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Yair Golan défie Nitzan Horowitz à la tête du Meretz

Fustigeant "la droite messianique,", l'ancien général affirme que le pays doit être gouverné par des valeurs de gauche et que son parti a besoin de changement

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

Le vice-ministre de l'Économie et de l'Industrie Yair Golan annonce sa candidature à la tête du Meretz face à Nitzan Horowitz dans les prochaines primaires pendant une conférence de presse à Tel Aviv, le 6 juillet 2022. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Le vice-ministre de l'Économie et de l'Industrie Yair Golan annonce sa candidature à la tête du Meretz face à Nitzan Horowitz dans les prochaines primaires pendant une conférence de presse à Tel Aviv, le 6 juillet 2022. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Denx ans après avoir rejoint le parti du Meretz d’extrême-gauche, le vice-ministre de l’Économie Yair Golan a annoncé sa candidature à la tête du parti, mercredi matin, en amont des Primaires de la faction dont la date n’a pas encore été finalisée.

« J’annonce ici que je vais me présenter au poste de dirigeant du Meretz lors des prochaines élections… avec pour objectif de construire une gauche sioniste forte et fière de ce qu’elle est et qui se battra pour l’image et pour l’avenir de l’État d’Israël », a déclaré Golan au cours d’une conférence de presse organisée à Tel Aviv pour faire part de sa candidature.

Golan défiera le chef actuel de la formation, Nitzan Horowitz, qui a dirigé la faction pendant toute une année tumultueuse – en réintégrant le Meretz dans un gouvernement au pouvoir pour la toute première fois depuis les années 2000 et en échouant à faire respecter à ses députés la discipline du parti, ce qui aura contribué à l’effondrement de la coalition.

Le Meretz lutte actuellement contre des prévisions qui laissent entendre qu’il pourrait ne pas réunir suffisamment de votes pour franchir le seuil électoral de représentation à la Knesset et il met en place sa stratégie en vue du scrutin du 1er novembre, selon des sources du parti.

« Je me présente parce que je crois que ce sont les valeurs de la gauche qui devraient guider l’État d’Israël », a déclaré Golan, un ex-général israélien.

« Je crois en la démocratie, je crois en l’égalité, en la justice sociale et en la paix. Je crois dans la vision d’un État-nation du peuple juif qui fortifie la sécurité de ses citoyens et qui accorde l’égalité totale des droits à toutes et à tous, indépendamment de la religion, du sexe, de la race ou du statut ».

Le vice-ministre de l’Économie et de l’Industrie Yair Golan annonce sa candidature à la tête du Meretz face à Nitzan Horowitz dans les prochaines primaires pendant une conférence de presse à Tel Aviv, le 6 juillet 2022. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Golan a fait allusion, dans son discours, à une allocution controversée qu’il avait faite lorsqu’il était chef d’État-major adjoint, en 2016, où il avait suggéré un parallèle entre l’Allemagne de 1930 et Israël, aujourd’hui. Il y a déjà six ans, a-t-il dit mercredi, il avait mis en garde contre « des processus obscurs qui ont lieu au cœur de la société israélienne ».

Golan avait aussi créé la polémique au cours de son mandat actuel, à la Knesset, pour avoir qualifié un groupe de partisans du mouvement pro-implantation de « sous-hommes », au début de l’année. Il avait tenu ces propos controversés après l’attaque terroriste commise à l’avant-poste de Homesh qui avait fait un mort, Yehuda Dimentman, étudiant en Yeshiva. Le vice-ministre avait ultérieurement retiré ses propos.

« Ce ne sont pas des élections ordinaires. Ce sont des élections qui détermineront si Israël continuera à être un État juif et démocratique », a-t-il déclaré. « Il y a des choix qui décideront du chemin que nous allons emprunter, celui de [David] Ben-Gurion ou celui de Ben Gvir [un député d’extrême-droite]. Nous avons le choix entre la croissance et la destruction. Et plus important est le danger, plus grande est notre responsabilité. »

Golan a dépeint la manière dont ses adversaires politiques « corrompus » et « de la droite messianique » tentent, « de toute leur force, de changer le visage de notre pays bien-aimé ».

Faisant probablement référence au leader de l’opposition Benjamin Netanyahu, actuellement traduit devant la justice pour corruption, Golan a dit être terrifié par « les dirigeants dont la corruption misérable en appelle aux cieux ». Il a aussi noté être horrifié par « ces Juifs qui, envahis par la haine et par le fanatisme religieux, attaquent des soldats et des Arabes seulement parce qu’ils sont Arabes, qui vandalisent des biens et des pierres tombales ».

« Après 38 années passées dans l’armée… C’est ma bataille la plus importante, comme elle l’est pour tous ceux qui veulent que leurs enfants et leurs petits-enfants puissent installer ici leur foyer », a-t-il ajouté.

