Yeshua: les demandes ont fini par émaner directement du bureau de Netanyahu
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Yeshua: les demandes ont fini par émaner directement du bureau de Netanyahu

L'ancien directeur du site d'information Walla a été appelé à témoigner dans le cadre de l'affaire 4 000

Croquis du tribunal : Ilan Yeshua témoignant devant le tribunal de district de Jérusalem, le 5 avril 2021. (Biana Zakutnik)
Croquis du tribunal : Ilan Yeshua témoignant devant le tribunal de district de Jérusalem, le 5 avril 2021. (Biana Zakutnik)

Ilan Yeshua, l’ancien directeur du site d’information Walla, a déclaré lundi dans le cadre de son témoignage dans l’affaire 4000 donné en tant que témoin de l’État, qu’initialement, il recevait des directives de son employeur, Shaul Elovitch, sur le type d’articles qu’il devrait mettre en valeur sur le site Web et celles qu’il devait retirer, dans le cadre d’un arrangement présumé avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, mais que ces ordres ont fini par émaner directement du bureau du Premier ministre.

« Il y avait deux directives : supprimer les articles négatifs [sur les Netanyahu] et publier des articles positifs », a affirmé Yeshua.

« Les directives venaient de Nir [Hefetz], puis une minute plus tard de Shaul [Elovitch]. Il est devenu évident que je devais faire ce que [Hefetz] m’avait demandé », a-t-il ajouté, notant qu’en fin de compte, il a cessé d’attendre l’ordre d’Elovitch.

« Je savais quoi faire », a insisté Yeshua.

L’ex-rédacteur en chef de Walla Ilan Yeshua entre dans la salle d’audience de la Cour de district de Jérusalem pour son procès pour corruption, le 5 avril 2021. (Crédit : Oren Ben Hakoon/Pool)

L’ancien directeur de Walla indique que Hefetz, qui est un témoin de l’accusation dans cette affaire, était surnommé le « Rottweiler ».

Yeshua a affirmé que c’était de notoriété publique que le site d’information Walla donnait une couverture partiale favorable à Netanyahu.

« Parfois, nous entendions des commentaires du [conseiller média de Netanyahu] Nir Hefetz selon lesquels il racontait à tout le monde ‘ne pas avoir à se battre avec Walla parce que Walla lui appartient’ », a
affirmé Yeshua, faisant référence au Premier ministre.

« Il était évident que nous étions un site Web à la botte du cabinet du Premier ministre », dit-il.

Nir Hefetz devant le tribunal de Tel Aviv dans l’une des enquêtes impliquant Netanyahu, le 22 février 2018 (Crédit : / AFP PHOTO / JACK GUEZ)

Yeshua a déclaré qu’il avait reçu plus d’ordres et subi davantage de pressions avant les élections de 2013 et 2015, et lorsque le ministère des Communications devait approuver des mesures qui affecteraient la société de télécommunications Bezeq, contrôlée par les accusés Shaul et Iris Elovitch.

« Il y avait des moments où Shaul ou Iris [Elovitch] disaient : ‘retirez cet article immédiatement ! La semaine prochaine [Netanyahu] doit approuver quelque chose pour moi’ – lorsque quelque faveur gouvernementale devait être approuvée », raconte Yeshua.

Netanyahu est accusé d’avoir offert des faveurs gouvernementales aux Elovitch en échange d’une couverture médiatique favorable par le site d’information Walla, qu’ils contrôlaient via Bezeq.

Iris Elovitch au tribunal de district de Jérusalem, le 24 mai 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

Yeshua a déclaré que le média était toujours très sensible aux articles qui auraient pu être considérés comme défavorables au Premier ministre Benjamin Netanyahu ou à sa femme, et s’efforçait de les retirer rapidement du site.

« Bien sûr, ce qui est négatif pour une personne peut être positif pour une autre. Mais la barre était très basse. Si un article pouvait être considéré comme négatif, il était supprimé », a-t-il affirmé.

Yeshua a indiqué que « presque toutes » les demandes, entre 2013 et fin 2016, du bureau du Premier ministre ou des employeurs de Yeshua, les Elovitch, de supprimer un article négatif ou mettre en valeur un angle positif, ont été acceptées, affirmant qu’il y avait « très peu d’exceptions ».

Yeshua a affirmé qu’il a finalement appris à « s’autocensurer » et à supprimer des histoires qu’il pensait que les Elovitch ou le Premier ministre n’approuveraient pas avant même de poser la question.

Yeshua a affirmé avoir cesser de faire cela fin 2016.

La procureure Yehudit Tirosh a alors demandé à Yeshua pourquoi il avait toléré ce système.

« J’adorais mon travail. Et j’espérais que réussir éventuellement à gérer ça, que quelque chose se produirait et que ce serait fini. Iris et Shaul [Elovitch] disaient : ‘Ce n’est que pour un temps, ce n’est que pour cette période sensible’, et j’ai avalé cette histoire », dit Yeshua.

