Un groupe d’anciens hauts-responsables de la sécurité israélienne a fait publier dimanche une publicité en arabe occupant une page entière dans deux des plus grands journaux israéliens. Ils y réclament une séparation politique immédiate d’avec les Palestiniens qui vivent en Cisjordanie.

La publication de cette annonce, qui a été prise en charge par le groupe ‘Commandants pour la Sécurité d’Israël’ –organisation qui se qualifie comme non-partisane et qui est constituée de plus de 200 officiers à la retraite – survient alors que les représentants d’environ 70 pays se retrouvent à Paris pour tenter de relancer les négociations de paix israélo-palestiniennes.

Le groupe est dirigé par Amnon Reshef, héros de guerre légendaire et ancien commandant des unités blindées. Il comprend également, entre autres, l’ancien chef d’état-major Dan Halutz, l’ancien responsable de la police Assaf Hefetz, l’ancien dirigeant du Mossad Shabtai Shavit et l’ancien chef des services de sécurité du Shin Bet, Ami Ayalon.

La page, qui est parue dans les quotidiens Yedioth Ahronoth et Haaretz, annonce en langue arabe “Nous serons bientôt la majorité” et en anglais “Palestine : un état pour deux peuples ». Ces deux slogans choisis font référence à la population arabe toujours croissante en Cisjordanie et qui, selon les partisans de la solution à deux états, risque de détruire l’identité juive d’Israël et l’établissement de la démocratie, rendant indispensable la création d’un état Palestinien.

Figurant également sur la page, un numéro de téléphone qui permet d’accéder à un message enregistré de l’ancien chef du Commandement central de l’armée israélienne Avi Mizrahi disant : « Les panneaux d’affichage vous ennuient ? Ils disparaîtront dans quelques jours. Ce qui ne disparaîtra pas, ce sont les deux millions et demi de Palestiniens en Cisjordanie. Ils veulent être la majorité – et c’est eux que nous désirons annexer ? Si nous ne nous séparons pas des Palestiniens, Israël sera moins juif et moins sûr. Nous devons nous séparer des Palestiniens dès maintenant ».

Une publicité publiée sur une peine page dans les journaux par le groupe Commandants pour la sécurité d'Israël, le 15 janvier 2017. Il est écrit en Arabe : "Bientôt nous serons la majorité" (Capture d'écran : Ynet)

Une publicité publiée sur une peine page dans les journaux par le groupe Commandants pour la sécurité d’Israël, le 15 janvier 2017. Il est écrit en Arabe : « Bientôt nous serons la majorité » (Capture d’écran : Ynet)

Le groupe a précédemment lancé des campagnes publiques encourageant les législateurs israéliens à travailler en faveur d’une solution à deux états, notamment par un article publié au mois de mai dernier et qui appelait Israël à “préserver les conditions” nécessaires aux négociations des Palestiniens.

Pour ce faire, ils recommandaient le gel des constructions d’implantations en Cisjordanie, l’acceptation de l’Initiative de paix arabe de 2002 comme base des futures négociations de paix et la reconnaissance de Jérusalem-Est comme appartenant au futur état palestinien.

Tout en soulignant sa bonne foi non partisane, le groupe des Commandants pour la Sécurité d’Israël a, dans le passé, vivement critiqué le Premier ministre Benjamin Netanyahu et ses politiques, l’accusant de “détruire l’engagement passé avec les Etats Unis » lorsqu’il avait prononcé un discours au Congrès condamnant l’accord sur le nucléaire passé avec l’Iran et dirigé par l’administration Obama.

Le groupe avait également soutenu l’ancien ministre de la Défense Moshe Yaalon, au mois de mai dernier, lors d’une prise de bec publique qui l’avait opposé à Netanyahu.

Cette publication parue dimanche survient en amont de la conférence sur la paix prévue à Paris dans la journée, au cours de laquelle les états présents devraient demander la reprise des négociations de paix israélo-palestiniennes et la mise en place de conditions et d’initiatives propices à la conclusion d’un accord final.

Les Palestiniens ont salué la tenue de cette conférence et espèrent qu’elle saura tirer parti de la résolution adoptée par le Conseil de Sécurité de l’ONU au mois de décembre, qui déclarait les implantations “illégales”, et du discours de John Kerry, prononcé une semaine après, dans lequel il avait estimé que les implantations étaient le principal obstacle à un accord de paix.

Les leaders israéliens ont, pour leur part, condamné cette conférence. Netanyahu a déclaré jeudi qu’elle était “une imposture » et a souligné la conviction d’Israël que seuls des discussions bilatérales seraient susceptibles de mener à un accord de paix.