Si Golan a dit que « le changement est nécessaire » pour « donner un élan et former un parti dont nous pouvons être fiers », c’est le leader en titre du Meretz, Horowitz, qui l’avait fait entrer dans la faction grâce à une place protégée sur la liste, au mois de janvier 2020.

Le ministre de la Santé Nitzan Horowitz dirige une réunion de sa faction du Meretz à la Knesset de Jérusalem, le 28 février 2022. (Crédit : Yonatan SindelFlash90)

Suite à cette annonce, Horowitz a rapidement écrit sur Twitter qu’il se réjouissait de cette candidature.

« Le Meretz est un parti démocratique, l’un des quelques partis démocratiques de l’arène politique et j’en suis fier. Yair est une personnalité précieuse et un ami », a-t-il écrit. Le Meretz est l’une des quelques formations qui permettent à leur base électorale d’avoir leur mot à dire dans la liste des candidats à la Knesset.

Horowitz a aussi donné un aperçu de certains des points forts qu’il mettra en avant dans sa campagne, écrivant que « le Meretz a accompli des choses formidables au gouvernement et il a changé la réalité plus que n’importe quelle autre faction » et en particulier dans les secteurs « de la santé, de l’environnement, des droits des femmes et dans les questions liées à la communauté LGBT. »

Horowitz est le tout premier dirigeant de parti ouvertement homosexuel.

S’exprimant mercredi auprès du Times of Israel, le ministre et député sortant Issawi Frej a estimé que ni Golan, ni Horowitz ne présentaient les qualités nécessaires pour prendre la tête du parti et il a indiqué qu’il aurait aimé voir revenir une ancienne cheffe de la formation, Zehava Galon. (Cette dernière a explicitement exclu cette possibilité dans un entretien matinal avec la station de radio 102FM.)

Les critiques de Frej à l’égard de Golan portent plus particulièrement sur le partenariat Juif-Arabe, que le Meretz promet de faire avancer mais qui, en pratique, est difficile à réaliser.

« Mon ordre du jour, ce sont les Juifs et les Arabes et ce n’est pas vraiment l’ordre du jour de Yair », a dit Frej. « Lui a dit : ‘Je suis sioniste et fier et l’être’ et c’est un ordre du jour différent ».

La députée du Meretz Ghaida Rinawie Zoabi à la Knesset de Jérusalem, le 6 juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le partenariat entre Juifs et Arabes est une question au cœur du parti et les députés écrivent d’ailleurs sur Twitter leur nom en hébreu, en arabe et en anglais. Et la faction a particulièrement ressenti les contraintes induites par son ralliement à une coalition diverse au niveau idéologique.

La législatrice rebelle du Meretz Ghaida Rinawie-Zoabi a contribué au renversement du gouvernement en se séparant de la coalition sur des sujets qui allaient « à l’encontre » de sa « conscience ». Citant son mécontentement face au traitement, par l’alliance au pouvoir, de dossiers liés à la société arabe, la députée musulmane avait brièvement quitté la coalition au mois de mai et elle avait refusé de se soumettre à la discipline de cette dernière à son retour.

Elle ne se présentera pas aux prochaines Primaires, et Frej non plus.

L’incapacité de Horowitz de faire respecter la discipline au sein de sa formation a été critiquée au Meretz et hors de ses rangs.

Frej a dit que la faction avait des allures « de concert de jazz, sans leader ».

« C’est un parlementaire formidable mais il aurait dû savoir comment mieux relier le Meretz à ses membres », a commenté Frej, évoquant Horowitz. « On aurait dû agir davantage dans l’unité, comme un seul bloc ».

Le ministre de la Coopération régionale Issawi Frej participe à une réunion de la faction Meretz à la Knesset, le 28 février 2022. (Crédit: Yonatan Sindel/Flash90)

Si Frej a indiqué que le Meretz continuait à envisager la possibilité de se présenter une nouvelle fois sur une liste conjointe avec le Parti Travailliste, la ministre des Transports et dirigeante Travailliste Merav Michaeli a écarté cette possibilité.

Michaeli pourrait ne pas être intéressée à l’idée de servir de planche de salut au Meretz mais si la formation d’extrême-gauche ne parvient pas à franchir le seuil électoral de 3,25 %, alors ses votes seront perdus et ses sièges seront redistribués parmi tous les partis plus chanceux. Dans une élection où chaque siège comptera, cela pourrait avoir des conséquences pour un bloc de centre-gauche ou pour un bloc uni dans l’opposition à Netanyahu.

La commission électorale du Meretz devrait se réunir d’ici deux semaines pour déterminer la date définitive des Primaires et pour décider s’il organisera un vote distinct pour désigner la personnalité qui prendra la tête du parti.

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