Rechercher

Zohar Palti : « pas de moyen de dissuasion » face au programme nucléaire iranien

"L'Iran n'a plus peur", dit le responsable israélien au New Yorker ; Rob Malley affirme que Téhéran "joue avec le feu" et que les efforts pour relancer l'accord pourraient échouer

Zohar Palti (Crédit : Inbar Manor / Wikipedia)
Zohar Palti (Crédit : Inbar Manor / Wikipedia)

Un haut responsable de la défense israélienne a déclaré, dans une interview accordée au magazine New Yorker, qu’il n’existe actuellement aucun moyen de dissuasion contre le programme nucléaire de l’Iran.

« Le problème avec le programme nucléaire iranien est que, pour l’instant, il n’existe pas de mécanisme diplomatique pour le faire cesser », a déploré Zohar Palti, l’ancien directeur du renseignement au Mossad qui dirige aujourd’hui le bureau politico-militaire du ministère de la Défense.

« Il n’y a aucun moyen de dissuasion », a-t-il ajouté. « L’Iran n’a plus peur. »

« Nous ne voulons pas arriver à un point où nous devrons nous demander comment l’Iran a été autorisé à enrichir à 90 % », a ajouté Palti.

Le Palais Cobourg, lieu des pourparlers de relance du Plan d’action global conjoint (JCPOA), à Vienne, le 29 novembre 2021. (Crédit : VLADIMIR SIMICEK / AFP)

Le dernier cycle des négociations sur le nucléaire à Vienne, le huitième, a repris lundi après une interruption de plus de cinq mois provoquée notamment par l’arrivée d’un nouveau gouvernement de la ligne dure en Iran et par une récente pause réclamée par Téhéran.

Dans l’article publié lundi par le New Yorker sur les pourparlers en cours avec l’Iran et l’histoire de la belligérance de Téhéran, la journaliste Robin Wright s’est entretenue avec un large éventail de responsables israéliens et américains sur la menace imminente d’un Iran nucléaire et ses autres activités néfastes pour la région.

L’envoyé spécial américain pour l’Iran, Rob Malley, a déclaré pour sa part que Téhéran « joue avec le feu » dans la région et que la relance de l’accord nucléaire de 2015 est loin d’être une affaire réglée.

« Nous avons vu le programme nucléaire de l’Iran se développer, et nous avons vu Téhéran devenir plus belliqueux, plus belliqueux dans ses activités régionales », a déclaré Malley. « Ils font de mauvais calculs et jouent avec le feu ».

Sur cette photo d’archive du 20 juin 2021, Robert Malley, envoyé spécial des États-Unis pour l’Iran, est à Vienne, en Autriche. (Crédit : AP/Florian Schroetter)

Au moment où le dernier cycle de négociations a commencé, a déclaré Malley, l’Iran avait « explosé » les limites imposées par l’accord nucléaire. Malley est le principal délégué américain aux pourparlers, mais les États-Unis ne participent qu’indirectement aux négociations, à la demande de l’Iran.

« Au fur et à mesure qu’ils progressent, ils vident progressivement l’accord des avantages de non-prolifération que nous avons négociés », a-t-il déclaré.

« Nous n’allons pas accepter un accord moins bon parce que l’Iran a développé son programme nucléaire », a ajouté Malley. Si les négociations ne progressent pas, a-t-il ajouté, tenter de relancer l’accord reviendrait à « tenter de ranimer un cadavre ».

Un haut fonctionnaire de l’administration américaine a lui déclaré que le break-out time [temps dont l’Iran a besoin pour obtenir les matériaux nécessaires pour fabriquer la bombe] est « vraiment court, inacceptablement court… chaque jour qu’ils font tourner des centrifugeuses, et, pour chaque jour qu’ils stockent de l’uranium, ce break-out time continue de diminuer. »

Des gens passent devant le Palais Cobourg, où se déroulent des pourparlers nucléaires à huis clos à Vienne, en Autriche, le vendredi 17 décembre 2021. (Crédit : AP/Michael Gruber)

Sans un retour à l’accord, a déclaré un haut fonctionnaire du département d’État, il est « plus que plausible, possible et peut-être même probable » que l’Iran tente de devenir un État du seuil nucléaire.

De nombreux responsables cités dans l’article ont également noté que les activités balistiques de l’Iran dans la région pourraient potentiellement constituer une menace plus importante – et certainement plus immédiate – que ses activités nucléaires.

Ils « peuvent frapper efficacement dans toute la largeur et la profondeur du Moyen-Orient. Ils peuvent frapper avec précision, et ils peuvent frapper avec de l’ampleur », a déclaré le général Frank McKenzie, chef du Commandement central américain, connu sous le nom de CENTCOM.

Kenneth McKenzie, alors lieutenant-général, prend la parole lors d’une conférence de presse au Pentagone à Washington, le 14 avril 2018. (Crédit : Alex Brandon / AP)

« La capacité stratégique de l’Iran est désormais énorme », a-t-il ajouté. « Ils sont surclassés sur le théâtre des opérations, ils ont la capacité de les écraser ».

McKenzie a déclaré que l’Iran a équipé le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah d’au moins 14 000 missiles et de plus de 100 000 roquettes. « Ils ont la capacité de frapper très précisément Israël d’une façon dont ils ne jouissaient dans le passé », a-t-il dit.

« L’Iran a prouvé qu’il utilisait son programme de missiles balistiques comme un moyen de contraindre ou d’intimider ses voisins », a encore déclaré Malley. « Même si nous pouvons relancer le JCPOA, ces problèmes vont continuer à empoisonner la région et risquer de la déstabiliser », a déclaré l’envoyé spécial, jurant que si l’Iran continue à agir de la sorte, « la réponse sera ferme. »

Malley a déclaré que, quelle que soit l’issue des négociations nucléaires, les activités régionales de l’Iran devront être abordées rapidement. « Sinon, ce sera une diversion perpétuelle de la réorientation des États-Unis vers la Chine », a-t-il déclaré, et « un chaudron toujours à un pas ou à un faux pas d’une conflagration beaucoup plus dangereuse. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...