Yom HaZikaron : des milliers d’Israéliens et de Palestiniens réunis à Tel Aviv
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Yom HaZikaron : des milliers d’Israéliens et de Palestiniens réunis à Tel Aviv

Cinq militants de droite ont été arrêtés après avoir crié des slogans racistes lors d'une manifestation ; un petit groupe a suivi le rassemblement en direct depuis Gaza

Mika Almog et Samira Sariya, les maîtres de cérémonie, prennent la parole lors d'un rassemblement israélo-palestinien organisé à l'occasion de Yom HaZikaron, le 7 mai 2019 (Crédit : Rami Ben-Ari/Combatants for Peace)
Mika Almog et Samira Sariya, les maîtres de cérémonie, prennent la parole lors d'un rassemblement israélo-palestinien organisé à l'occasion de Yom HaZikaron, le 7 mai 2019 (Crédit : Rami Ben-Ari/Combatants for Peace)

Environ 9 000 Israéliens et des dizaines de Palestiniens ont célébré Yom HaZikaron à l’occasion d’une cérémonie conjointe à Tel Aviv, mardi, lors d’un événement qui avait été critiqué par le Premier ministre Benjamin Netanyahu au début de la semaine.

Assises sur des rangées de chaises en plastique installées sur une pelouse du parc Hayarkon, les personnes présentes ont écouté des Israéliens et des Palestiniens évoquer leurs proches victimes du conflit et des militants parler de leurs espoirs de paix pour la région.

C’est l’actrice arabe-israélienne Samira Saraya qui a ouvert la cérémonie, intitulée « Partager le chagrin, apporter l’espoir », en disant qu’Israéliens et Palestiniens devaient agir de concert pour mettre un terme au conflit.

« Chacun de nous, Israéliens et Palestiniens, sommes victimes de ce conflit, de la douleur et de la perte, mais nous sommes aussi à l’origine de sa perpétuation », a déclaré Saraya. « Et il est donc en notre pouvoir d’y mettre un terme et d’apporter l’espoir et un meilleur avenir pour nous comme pour nos enfants ».

Cette cérémonie conjointe est organisée depuis 2006 par une ONG, le PCFF (Parents Circle – Families Forum), qui réunit des familles endeuillées des deux côtés du conflit. L’événement se veut une alternative pro-coexistence aux commémorations classiques de Yom HaZikaron.

Il s’agit néanmoins d’une cérémonie controversée, ses détracteurs l’accusant de légitimer le terrorisme et de mettre sur le même pied les soldats israéliens morts au combat et ceux qui les ont attaqués. Mais ses partisans affirment avec vigueur qu’elle représente un moyen pour ceux qui ont le plus perdu dans le conflit de donner du sens à la mort de leurs proches, en se détournant de la violence.

Netanyahu a dénoncé l’événement lundi, après que la Haute Cour de justice a rejeté une décision prise par le ministère de la Défense de refuser d’accorder aux Palestiniens de Cisjordanie les autorisations nécessaires pour assister à la soirée.

« Une cérémonie de commémoration qui donne la même valeur au sang versé par les nôtres et celui des terroristes n’a pas sa place ici », a commenté sur Twitter Netanyahu, également ministre de la Défense. « C’est la raison pour laquelle j’ai refusé de permettre l’entrée des participants à la cérémonie, et j’estime que la Haute Cour n’aurait pas dû intervenir dans ma décision ».

La Cour suprême avait statué, lundi, que l’Etat juif devait octroyer des autorisations à 100 Palestiniens pour qu’ils assistent à la cérémonie. En 2018, elle avait pris une décision similaire après que le ministre de la Défense de l’époque, Avigdor Liberman, eut tenté d’interdire aux Palestiniens de se rendre à l’événement.

Israéliens et Palestiniens participent à une cérémonie conjointe de Yom HaZikaron à Tel Aviv, le 7 mai 2019 (Crédit : Adam Rasgon/Times of Israel)

Les organisateurs ont riposté. Nathan Landau, du groupe des Combattants pour la paix, a affirmé que les familles palestiniennes dont un membre avait assassiné ou blessé un Israélien étaient les bienvenues si elles-mêmes rejetaient la violence.

« Si une famille dit : ‘Nous ne défendons pas ces actions et croyons en la poursuite de la paix par des moyens non violents’, alors je crois fermement qu’elle a sa place ici », a déclaré Landau devant les caméras de Hadashot, mercredi.

