Yaalon propose sa vision du Moyen-Orient, très similaire à celle de Netanyahu
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Yaalon propose sa vision du Moyen-Orient, très similaire à celle de Netanyahu

L'ancien ministre de la Défense affirme qu'il n'y a pas de solution au conflit israélo-palestinien en vue, mais qu'étant donné l'état du monde arabe, ce n'est pas "pertinent"

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Moshe Yaalon, ancien ministre de la Défense, ancien chef d'Etat-major, à l'université hébraïque de Jérusalem, le 18 janvier 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Moshe Yaalon, ancien ministre de la Défense, ancien chef d'Etat-major, à l'université hébraïque de Jérusalem, le 18 janvier 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

L’ancien ministre de la Défense Moshe Yaalon a proposé sa vision d’un nouveau Moyen Orient, vision qui semble résolument similaire, sinon identique, à celle de son ancien patron devenu rival, le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Face aux journalistes mercredi matin, Yaalon a décrit un Moyen Orient en proie à « sa plus grande crise » depuis l’avènement de l’islam dans la région au VIIe siècle.

Aujourd’hui, dit-il, Israël est l’ennemi de l’ennemi de plusieurs pays arabes sunnites, ce qui fait de lui de facto, un allié de ces pays.

Les guerres et les conflits les plus importants dans la région ont fait grimper la question palestinienne en haut de la liste des priorités de pays arabes, dit-il, depuis la Salle Olive de l’hôtel King David à Jérusalem, durant une conférence de presse organisée par The Israel Project.

Netanyahu, que Yaalon a régulièrement dénigré depuis qu’il a été éjecté du gouvernement en mai 2016, partage ces opinions.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Moshe Yaalon pendant une conférence de presse au Gush Etzion en Cisjordanie, le 23 novembre 2015. (Crédit : Emil Salman / Pool)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Moshe Yaalon pendant une conférence de presse au Gush Etzion en Cisjordanie, le 23 novembre 2015. (Crédit : Emil Salman / Pool)

Yaalon a fait partie du Likud depuis 2009 jusqu’au début de la semaine. Il a officiellement quitté le parti de droite au pouvoir. Il a été ministre de la Défense depuis 2013 jusqu’à ce qu’il soit remercié l’an dernier suite à une série de désaccords avec le Premier ministre.

Depuis qu’il a quitté le gouvernement, Yaalon a accusé Netanyahu d’agir en opportuniste politique au lieu de diriger correctement, et l’a comparé à une « girouette » qui va là où le vent souffle.

Dans son discours de démission en mai 2016, Yaalon a promis qu’il reviendrait en politique et se présenterait aux élections pour diriger le pays. Au cours des 10 mois qui se sont écoulés depuis, il a rencontré de nombreux politiciens, des anciens ministres de la Défense, probablement pour former un nouveau parti politique, ou rejoindre un parti existant.

Il est resté de marbre quant à ses projets de se présenter contre Netanyahu dans de futures élections, mais a indiqué que tout est possible.

« Je pense que j’ai quelque chose à offrir », a-t-il dit mardi, faisant référence à son expérience de chef d’état-major et au gouvernement.

Politique intérieure et étrangère

En termes de politique étrangère, Yaalon a affirmé qu’Israël reste les bras croisés, par rapport au reste du Moyen Orient.

Il a mis en garde contre trois mouvements « extrémistes » en pleine croissance dans la région : l’Iran chiite et ses partenaires Bashar el-Assad en Syrie et le Hezbollah au Liban ; les Frères musulmans dirigés par la Turquie ; et Al Qaïda et le groupe État islamique, les groupes terroristes sunnites les plus extrémistes.

Mais il a indiqué que la menace émanant de ces groupes offre à Israël de la compagnie.

« Nous sommes dans le même bateau que les arabes sunnites. Nous partageons des intérêts communs, parce que nous avons des ennemis en commun », dit-il.

Cet état des lieux a facilité des relations inédites avec l’Arabie saoudite, les pays du Golfe et les pays musulmans en Afrique, ainsi que des liens améliorés avec des pays déjà amis, comme l’Égypte et la Jordanie.

