Yitzhar, épicentre de la montée en puissance des attaques « Prix à payer »
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Yitzhar, épicentre de la montée en puissance des attaques « Prix à payer »

Les responsables de cette communauté du nord de la Cisjordanie attribuent cette situation à l'afflux de "Jeunes des Collines" expulsés d'un avant-poste voisin l'année dernière

Jacob Magid est le correspondant implantations du Times of Israël

L'entrée de l'implantation d'Yitzhar en Cisjordanie (Crédit : Flash90 / File)
L'entrée de l'implantation d'Yitzhar en Cisjordanie (Crédit : Flash90 / File)

Les services de sécurité israéliens considèrent l’implantation de Yitzhar dans le nord de la Cisjordanie comme responsable de la récente recrudescence des crimes de haine contre les villages palestiniens, a déclaré un responsable de la Défense au Times of Israel lundi.

La ville d’environ 1 500 habitants est devenue un « refuge pour les Jeunes des Collines », qui ont été impliqués dans la plupart des attaques dites de « Prix à payer » au cours de l’année dernière, a déclaré le responsable. Sept cas de destruction massive de biens palestiniens ont été recensés au cours de la dernière semaine seulement.

« Prix à payer » fait référence au vandalisme et à d’autres crimes haineux perpétrés par des juifs ultra-nationalistes, prétendument en représailles à la violence palestinienne ou aux politiques gouvernementales perçues comme hostiles au mouvement des implantations.

Les oliveraies palestiniennes, les mosquées, les églises ont été la cible de vandales d’extrême droite ces dernières années, tout comme les groupes pacifistes de défense des droits israéliens et même les bases militaires de l’armée israélienne.

Les jeunes militants sont souvent surnommés les « Jeunes des Collines » en raison de leur pratique consistant à établir des avant-postes illégaux sur les hauteurs des collines de Cisjordanie.

Graffiti hébreu proclamant : « Nous prendrons notre destin en mains », peint sur un véhicule dans le village palestinien de Ramun, en Cisjordanie, le 23 avril 2018. (Police d’Israël)

Ces dernières années, l’implantation de Yitzhar est devenu l’un de leurs principaux centres, et les jeunes idéalistes ont établi plusieurs quartiers de fortune sur les hauteurs des collines au-delà des frontières de la ville du nord de la Cisjordanie.

Le responsable de la sécurité, qui s’est exprimé sous couvert de l’anonymat, a déclaré que les actes de violence qui ont eu lieu au cours du mois dernier avaient été commis par des jeunes de Yitzhar.

Il a ajouté qu’en plus des voyous, des étudiants de la yeshiva Od Yosef Chai de Yitzhar ont également été impliqués dans la perpétration de crimes de haine. L’institution religieuse dirigée par le rabbin américain Yitzchak Ginsburgh est depuis longtemps considérée par les responsables de la Défense israélienne comme un foyer de l’extrémisme.

Cependant, un responsable de Yitzhar a déclaré au Times of Israel que de nombreux problèmes liés à l’implantation ont été provoqués par les responsables de la Défense.

Un message peint à la bombe signifiant « Mort aux Arabes » a été écrit sur le mur d’un immeuble du village arabe d’Urif, en Cisjordanie, le 18 avril 2018, lors d’une attaque apparente du « Prix à payer » (Rabbis for Human Rights)

Le dirigeant de l’implantation a expliqué que lorsque Tsahal a évacué l’avant-poste illégal de Baladim de ses dizaines de jeunes en juin 2017, un haut responsable militaire a initié une réunion avec les dirigeants de Yitzhar.

Au cours de la réunion, le représentant de Tsahal a averti les résidents qu’ils verraient bientôt une vague de jeunes s’installer au sommet de la colline.

Les habitants de Baladim ont été impliqués dans certaines des attaques les plus violentes perpétrées par les Israéliens en Cisjordanie au cours de la dernière décennie. Les jeunes ont ciblé non seulement les Palestiniens et les militants israéliens des droits de l’homme, mais aussi les soldats de Tsahal.

Le représentant de Yitzhar a déclaré qu’en coopération avec le ministère de la Protection sociale, l’implantation a depuis lors établi un programme informel d’éducation et de formation professionnelle pour les Jeunes des Collines et que le nombre d’attaques « Prix à payer » a diminué de façon spectaculaire.

Les statistiques du Shin Bet publiées dimanche ont montré que 2017 a été une année bien plus calme que l’année actuelle avec huit attaques de « Prix à payer » enregistrées par rapport aux 13 qui ont déjà eu lieu au cours des quatre premiers mois de 2018 seulement.

