secrétaire d’Etat américain John Kerry comme « ne valant pas le papier sur lequel elle a été imprimée ».

Yaalon avait également qualifié Kerry d’ « inexplicablement obsessionnel » et de “messianique” dans ses efforts à convaincre les deux parties face à l’accord de paix, affirmant que le secrétaire d’Etat n’avait “rien à [lui] apprendre sur le conflit avec les Palestiniens”.

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