Faute d’aide, les réfugiés syriens quittent le Moyen-Orient pour l’Europe
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Faute d’aide, les réfugiés syriens quittent le Moyen-Orient pour l’Europe

La communauté internationale s'est montrée peu empressée à soutenir les réfugiés au Moyen-Orient contraignant la PAM à réduire son aide

Photo prise le 11 janvier 2015, montrant des réfugiés syriens debout à côté de tentes de l'ONU au camp de réfugiés de Zaatari, au nord est de la capitale jordanienne Amman. Plus d'1,1 millions de Syriens ont  passé la frontière vers le Liban et environ 600 000 sont en Jordanie, selon le HCR, le 28 Août 2015. Amman avance le chiffre de 1,4 million, soit 20 % de la population du royaume qui est pauvre en ressource (Cédit : AFP PHOTO / KHALIL MAZRAAWI)
Photo prise le 11 janvier 2015, montrant des réfugiés syriens debout à côté de tentes de l'ONU au camp de réfugiés de Zaatari, au nord est de la capitale jordanienne Amman. Plus d'1,1 millions de Syriens ont passé la frontière vers le Liban et environ 600 000 sont en Jordanie, selon le HCR, le 28 Août 2015. Amman avance le chiffre de 1,4 million, soit 20 % de la population du royaume qui est pauvre en ressource (Cédit : AFP PHOTO / KHALIL MAZRAAWI)

De nombreux Syriens fuyant la guerre choisissent désormais de tenter un périple risqué vers l’Europe plutôt que de s’établir ou de rester dans les pays voisins déjà débordés par les réfugiés et où l’aide humanitaire a fondu.

Jusqu’ici, les réfugiés syriens s’établissaient majoritairement de l’autre côté des frontières syriennes, en Turquie, au Liban ou en Jordanie. Mais cette tendance a changé ces derniers mois.

« Parmi les Syriens que nous avons interrogés cette année, beaucoup envisagent de faire le dangereux voyage pour tenter de rejoindre l’Europe via l’Afrique du Nord ou la Turquie », indique Adam Coogle, chercheur au Moyen-Orient pour l’organisation de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch.

L’arrivée de dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, partis aussi d’autres pays comme l’Irak ou l’Erythrée, confronte ainsi l’Europe à la plus grave crise migratoire depuis la Seconde Guerre Mondiale.

L’afflux de Syriens pourrait s’y poursuivre car quatre millions d’entre eux se sont réfugiés dans les pays voisins depuis quatre ans, selon le Haut commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR).

« De nombreux réfugiés expliquent que l’absence d’aide humanitaire ainsi que l’incapacité de travailler légalement dans les pays voisins les obligent à choisir entre un retour en zone de conflit en Syrie ou un périple vers l’Europe », souligne Coogle.

Manque de fonds

« Ce que nous voyons est la conséquence du sous-investissement (de la communauté internationale) dans les besoins des pays voisins », déclare à l’AFP le représentant du HCR en Jordanie Andrew Harper.

« Si vous ne fournissez pas des ressources à des pays comme la Jordanie pour répondre aux obligations d’assistance et de protection (des réfugiés), alors les gens vont aller là où ils peuvent trouver cette protection, en Europe », poursuit-il.

Or la communauté internationale s’est montrée peu empressée à soutenir les réfugiés au Moyen-Orient.

L’appel de fonds lancé par l’ONU en faveur des réfugiés syriens pour l’année 2015 n’a été financé jusqu’ici qu’à hauteur de 41 %, contraignant le Programme alimentaire mondial des Nations unies (PAM) à réduire cet été son aide à ces réfugiés au Liban et en Jordanie.

« Les familles ont recours à des moyens extrêmes pour tenir, certains retirent leurs enfants de l’école, se privent de repas et s’endettent pour survivre. Les effets à long terme peuvent être dévastateurs », avait mis en garde le directeur régional du PAM, Muhannad Hadi au début de l’été.


‘Changement fondamental’

Le Liban et la Jordanie peinent en effet à répondre seuls aux besoins des réfugiés qui ont afflué sur leur territoire, selon M. Harper. Plus de 1,1 million de Syriens ont trouvé refuge au Liban. Ils sont 600 000 en Jordanie selon le HCR, 1,4 million selon le gouvernement jordanien, soit 20 % de la population du royaume.

Outre la réduction significative de l’aide humanitaire, « l’augmentation des restrictions posées par les pays voisins », explique leur désir de se tourner vers l’Europe, souligne le responsable du HCR. Les réfugiés n’ont généralement pas le droit de travailler au Liban et en Jordanie.

En Jordanie par exemple, il y a désormais beaucoup plus de départs de réfugiés que d’arrivées. Cet été, le HCR estime qu’un millier de Syriens par semaine sont même retournés dans leur pays.

« Ce changement fondamental n’est pas motivé par une amélioration de la situation en Syrie », souligne Harper. « L’explication est que les gens sont en train de perdre le sens de l’espoir », dit-il.

Un porte-parole des quelque 80 000 réfugiés syriens du camp jordanien de Zaatari (nord), Abou Al-Yaman, confirme que le recul de l’aide humanitaire pousse les Syriens installés en Jordanie à se tourner vers l’Europe.

Tenter le périple vers l’Europe, « oui c’est un risque à prendre. Mais certains ne peuvent plus résister surtout que le monde ignore notre souffrance et que les aides humanitaires sont de plus en plus rares », témoigne Mohamed al-Hariri un réfugié de Zaatari venu de Deraa (sud de la Syrie).

« Qu’est ce que vous attendez de nous? Qu’on meure en silence ? », interroge-t-il. « Le Syrien a deux choix : soit revenir et mourir dans son pays, soit émigrer ».

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