« Mais je n’ai pas de bonne réponse », dit-il.

« Ça payait bien, je dois dire », a ajouté Yeshua.

Alors que Yeshua témoignait, le Premier ministre a tweeté un lien vers un article d’un site Web de droite qui affirme que le site d’information Walla n’a pas offert de couverture médiatique favorable au Premier ministre.

Le tweet de Netanyahu renvoie à un article de 2018 sur le site Web de Mida, qui affirme qu’un examen des articles de Walla de la période en question montre que sa couverture médiatique n’a pas été extrêmement favorable.

Yeshua a déclaré que lui-même et l’ancien rédacteur en chef du média, ainsi que d’autres cadres supérieurs, avaient établi quelques surnoms et mots de passe pour discuter du Premier ministre Benjamin Netanyahu et de la couverture partiale que le site lui donnait.

Yeshua a révélé que dans les couloirs du bureau, Netanyahu était parfois surnommé « Kim Jong Un », le nom du dictateur nord-coréen, tandis que Sara Netanyahu était appelée « Ri Sol-ju », l’épouse de Kim.

De plus, l’ancien rédacteur en chef de Walla, Yinon Magal, disait à Yeshua qu’il « livrait un kebab » lorsqu’une nouvelle positive devait être publiée, tandis qu’un « kebab au paprika » était le code pour un article négatif.

Yeshua dit que ses employeurs Shaul et Iris Elovitch avaient également leurs propres surnoms pour diverses personnalités politiques.

Selon l’ancien directeur de Walla, ils avaient surnommé l’ancien ministre des Finances Moshe Kahlon, né d’immigrants libyens, « l’Arabe », « souriant » et « smiley », tandis que Naftali Bennett était qualifié de « méchant garçon religieux ». Les Elovitch avaient surnommé Netanyahu « mon ami de Jérusalem ».

Yinon Magal, alors député de HaBayit HaYehudi, à la Knesset, le 24 novembre 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

L’avocat des Elovitch a ensuite affirmé que sa cliente Iris s’excuse pour son accès de colère, dans lequel elle avait interrompu Ilan Yeshua en le traitant de menteur.

L’avocat a plus tard réclamé que l’accusation indique clairement lorsqu’une allégation est portée contre Iris Elovitch et lorsqu’elle est dirigée contre son mari Shaul Elovitch, car certaines ont concerné les deux accusés ensemble.

La procureure de l’État Yehudit Tirosh a ainsi ordonné à Yeshua d’identifier clairement les directives reçues d’Iris ou de Shaul.

Shaul et Iris Elovitch sont les deux seuls accusés présents dans la salle d’audience pour cette partie du procès, après que Netanyahu et le quatrième accusé dans l’affaire – l’éditeur du Yedioth Ahronoth Arnon Mozes – ont tous deux reçu l’autorisation de quitter l’audience.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, quittant une salle d’audience au tribunal de district de Jérusalem lors d’une audience dans son procès pour corruption, le 5 avril 2021 (Crédit: Oren Ben Hakoon / Pool)

Yeshua pense enfin que les ordres donnés à son site Walla de privilégier une couverture médiatique favorable des actions du Premier ministre Benjamin Netanyahu et de sa famille ont en effet résulté d’un accord de compromis qui prévoyait des régulations adoptées au bénéfice de ses employeurs, le magnat des télécommunications Shaul Elovitch et son épouse Iris.

« Shaul, Iris, Nir [Hefetz], Zeev [Rubinstein], Shai Haik » — qui auraient agi comme intermédiaires entre la famille du chef du gouvernement et Walla – « ont déclaré à l’occasion : ‘elle est contente’, » en référence à Sara Netanyahu ou « ils sont satisfaits », a noté Yeshua, faisant allusion au couple.

Yeshua, a expliqué pourquoi son site internet avait également assuré une couverture médiatique favorable des informations se rapportant à Sara Netanyahu, alors que seul son mari, le Premier ministre, était en position d’accorder des faveurs en termes de régulation.

« Qu’est-ce qui a été dit sur les raisons qui justifiaient le fait que vous deviez absolument écouter les demandes de Sara Netanyahu ? », a demandé le procureur Yehudit Tirosh à Yeshua dans la journée de lundi.
Il a répondu que Shaul et Iris Elovitch estimaient qu’il était indispensable que Sara Netanyahu soit satisfaite pour obtenir des faveurs de la part du chef de gouvernement.

« Si elle est en colère, il est lui aussi en colère – et s’il est en colère, alors cela peut faire des dégâts… Ils disaient des choses comme ça, ils disaient qu’elle représentait ce qui était le plus important pour lui », a répondu Yeshua.

Après la question de Tirosh , Yeshua a tout d’abord hésité à répondre – ce qui a amené l’un des avocats de Netanyahu, Amit Hadad, à dire sèchement : « Une seconde, ça prend du temps d’inventer quelque chose ».

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