Les responsables du ministère de la Protection sociale ont évité de faire connaître leur rôle dans l’assistance à Yitzhar, car la plupart des Jeunes des Collines ne veulent rien avoir à faire avec le gouvernement israélien.

De gauche à droite : Yedidya Schlissel, Yehoshua Lambiasi, et Yitzhak Ettinger, des « Jeunes des Collines ». (Crédit : YouTube)

Cependant, un membre du ministère, s’exprimant également sous couvert d’anonymat, a confirmé la collaboration avec les dirigeants de Yitzhar. Il a souligné qu’un grand nombre de Jeunes des Collines sont issus de familles brisées et que le phénomène devrait être traité par des moyens éducatifs lorsque c’est possible.

Pour sa part, le représentant de Yitzhar a fait valoir que la plupart des attaques de « Prix à payer » qui ont eu lieu au cours de la semaine dernière ne se sont pas déroulées à proximité de l’implantation.

Sur les sept attaques, cinq d’entre elles ont eu lieu à des dizaines de kilomètres au sud, dans les villages de Burqa, Issawiya, Luban a-Sharqiya, Beit Iksa et Ramon.

Le dirigeant de l’implantation a reconnu deux cas de dégradation de propriété à Burin et Urif et a déclaré que la ville « se chargeait » de la question.

Une célèbre personnalité de la droite a souligné que la récente recrudescence des attentats au cours du mois dernier survient alors que le tribunal central de district se prépare à se prononcer dans les semaines à venir sur la condamnation de deux militants ultra-nationalistes accusés d’avoir perpétré l’attentat terroriste de Duma en 2015.

Un policier palestinien inspecte les dommages dans la maison incendiée d’un témoin clé au procès pour incendie criminel et meurtre de deux extrémistes juifs après une attaque de juillet 2015 à Duma, qui a fait trois morts palestiniens, un bébé et ses parents, à Duma, en Cisjordanie, le 20 mars 2016. (Crédit : AFP/Jaafar Ashtiyeh)

Deux maisons du village au sud de Naplouse ont été incendiées lors de l’attaque et les slogans hébreux « vengeance » et « vive le messie roi » ont été peints sur leurs murs, à côté d’une étoile de David. Ali Dawabsha, 18 mois, a été brûlé vif et le père Saad Dawabsha, son épouse Riham et leur fils Ahmed, alors âgé de 4 ans, ont été grièvement blessés. Saad est décédé en août et Riham en septembre de la même année, après avoir été soigné dans des hôpitaux israéliens. Ahmed, le seul membre survivant de la famille, a subi des mois de traitement pour des brûlures graves.

Les deux accusés ont affirmé qu’ils n’ont avoué le crime qu’après avoir été torturés par des enquêteurs du service de sécurité du Shin Bet.

La semaine dernière, le bureau du procureur central a annoncé qu’il éviterait d’utiliser les aveux obtenus des suspects par des « moyens spéciaux ».

Amiram Ben-Uliel, qui a été inculpé dimanche 3 janvier 2016, pour assassinat dans les meurtres de la famille Dawabsha à Duma (Autorisation)

Selon le radiodiffuseur public Kan, l’accusation dispose de preuves supplémentaires sur lesquelles fonder ses actes d’accusation contre les deux suspects et reconnaît que les témoignages obtenus sous la torture ne sont peut-être pas recevables.

Selon l’activiste de droite qui a également requis l’anonymat, la décision du tribunal d’accepter la demande de l’accusation d’abandonner les aveux douteux induits par les preuves a profondément irrité de nombreux Jeunes des Collines, car cela prouve que les accusés ont été torturés.

Dimanche, la police a procédé à une arrestation à Yitzhar, en se déguisant en religieux afin d’attraper un garçon de 15 ans qui ne se doutait de rien et de le traîner dans une camionnette. Les photos de la scène montrent la voiture utilisée par les policiers avec un autocollant sur le pare-chocs qui dit « Pas d’Arabes. Pas d’attaques terroristes », dans un effort ostensible des policiers pour se fondre avec les résidents ultra-nationalistes de Yitzhar.

L’organisation d’aide juridique Honenu a qualifié l’arrestation d’abusive, ajoutant que l’adolescent a été libéré après avoir été interrogé au sujet d’une vieille accusation relativement mineure d’entrave aux agents de police.

Les récentes attaques de « Prix à payer » ont également pour toile de fond les meurtres des habitants de l’implantation du nord de la Cisjordanie Raziel Shevach et Itamar Ben-Gal.

