Un rapport gouvernemental sur la crise du logement publié mercredi fait porter la responsabilité de l’emballement des prix du logement sur les organismes gouvernementaux. Le rapport peint un triste tableau d’une bureaucratie étouffante et de l’impasse politique qui a conduit à des pénuries qui ont engendré les hausses de prix.

Selon les chiffres du gouvernement, entre 2008 et décembre 2013, le coût réel pour l’achat d’un appartement a augmenté de 55 % tandis que le loyer mensuel moyen augmentait de 30 % .

La question de la flambée des prix du logement a été le premier facteur poussant les Israéliens à manifester contre la vie chère au cours des dernières années.

Le rapport, publié moins d’un mois avant que les Israéliens ne se rendent aux urnes, est susceptible d’aider les partis d’opposition qui cherchent à renverser le Premier ministre Benjamin Netanyahu en mettant l’accent sur les questions économiques.

Le rapport de contrôleur de l’Etat  est axé sur le rythme très lent des organismes de planification israéliens qui empêchent que la demande sur le marché du logement ne soit atteinte. Le ministère de l’Intérieur et l’Autorité des terres d’Israël ont droit à des condamnations spéciales.

« Il faut environ 12 ans pour passer de la présentation d’un plan [de construction de logements] à un appartement terminé , en ayant passé par les comités de planification [de l’autorité foncière israélienne] », note le rapport.

Chaque étape du processus de planification est tortueux et inefficace, dénonce le contrôleur.

« L’Autorité des terres d’Israël (ILA, Israel lands authority) n’a pas préparé des plans de travail annuels et pluriannuels qui auraient permis une planification du nombre requis d’unités de logement. Les plans présentés par l’ILA aux autorités de planification dans les différents districts ne correspondent pas à la demande. »

Le résultat : « Au fil des années, les comités de planification ont approuvé des dizaines de milliers d’unités de logement de moins que ce qui était exigé par le marché. L’inventaire de la planification a été érodée, et a perdu quelques 50 000 unités de logement »- un nombre qui marque l’écart entre la demande et le nombre de logements approuvés dans les années visées par l’enquête.

Et combien de temps traînent les plans? Environ cinq ans et demi. Dans le centre [du pays], plus de sept ans. « Ce n’est que le temps pour approuver les plans, pas pour lancer des appels d’offres de construction ou mettre en œuvre la construction des unités autorisées. »

Selon un rapport du Centre Taub publié en debut d’année, ce processus de planification qui prend des années ne prend que quelques semaines ou quelques mois dans les autres pays développés.

Mais,  l’ILA n’est pas seule dans le système d’après le rapport qui mentionne les erreurs du ministère de l’Intérieur.

Le plan directeur national pour le logement, connu sous le nom TAMA 35, géré par l’Administration de la planification du ministère de l’Intérieur, a vu son processus de mise à jour « retardé pendant des années», souligne le rapport.

Le rapport a montré que le ministère, qui approuve le zonage résidentiel à grande échelle, a également omis de coordonner les propositions de nouveaux projets avec le plan national de logement du gouvernement.

Selon le contrôleur, « le ministère de l’Intérieur ne connaît pas la taille de l’inventaire de planification [c’est-à-dire , le nombre de nouveaux appartements en cours de planification], et ne sait pas combien d’unités de logements qui ont été approuvées sont effectivement prêts à la construction. »

D’après le rapport, les différents organismes gouvernementaux ne signalent pas les uns aux autres ce qu’ils font, ne lient pas les plans de construction à la demande et ne gardent pas de trace en temps réel de la situation générale du logement d’Israël.

Le résultat est que même « les données du gouvernement sur la demande de logements et les prix du logement sont incomplètes et de mauvaise qualité ».

La plupart des recherches sur le secteur du logement se font dans le service de recherche de la Banque d’Israël, critique le rapport.

« La Banque d’Israël, dont les tâches sont définies par la loi, n’est pas censée être l’organisme central agissant dans le domaine du logement. »

Le rapport constate que cette lacune dans la collecte et le partage d’information s’étend jusque dans les unités de planification du puissant ministère des Finances, en particulier quand cela touche « les effets de la politique fiscale sur la pénurie de logements ».

Alors que le coupable direct de la hausse abrupte des coûts du logement se trouve être ces structures bureaucratiques, le rapport consacre une partie importante de ses 300 pages à l’échec de l’échelon politique pour corriger ces déficiences.

« Le Secrétariat du Cabinet, qui est nommé par le Premier ministre et chargé de coordonner les organismes gouvernementaux, n’a pas procédé à un suivi systématique de la mise en œuvre des décisions du Cabinet, dont beaucoup n’ont pas été mises en oeuvre ou ont vu leur mise en œuvre retardée. »

Lorsque la crise du logement a commencé en 2008, le gouvernement, alors dirigé par Ehud Olmert, « n’avait pas les moyens de faire face à la flambée des coûts de logement et à l’aggravation de la crise ».

Ce n’est qu’en Juillet 2010, « un an après sa création, que le 32e gouvernement , dirigé par Benjamin Netanyahu, a identifié la nécessité de freiner la forte hausse des prix et a décidé qu’une politique devrait être instituée dans le but d’abaisser les prix des appartements », note le rapport .

Mais cette mouvelle attention à la crise ne s’est pas traduite en actions concrètes.

Comme le rapport l’explique, « les ministères ont agi sans plan stratégique pluriannuel, et sans l’établissement d’objectifs coordonnés entre les organes impliqués dans [le développement] des infrastructures résidentielles nécessaires. Ces activités ont été réparties entre les différents organismes, et sans avoir nommé d’organisme de coordination ».

Le rapport couvre le marché immobilier jusqu’à la fin de 2013, et ne traite pas plus de la moitié des 20 mois du gouvernement sortant.

Dans les heures précédant sa publication officielle, les ministres qui supervisent certains organismes critiqués dans le rapport ont prétendu que la situation s’était considérablement améliorée durant leur mandat.

L’ancien ministre des Finances Yair Lapid, chef du parti Yesh Atid, a déclaré que le rapport avait prouvé que Netanyahu avait échoué face à la crise du logement jusqu’à ce qu’en 2013, une commission spéciale du Cabinet ait été nommée pour faire face au problème.

« La crise du logement en Israël est une conséquence directe de l’impasse faite sur la question par Netanyahu et le Likud. Des années d’atermoiements, d’inaction et de corruption ont contribué à la hausse outrageuse du prix des logements », a-t-il dénoncé dans un communiqué.

Le Likud a qualifié dans un communiqué le rapport de « très important » et a déclaré qu’il s’efforcerait de mettre en œuvre dans le prochain gouvernement les recommandations formulées.

« Les gouvernements du Likud dirigés par le Premier ministre Benjamin Netanyahu ont accompli beaucoup de choses en ce qui concerne les prix des logements, mais il y a encore beaucoup plus qui doit être fait. »

Le ministre du Logement, Uri Ariel, a demandé à Shapira, dans un communiqué, d’accélérer la publication d’un rapport mis à jour incluant le terme du gouvernement sortant.

« Le rapport du contrôleur prouve que le ministre du Logement Uri Ariel et le parti HaBayit HaYehudi ont correctement identifié les échecs [cités dans le rapport] quand ils sont arrivés au ministère, et savaient comment agir pour corriger les dégâts de dernières années », a insisté HaBayit HaYehudi.

Sous le mandat d’Ariel, indique le communiqué, les mises en chantier ont atteint en 2014 le nombre record de 50 000 unités, en forte hausse par rapport aux quelque 30 000 unités par an en vigueur lors des années précédentes.