Yad Vashem dénonce des plaques polonaises qui « déforment » l’histoire
Les plaques remettent en question les conclusions officielles et prétendent que "le crime a été commis par une unité de pacification allemande" plutôt que les habitants de la région

Yad Vashem, mémorial israélien de la Shoah, a décrié jeudi comme « profanation de la vérité historique » les nouvelles plaques installées près d’un monument polonais commémorant le massacre de Jedwabne pendant la Seconde Guerre mondiale, durant lequel des Juifs avaient été assassinés par leurs voisins.
« Yad Vashem est profondément choqué et fortement préoccupé par la profanation de la vérité historique et de la mémoire au mémorial de Jedwabne, où de nouvelles plaques ont été installées dans une tentative manifeste de déformer l’histoire du massacre des Juifs », a déclaré le mémorial.
Les plaques remettent en question les conclusions officielles et prétendent que « le crime a été commis par une unité de pacification allemande » plutôt que les habitants polonais de la région.
Selon un photographe de l’AFP, cette nouvelle installation est composée de huit rochers avec des panneaux en anglais et en polonais, située sur un terrain privé à proximité du mémorial.
Le journaliste polonais Wojciech Sumlinski a affirmé sur X qu’il était derrière cette installation, payée grâce à un financement participatif.
« Yad Vashem appelle les autorités polonaises compétentes à enlever cette installation offensante et à assurer que la signification historique du site soit préservée et respectée », a ajouté le mémorial israélien.
Jedwabne, teraz. pic.twitter.com/A2GxdGrkkd
— Leszek Żebrowski_NSZ #BabiesLivesMatter (@Zebrowski_NSZ) July 10, 2025
Jeudi marquait le 84e anniversaire de ce massacre, durant lequel des paysans polonais du village de Jedwabne, au nord-est du pays, ont enfermé leurs voisins juifs par centaines dans une grange et les ont brûlés vifs.
Des femmes et des enfants se trouvaient parmi les victimes.
Jan Tomasz Gross, historien américain né en Pologne, a mis en évidence le rôle de ces Polonais dans son ouvrage « Neighbours » (Voisins, NDT), qui a provoqué une onde de choc dans toute la Pologne, amenant des excuses présidentielles en 2001.
Une commission d’enquête polonaise a conclu en 2003 que le massacre de 1941 avait été commis par des Polonais de Jedwabne, exhortés par l’occupant nazi, et non par ce dernier, contrairement à ce qui avait longtemps été affirmé.
Des milliers de Juifs ont été tués par leurs voisins polonais pendant la guerre, notamment dans les zones rurales. Mais des milliers de Polonais ont aussi risqué la peine de mort pour toutes leurs familles en sauvant des Juifs.
Yad Vashem a reconnu plus de 7 000 Polonais – plus que toute autre nationalité – comme « Juste parmi les nations » pour avoir aidé à sauver des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale.
Un eurodéputé polonais d’extrême droite, Grzegorz Braun, a tenté de perturber les cérémonies à Jedwabne jeudi, remettant en question la responsabilité des Polonais dans ce massacre.
Le directeur du mémorial du camp d’extermination nazi d’Auschwitz-Birkenau, Piotr Cywinski a dénoncé jeudi soir des déclarations de M. Braun à une radio commerciale, où ce dernier a aussi remis en question l’existence des chambres à gaz dans ce camp.
Dans un communiqué, M. Cywinski a accusé l’eurodéputé, déjà poursuivi en justice pour plusieurs propos et actes considérés comme antisémites, d’avoir tenu des propos « scandaleux et mensongers » et d’avoir commis un « acte de négationnisme ».