Avant le début de la cérémonie, mardi soir, des douzaines de militants de droite se sont réunis aux abords du rassemblement pour manifester, certains brandissant de grands drapeaux israéliens et d’autres criant des insultes racistes, comme « Mort aux Arabes », « Nous haïssons les Arabes », ou « Les Arabes sont des fils de p… ». Quelques-uns ont craché sur les personnes venues assister à l’événement.

Les policiers, qui s’étaient placés à proximité des protestataires, les ont empêchés d’accéder au site où se déroulait la cérémonie, elle-même placée sous la surveillance d’agents de sécurité privés.

Plus tard dans la soirée, les forces de l’ordre ont fait savoir qu’elles avaient arrêté cinq manifestants qui avaient perturbé l’événement et jeté divers projectiles en direction du public.

Interrogé sur son sentiment face aux appels à la haine à l’encontre des Arabes, Itamar Ben Gvir, du parti d’extrême droite Otzma Yehudit, a indiqué que « je comprends leur frustration, mais ils devraient dire ‘Mort aux terroristes’, pas ‘Mort aux arabes’. »

Pendant la cérémonie, Mohammed Unbus, un membre du groupe Combattants pour la paix originaire de Tulkarem, en Cisjordanie, a fait l’éloge funèbre de son frère dans une vidéo. Ce dernier, a-t-il expliqué, a été tué par les soldats israéliens pendant la Seconde intifada.

« Je hais la violence qui m’a amené à te perdre », a dit Unbus. « Je crois encore que ce tourbillon de violence ne disparaîtra que grâce à une action conjointement menée qui pourra faire naître le changement sur cette terre sainte ».

Le militant a expliqué que son frère avait « participé au combat contre l’occupation », n’entrant pas dans les détails des raisons expliquant pourquoi l’armée israélienne l’avait pris pour cible.

Des activistes de droite lors d’une cérémonie israélo-palestinienne organisée à l’occasion de Yom HaZikaron, le 7 mai 2019 (Crédit :Adam Rasgon/Times of Israel)

La militante juive Leah Shakdiel a déclaré que « nous partageons la douleur de notre deuil avec l’autre partie, nous entendons sa douleur – ce qui nous permettra de vivre avec elle les joies de la vie, de la paix et du développement ».

Dans la bande de Gaza, une vingtaine de Palestiniens ont suivi la cérémonie retransmise en direct, a indiqué Rami Aman, fondateur du Comité de la jeunesse de Gaza, un groupe qui œuvre pour établir des liens avec les Israéliens et leur faire connaître la situation de l’enclave côtière, sous la gouvernance du Hamas.

« Nous pensons que l’idée d’une cérémonie conjointe est excellente et nous aimerions venir l’année prochaine », a commenté Aman auprès du Times of Israel lors d’un entretien téléphonique. « Nous pensons qu’il est très important d’écouter les Israéliens et les Palestiniens qui ont perdu un proche qu’ils aimaient dans ce conflit, parce qu’ils en ont payé le prix. Nous avons la certitude qu’une solution pourra venir d’eux ».

Les autorités du Hamas ont arrêté Aman à de multiples reprises au cours des dernières années pour être entré en communication avec des Israéliens, pour avoir manifesté contre les hausses d’impôts et pour d’autres activités, a-t-il ajouté. Le Hamas, une organisation terroriste djihadiste qui a juré de détruire Israël, est à la tête de Gaza depuis 2007.

Dans un discours enregistré, Fatima Mohammadeen, membre du Comité de la jeunesse de Gaza, a souligné la situation critique des Palestiniens à Gaza.

« C’est difficile de dépeindre l’existence à Gaza. Nous subissons les formes les plus horribles de sanction et les aspects de la vie les plus élémentaires nous sont refusés, comme l’éducation, la liberté et les soins médicaux », a-t-elle expliqué.

Certains Palestiniens ont néanmoins critiqué la cérémonie et les dizaines de Palestiniens venus à Tel Aviv y assister.

« Les Palestiniens qui participent à cet événement ne représentent ni la population, ni la cause palestinienne. Ils mettent sur le même plan les oppresseurs et les opprimés. Nous, les victimes, nous ne devrions pas assister à des cérémonies qui commémorent des soldats », a commenté Issa Amro, un activiste éminent originaire de Hébron, en Cisjordanie.

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