Des chercheurs Israéliens ont découvert que la pratique religieuse aide à protéger les Juifs contre le suicide.

Dans une étude transversale publiée dans la revue Psychiatrie européenne en juin, les adolescents juifs religieux présentent moitié moins de comportements potentiellement suicidaires, y compris les tentatives de suicide, que leurs pairs juifs laïcs.

Selon les chercheurs, les résultats peuvent s’expliquer par le soutien spirituel et communautaire dans le judaïsme, aussi bien que son interdiction du suicide, et peuvent aider à identifier et traiter les adolescents juifs à risque.

« Nous avons montré que le judaïsme protège les adolescents contre les risques de suicide au moins autant que le christianisme » affirme le Docteur Ben Amit, un résident en psychiatrie au Centre de santé mentale Geha du Service médical Clalit à Petah Tikva en Israël, qui a mené l’étude. « Les résultats nous donnent, en tant que cliniciens, plus de perspicacité quant au milieu duquel les adolescents juifs que nous traitons viennent – et quand ils sont vraiment en danger ».

En 1897, Emile Durkheim, le fondateur français juif de la sociologie, a été le premier scientifique à avancer que la religion protège les croyants du suicide. La relation a, depuis, été renforcée par plus d’un siècle d’études – la plupart centrées sur le christianisme. L’étude israélienne étend cette recherche au judaïsme pour la première fois.

Un désir mortel

Le suicide est une des premières causes de mort parmi les jeunes dans les pays occidentaux. Aux Etats-Unis, le suicide se range uniquement derrière les accidents et meurtres par un tueur de 15 à 24 ans, selon l’Institut national pour la santé mentale. Mais les preuves anecdotiques et indirectes ont longtemps suggéré que le suicide est relativement rare chez les Juifs.

Le taux de suicide en Israël est toujours parmi les plus faibles du monde développé ; et les Etats fédérés aux Etats-Unis avec les plus importantes populations juives s’avèrent avoir les plus faibles taux de suicide, même après contrôle d’autres facteurs sociaux.

Pour étudier directement l’association entre religiosité et risque de suicide chez les Juifs, les chercheurs Israéliens ont analysé les informations d’une étude du ministère de la Santé israélien à propos de la santé mentale de plus de 600 Juifs israéliens âgés entre 14 et 17 ans.

Le niveau de religion (ultra-orthodoxe, pratiquant ou non-pratiquant) est déclaré par la mère des adolescents. Les pensées et le comportement suicidaires (penser ou parler de se faire du mal ou se tuer ou faire quelque chose dans cette optique) sont indiqués par les adolescents et leurs mères à la fois.

Comme la dépression est un annonciateur majeur des risques de suicide, les chercheurs questionnent les adolescents et leurs mères pour déterminer s’ils sont dépressifs.

Les analyses statistiques des réponses révèlent une forte relation négative entre religiosité et risques de suicide. Les ultra-orthodoxes et les adolescents pratiquants sont 55 % moins susceptibles qu’un adolescent non pratiquant de montrer des signes liés au suicide.

Par contraste avec les recherches précédentes sur les jeunes chrétiens, il importe peu que les adolescents juifs soient dépressifs ou non, et la religion et la dépression ne sont pas liées.

Pourquoi mettre les Juifs à part ?

Les résultats suggèrent que la religiosité protège les jeunes Juifs du suicide, tout comme la plupart des études montrent que cela protège aussi les chrétiens. Mais pour les adolescents juifs, à la différence des chrétiens, la protection n’a rien à voir avec la dépression.

Les adolescents juifs religieux apparaissent moins susceptibles que leurs pairs non religieux d’être concerné par des risques de suicide même s’ils n’en sont pas moins dépressifs. (La dépression ne semble pas augmenter de manière autonome les risques de suicide chez les Juifs, comme chez les chrétiens).

Les chercheurs postulent que le pouvoir protecteur de judaïsme puisse venir en partie du but spirituel et du soutien de la communauté qu’il apporte, les deux étant de puissantes sources de force psychologique.

« Le suicide consiste souvent en une perte d’espoir, explique le Dr Gal Shoval un grand psychiatre au Centre de santé mentale Geha et grand conférencier à l’Université affiliée de Tel Aviv, qui a guidé l’étude. « Nous savons pour avoir travaillé avec des survivants de suicides – ce que nous appelons ‘tentatives manquées’ – que même quand ils sont sûrs à 99 % qu’ils vont se tuer, ils recherchent toujours un espoir. La foi juive et la communauté apporteraient cet espoir ».

Shoval explique qu’il voit le pouvoir du judaïsme sur ses patients, particulièrement en temps de conflit, comme l’actuel entre Israël et le Hamas, qui lui a fait faire des heures supplémentaires.

Mais pourquoi le judaïsme semble protéger contre le suicide d’une manière différente que pour le christianisme ? Plus de recherches sont nécessaires pour répondre à cette question, disent les chercheurs. Cela peut être le résultat d’une simple différence d’objet d’étude, avancent-ils, par opposition à une vraie différence.

Une autre explication potentielle citée est la prohibition stricte du suicide dans le judaïsme, qui, selon beaucoup, est jugée plus stricte que dans le christianisme, mais moins stricte que dans l’islam : peut-être que les adolescents juifs religieux ont moins de risques de se suicider même quand ils sont dépressifs parce que c’est impensable pour eux.