Shevach a été abattu lors d’une fusillade en voiture le 9 janvier à l’extérieur de l’avant-poste de Havat Gilad où il vivait. Un mois plus tard, Tsahal a abattu Ahmad Nassar Jarrar, le chef présumé de la cellule terroriste responsable du meurtre du père de six enfants de 35 ans.

La veille de la capture et du meurtre de Jarrar, Ben-Gal a été poignardé à mort par un jeune homme arabo-israélien de 19 ans au carrefour d’Ariel, dans le nord de la Cisjordanie. Le père de quatre enfants, âgé de 29 ans, habitait dans l’implantation de Har Bracha.

Aux funérailles de Shevach, des douzaines de personnes en deuil ont interrompu l’éloge funèbre du ministre de l’Éducation, Naftali Bennett, par des appels à la « vengeance ». Des appels similaires ont été entendus par un certain nombre de participants aux funérailles de Ben-Gal, mais ils étaient beaucoup moins nombreux et plus discrets.

Raziel Shevach (debout) photographié avec Itamar Ben-Gal (deuxième à droite) lors de la fête d’anniversaire d’un ami commun (Publié avec l’autorisation d’Aviad Sharara)

Cependant, les associations de défense des droits soulignent que les dirigeants de Yitzhar ont longtemps été incapables de maîtriser les Jeunes des Collines résidant dans leur communauté, et qu’en fait, ils n’ont aucun intérêt à le faire. Les ONG de gauche soulignent également le fait qu’aucun dirigeant des implantations ou députés de la coalition les représentant n’a publiquement condamné la récente augmentation des attaques.

L’organisation de défense des droits Yesh Din a également critiqué l’“incompétence” de la police qui n’a pu procéder à une seule arrestation dans aucun des cas au cours de la semaine dernière, affirmant qu’elle a « fourni un appel d’air aux crimes idéologiques contre les Palestiniens ».

En janvier, une cinquantaine de résidents masqués de Yitzhar ont été filmés en train de détruire plus de 100 oliviers à l’extérieur du village palestinien voisin de Hawara. Tandis qu’ils arrachaient des branches d’arbres, des images filmées par un membre du groupe Yesh Din montre des soldats de Tsahal qui semblent attendre et sans réaction.

En février, la police israélienne a commencé à enquêter sur une plainte selon laquelle un groupe de l’implantation de Yitzhar a attaqué un berger palestinien et tué cinq de ses moutons dans un crime de haine présumé. Les photos de la scène montraient le berger du village voisin d’Einabus avec les moutons abattus. L’homme a dit à Yesh Din qu’il a été agressé par les résidents de Yitzhar, qui ont également volé plusieurs de ses animaux.

Une semaine plus tard, un chauffeur d’autobus a déposé une plainte contre la police après avoir été aspergé de gaz lacrymogène et frappé par un groupe de résidents masqués après s’être garé dans un parking à Yitzhar.

Aucune arrestation n’a été effectuée dans ces trois cas.

Tout en reconnaissant la récente flambée des attaques de « Prix à payer », le responsable des forces de sécurité a souligné qu’“il n’y a pas eu de deuxième Duma”.

Il a déclaré que, bien que graves, la grande majorité des attaques de « Prix à payer » sont des graffitis sur les murs et des pneus crevés.

Le responsable de la sécurité a attribué l’absence d’une attaque sérieuse au fait que le Shin Bet a utilisé des ordonnances administratives contre les Jeunes des Collines en réponse à la violence.

Ces ordonnances peuvent inclure la détention, l’interdiction d’entrer sur l’ensemble de la Cisjordanie et l’interdiction de contacter certaines personnes, ainsi que des couvre-feux nocturnes.

« Assez avec les ordonnances administratives » tagué sur un mur, apparemment par « Prix à payer ». (Photo : Police d’Israël)

Soixante-trois ordonnances administratives ont été rendues en 2017 par la police israélienne et, sur recommandation du Shin Bet, cette pratique s’est poursuivie en 2018, 13 autres directives ayant été utilisées.

Mais les militants de droite ont commencé à dénoncer la mesure punitive qui, selon eux, les a privés d’une procédure régulière. Leur critique de ces mesures a également été soulignée par un nombre considérable de graffitis diffamatoires sur les voitures palestiniennes dans toute la Cisjordanie.

Ainsi, alors que les services de sécurité peuvent estimer qu’ils ont réprimé la menace la plus dangereuse, il semble qu’ils en ont créé beaucoup d’autres plus petites.

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