Rechercher

Yesh Atid dévoile son programme pour les femmes, sur fond de pénurie de candidates

Face au faible nombre de femmes sur les listes, une baisse du nombre de députées est attendue. Lapid accuse les partis religieux de droite de vouloir éloigner les femmes du pouvoir

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

Le Premier ministre Yair Lapid prend la parole lors d’une cérémonie de remise de diplôme aux officiers de Marine, à la base navale de Haïfa, le 7 septembre 2022. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)
Le Premier ministre Yair Lapid prend la parole lors d’une cérémonie de remise de diplôme aux officiers de Marine, à la base navale de Haïfa, le 7 septembre 2022. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Le parti Yesh Atid a dévoilé le détail de son programme pour améliorer la condition féminine, dans le cadre de sa campagne pour les élections à la Knesset, alors même que le faible nombre de candidates suscite des interrogations.

Le programme aborde la lutte contre les violences faites aux femmes, l’amélioration de la position des femmes sur le marché du travail et de leur représentation à des postes de pouvoir.

S’exprimant lors d’un événement dédié aux femmes, organisé par son parti, jeudi, à Tel Aviv, le Premier ministre Yair Lapid a déclaré que ce programme reflétait la vision de Yesh Atid en matière de parité hommes-femmes.

« Le temps presse, nous sommes en 2022. Si quelqu’un est gêné par une femme qui chante, qu’il aille ailleurs. Quand un homme frappe sa femme, c’est à lui de quitter la maison. Si un homme ne supporte pas de voir des femmes combattre aux côtés des hommes au sein de l’armée israélienne, alors il ne devrait pas être soldat », a déclaré Lapid, évoquant quelques unes des récriminations des Juifs religieux au sujet des femmes dans les espaces publics et à la politique actuelle qui contraint les femmes maltraitées à quitter leur domicile pour obtenir une protection.

Le lancement de ce programme et la tenue de cet événement de campagne coïncident avec un débat public sur le faible nombre de femmes députées à la prochaine Knesset.

Les listes des partis doivent être finalisées d’ici jeudi prochain et jusqu’à présent, seules 19 candidates occupent des places susceptibles de leur garantir un siège à la Knesset.

Yesh Atid n’a pas encore publié sa liste : des sources proches du parti expliquent que le comité de sélection, composé de quatre personnes, n’a pas encore finalisé la liste définitive.

Le nombre de candidates pourrait très légèrement augmenter, à la faveur d’un certain nombre de facteurs.

La ministre de l’économie Orna Barbivai participant à une conférence à Modiin, le 26 mai 2022. (Crédit : Flash90)

Yesh Atid et Yisrael Beytenu seront les deux derniers grands partis avec des listes mixtes -hommes/ femmes- à annoncer leur liste, en début de semaine prochaine.

Le chef du Likud, Benjamin Netanyahu, pourrait céder à la pression en positionnant des députées déjà élues à des places susceptibles de leur garantir une réélection, en utilisant les trois créneaux discrétionnaires dont il dispose, avant la date limite de dépôt des listes, jeudi prochain.

Au moment de la formation du gouvernement, les partis pourraient également faire usage de la loi dite « norvégienne » en offrant à des députés de moindre rang sur la liste le siège occupé par un ministre de leur parti. Cette possibilité pourrait permettre à des femmes d’entrer à la Knesset.

Le problème est plus prononcé encore au sein du bloc religieux de droite dirigé par Netanyahu, qui comprend le Likud, HaTzionout HaDatit et deux partis ultra-orthodoxes, qui ne présentent jamais de candidates. Les ultra-orthodoxes devraient obtenir une quinzaine de sièges.

Le Likud, qui devrait recueillir 31 à 33 sièges, ne compte que quatre femmes sur sa liste après la 30e position, et cinq après la 33eme.

Bien que le plus grand parti de la Knesset ait organisé une primaire pour établir sa liste, le très faible nombre de femmes en position d’éligibilité met Netanyahu en difficulté et pourrait même le contraindre à faire usage de son pouvoir discrétionnaire, pour certaines places, et promouvoir des candidatures féminines.

