Yitzhak Yosef: Les immigrés de l’ex-URSS, des « gentils qui haïssent la religion »
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Yitzhak Yosef: Les immigrés de l’ex-URSS, des « gentils qui haïssent la religion »

Le grand rabbin séfarade critique les conversions de l'État, se fait tancer par Netanyahu ; des politiciens demandent sa démission, exhortent Mandelblit à enquêter sur l'incitation

Le grand gabbin séfarade Yitzhak Yosef assiste à une cérémonie à Jérusalem, le 22 octobre 2017. (Yonatan Sindel/Flash90)
Le grand gabbin séfarade Yitzhak Yosef assiste à une cérémonie à Jérusalem, le 22 octobre 2017. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le grand rabbin séfarade d’Israël a essuyé des critiques mardi matin, y compris de la part du Premier ministre, après qu’il ait été révélé qu’il avait qualifié les immigrants de l’ex-Union soviétique de « gentils qui détestent la religion ».

Le site d’information Ynet a rapporté que, lors d’un rassemblement rabbinique la semaine dernière à Jérusalem, Yitzhak Yosef avait déclaré aux spectateurs que « des centaines de milliers ou des dizaines de milliers de Gentils sont venus en Israël sous la Loi du retour ».

« Il y a beaucoup, beaucoup de non-Juifs ici, certains sont communistes, hostiles à la religion, détestant la religion. Ce ne sont pas du tout des Juifs, mais des Gentils. Alors ils votent pour des partis qui incitent contre les ultra-orthodoxes et contre la religion. »

Le grand rabbin Yosef s’adressait à des rabbins qui se préparaient à voyager à l’étranger en tant qu’émissaires, et leur conseillait de ne pas s’impliquer dans les conversions en raison des sensibilités découlant de la loi religieuse.

Plus tard dans la conversation, il a également attaqué des juges religieux, certains par leur nom, dont il a dit qu’il considérait qu’ils étaient trop indulgents sur les questions de conversion.

Yosef a même dit que les conversions sous les auspices des tribunaux rabbiniques de l’État, qui sont sous sa propre supervision, ne devraient pas être automatiquement acceptées.

La Loi du retour accorde une citoyenneté quasi automatique à ceux qui ont au moins un grand-parent juif. Mais le Grand rabbinat ne les reconnaît comme Juifs que sous une stricte interprétation de la halakha, ou Loi juive : ils doivent avoir pour mère une Juive ou avoir été convertis au judaïsme par des rabbins orthodoxes approuvés par le rabbinat officiel de l’Etat.

Le chef du parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, assiste à la conférence du journal Calcalist à Tel Aviv, le 31 décembre 2019. (Miriam Alster/Flash90)

Au cours des dernières années, l’immigration en provenance de l’ex-Union soviétique vers Israël a de nouveau augmenté, devançant la France et d’autres pays d’Europe occidentale en tant que provenance du plus grand nombre de nouveaux immigrants.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a qualifié ces commentaires de « scandaleux et déplacés ».

« L’immigration en provenance de l’ex-Union soviétique est une énorme aubaine pour l’État d’Israël et le peuple juif », a-t-il précisé. « Le gouvernement… continuera à promouvoir l’immigration et l’intégration dans le pays de nos frères et sœurs de l’ex-Union soviétique. »

Avigdor Liberman, chef du parti Yisrael Beytenu, qui a des partisans majoritairement laïcs et russes, a demandé la démission de Yosef suite à ses déclarations, disant que ses propos étaient « antisémites et racistes » et qu’il espérait qu’il serait remplacé par quelqu’un qui ne « séparera et ne divisera pas » les gens.

Liberman a refusé de rejoindre un gouvernement dirigé par le Premier ministre Benjamin Netanyahu en mai dernier en raison de désaccords avec les partis ultra-orthodoxes sur le projet de loi militaire des étudiants ultra-orthodoxes.

En novembre, il a publié une liste de revendications concernant la religion et l’État, disant qu’elles constituent le minimum absolu auquel son parti laïc consentira dans toute négociation visant à former un gouvernement de coalition après les élections de mars.

Le dirigeant de Kakhol lavan, Benny Gantz, a déclaré que Yosef devait s’excuser pour ses propos, affirmant que l’État d’Israël avait une dette envers les immigrants de l’Union soviétique qui ont apporté avec eux des acquis culturels, scientifiques et sociaux.

La députée Tamar Zandberg, de l’Union démocratique, a demandé au procureur général d’ouvrir une enquête pour déterminer si Yosef incitait à la haine.

La députée du Camp démocratique Tamar Zandberg, à Jérusalem, le 22 août 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Ceux qui viennent de l’Union soviétique ont immigré légalement en Israël et sont des citoyens égaux qui doivent être protégés contre la haine et les discours de haine qui pourraient conduire à la violence », a déclaré Mme Zandberg dans un communiqué. « Je demande donc au procureur général d’ouvrir une enquête dès que possible sur les déclarations incitatrices du grand rabbin Yosef, pour déterminer s’il est approprié qu’une personnalité publique s’exprime ainsi. »

Le rabbin Uri Regev de Hiddush, une organisation qui plaide pour un plus grand pluralisme religieux en Israël, a également demandé la démission de Yosef.

« Yosef est un homme politique, comme il l’a déjà démontré lors des élections précédentes, un acteur de la campagne électorale du Shas, causant des dommages délibérés au judaïsme et au peuple juif », a-t-il déclaré.

En 2018, Yosef a été critiqué pour avoir comparé les Noirs à des singes lors de son sermon hebdomadaire. Cela aussi a conduit à des appels pour une enquête criminelle.

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