Yaalon a également parlé de ce que certains ont appelé le « Printemps arabe », d’autres « l’hiver islamique », périodes durant lesquelles l’espoir d’une plus grande démocratisation des pays arabes en 2010-2011 s’est transformé en une violence sectaire durant les années suivantes, une forme d’opportunité pour l’État juif.

Des combattants syriens pro-régime dans les rues de Ramussa, après leur prise de contrôle d'un district stratégiquement important dans la banlieue d'Alep la veille, le 9 septembre 2016. (Crédit : AFP/George Ourfalian)
Des combattants syriens pro-régime dans les rues de Ramussa, après leur prise de contrôle d’un district stratégiquement important dans la banlieue d’Alep la veille, le 9 septembre 2016. (Crédit : AFP/George Ourfalian)

Avec les guerres cicviles en Syrie et au Yémen, les violences en Iraq et l’évolution de l’État islamique à travers le Moyen Orient, le conflit israélo-palestinien a quitté le radar de la communauté internationale, a expliqué Yaalon.

« Le conflit israélo-palestinien, est pour un temps, non pertinent », a-t-il dit, bien qu’il « existe toujours et que nous devons le gérer ».

Cependant, il a parlé du système éducatif palestinien qui enseigne « à la jeune génération la haine des juifs et des sionistes, que nous sommes des colons et que Tel Aviv est la plus grande implantation », et a ajouté « qu’un accord final n’est pas près d’arriver ».

Israël devrait donc craindre les efforts de paix à long terme et « gérer le conflit », dit-il, et empêcher que la situation en Cisjordanie et dans la bande de Gaza ne dégénère en une violence à grande échelle.

De plus, le gouvernement devrait « faire progresser nos intérêts » tout en respectant la loi israélienne, a-t-il déclaré. Pour Yaalon, cela signifie que les implantations peuvent étre agrandies, mais cela n’implique pas l’annexion de certaines zones de la Cisjordanie, comme le ministre de l’Éducation Naftali Bennett l’a proposé à la Knesset.

Pour l’instant, les Palestiniens et Israël sont comme des « jumeaux siamois », avec des systèmes économiques et de sécurité communs, a-t-il dit.

Palestinians line up before dawn to cross a checkpoint near Beersheba to attend work in Israel (photo credit: Tsafrir Abayov/Flash90/File)
Palestiniens allant travailler en Israël devant un checkpoint proche de Beer Sheva. (Crédit : Tsafrir Abayov/Flash90)

Les Palestiniens utilisent le shekel israélien comme monnaie – « et ce n’est pas par hasard ». Israël, quant à lui, compte sur les Palestiniens pour une main-d’œuvre bon marché, employant légalement plus de 100 000 résidents de Cisjordanie à l’intérieur d’Israël (en plus des très, très nombreux travailleurs illégaux), et 60 000 autres qui travaillent à l’intérieur des implantations israéliennes.

« Peuvent-ils survivre sans notre économie ? », demanda-t-il rhétoriquement.

Israël et l’Autorité palestinienne coopèrent également étroitement sur de nombreuses questions de sécurité en Cisjordanie. Les services de sécurité palestiniens fournissent souvent des renseignements aux militaires israéliens, tandis que l’armée israélienne offre un certain niveau de protection supplémentaire à l’Autorité palestinienne.

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors d'une déclaration conjointe avec le président français après leur réunion au Palais présidentiel de l'Elysée à Paris, le 7 février 2017. (Crédit : Stéphane de Sakutin/AFP)
Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors d’une déclaration conjointe avec le président français après leur réunion au Palais présidentiel de l’Elysée à Paris, le 7 février 2017. (Crédit : Stéphane de Sakutin/AFP)

« Abu Mazen peut-il survivre » sans que l’armée israélienne opère en Cisjordanie ?, a-t-il demandé, en utilisant le surnom du président de l’AP Mahmoud Abbas.

« Évitons les slogans », dit Yaalon. « Les slogans sont bons pour les like sur Facebook, ce n’est pas de la politique. »

Yaalon, comme Netanyahu et d’autres politiciens de droite, a appelé à une autonomie accrue de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie, plutôt qu’à un État complet ainsi q qu’à maintenir la détente avec le Hamas à Gaza.
« Nous n’allons pas parvenir à un statut final, mais je ne veux pas non plus gouverner [les Palestiniens] », a-t-il dit.

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