Ces places servent généralement à abonder la liste en fonction d’opportunités politiques ponctuelles, et Netanyahu n’a pas encore annoncé le nom des bénéficiaires de ces places discrétionnaires, dont trois sont susceptibles d’entrer à la 25e Knesset.

HaTzionout HaDatit, parti d’extrême droite, a également organisé une primaire à la fin du mois d’août, qui a positionné ses deux députées actuelles, Orit Strock et Michal Waldinger, à des places éligibles.

En dépit de projections de gains allant de 11 à 13 sièges, il est probable qu’aucune autre femme ne rejoigne la liste. HaTzionout HaDatit est une fusion entre le parti de Bezalel Smotrich et le parti Otzma Yehudit d’Itamar Ben Gvir, qui se présentent sous une étiquette commune dans le cadre d’un accord négocié par Netanyahu pour fédérer l’extrême droite.

La députée Orit Strock assiste à une réunion du Comité des arrangements de la Knesset à Jérusalem, le 21 juin 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Il y a une raison pour laquelle il n’y a que sept femmes dans l’autre bloc », a expliqué Lapid à propos du nombre actuel de candidatures féminines “utiles” de ses rivaux politiques.

« Le Likud, HaTzionout HaDatit, Yahadout HaTorah, Shas, tous ensemble ne présentent que sept femmes. Parce que la politique est un centre de pouvoir, et ils veulent éloigner les femmes des centres de pouvoir », a poursuivi Lapid.

Au sein des partis qui composent l’actuel gouvernement, le parti centriste HaMahane HaMamlahti – une alliance entre Kakhol lavan et Tikva Hadasha – présente quatre femmes à des positions d’éligibilité, avec des projections de gains de 12 à 14 sièges au total. Le parti n’est pas parvenu à positionner à des rangs d’éligibilité les deux candidates supplémentaires, pourtant annoncées à grand renfort de publicité en juillet dernier.

Le parti Avoda, de centre-gauche, compte trois femmes dans les cinq premiers sièges qu’il devrait obtenir, une quatrième candidate étant reléguée à la sixième place en application de la liste alternée par genre.

Le Meretz, de gauche, compte deux femmes dans les cinq premiers rangs, et les sondages le créditent de quatre à cinq sièges.

L’arabe islamiste Raam compte une femme parmi ses quatre candidats en position d’éligibilité. HaRouah HaTzionit, parti de droite formé des restes de Yamina et du parti séparatiste Tikva Hadasha Derech Eretz, prêt à siéger avec le Likud – ne compte qu’une femme dans ses rangs: sa dirigeante Ayelet Shaked. Toutefois, HaRouah HaTzionit se situe actuellement sous le seuil des quatre sièges requis pour entrer à la Knesset.

La faction majoritaire de la Liste arabe unie, qui ne devrait se joindre à aucun gouvernement, ne devrait compter qu’une seule femme, la députée en exercice Aida Touma-Suleiman.

La députée Aida Touma-Sliman de la Liste arabe unie à la Knesset, le 8 juin 2015. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le parti centriste Yesh Atid, qui devrait remporter 22 à 24 sièges, ne publiera sa liste définitive de candidats que mardi prochain. Le parti de droite Yisrael Beytenu, qui a d’ores et déjà annoncé son refus de rejoindre un gouvernement dirigé par Netanyahu, devrait remporter cinq à six sièges. Il dévoilera sa liste lundi.

La Knesset sortante compte actuellement 36 femmes sur 120 députés, soit moins de 30 %, ce qui est inférieur à la moyenne de l’OCDE pour 2021, établie à 32 %.

Lors de sa formation en juin 2021, le gouvernement actuel comptait le plus grand nombre de femmes jamais atteint, avec 9 femmes ministres sur un total de 27 et un pourcentage record, les Israéliennes n’ayant jamais, par le passé, eu plus d’un quart des postes de haut niveau.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...