Un apparent dégel des relations s’est instauré entre l’Egypte et le Hamas qui contrôle la Bande de Gaza, illustré par l’ouverture attendue du passage frontalier de Rafah dans la semaine à venir. Malgré cela le Hamas autorise toujours le transfert de soldats blessés de l’Etat islamique (EI) dans la bande de Gaza tout en feignant d’ignorer, selon des sources arabes, le trafic d’armes dans la péninsule du Sinaï à destination de la branche locale de l’organisation terroriste.

Cette coopération survient malgré la revendication par l’Etat Islamique de l’attaque terroriste majeure perpétrée dans une église copte du Caire.

Le trafic d’armes continue tandis que des combats acharnés persistent dans le Sinaï, et ailleurs en Egypte, entre l’armée égyptienne et les partisans de l’EI.

Il est récemment devenu évident pour les Égyptiens que l’un des principaux tunnels utilisés pour les trafics par l’EI est sous la protection du Hamas, et appartient à un trafiquant travaillant avec les Brigades Ezzedine al-Qassam, la branche militaire du Hamas.

L’explosion survenue dans une église copte, dimanche dernier, a été l’un des pires attentats terroristes du Caire de cette année. Au moins 25 personnes sont décédées et presque quarante ont été blessées après qu’un engin explosif a été actionné dans la section réservée aux femmes de l’église. Le régime égyptien a aussitôt attribué l’attentat aux Frères musulmans, mais l’EI a finalement revendiqué l’attaque.

Ce dernier attentat, n’a pas non plus ralenti le flux des soldats blessés appartenant au groupe affilié à l’EI, « Province du Sinaï » vers la Bande de Gaza.

L’Egypte a situé dans quel hôpital les blessés sont pris en charge (à Khan Younis) et qui sont les hommes de main du Hamas qui encadrent le lieu. Elle sait également que l’un des quelques tunnels que les Égyptiens ne sont pas parvenus à détruire et qui appartient à un célèbre trafiquant nommé Mohammad Shaar, est la voie par laquelle les combattants de l’EI pénètrent à Gaza. Shaar, ont appris les Égyptiens, opère sous la protection du Hamas et avec son soutien, agissant comme « sous-traitant » lors des opérations de trafic.

Le Hamas a également autorisé le transfert d’une grande quantité d’armement dans le Sinaï, en particulier des missiles anti-tank et des bombes improvisées. Ces bombes, installées sur le bas-côté des routes, sont un défi majeur pour l’armée égyptienne qui essuie à cause d’elles des pertes chaque semaine.

Les Égyptiens utilisent des moyens technologiques sophistiqués et variés pour tenter de résoudre le problème, mais en vain. Si certaines des bombes qui explosent sur le territoire égyptien proviennent de Gaza, d’autres sont assemblées dans le Sinaï. En effet les experts en explosifs de la branche militaire du Hamas se sont installés dans le Sinaï pour aider les combattants de l’EI à en maîtriser la technique.

La semaine passée le groupe affilié à l’EI dans le Sinaï a publié un message revendiquant la responsabilité du tir de roquettes vers Israël qui étaient tombées dans le Sinaï. L’EI a également affirmé que les forces aériennes israéliennes avaient riposté par des frappes à trois occasions sur la péninsule, en visant l’organisation.

Le groupe « Province du Sinaï » avait fait une annonce inhabituelle quelques jours plus tôten annonçant la mort d’un ancien agent du Hamas, Abed al-Hila Qishta, qui avait rejoint l’Etat Islamique dans le Sinaï il y deux ans.

L’organisation terroriste n’a pas donné davantage de détails sur les circonstances entourant la mort de Qishta, ni préciser si elle avait un lien avec Israël.

Un Palestinien priant dans un tunnel entre le Sinaï et Rafah, le 3 avril 2013. (Crédit : Wissam Nassar/Flash90)

Un Palestinien priant dans un tunnel entre le Sinaï et Rafah, le 3 avril 2013. (Crédit : Wissam Nassar/Flash90)

Qishta était un haut responsable de la branche militaire du Hamas qui avait été envoyé en tant qu’émissaire du groupe dans le Sinaï.

Lors de ses missions passées avec le Hamas, il était responsable des armements anti-tank et du placement des engins explosifs. Après avoir annoncé la rupture de ses liens avec le Hamas, il avait rejoint les Comités de résistance populaire, autre organisation terroriste gazaouie. L’année passée Qishta a entraîné les soldats de l’Etat Islamique dans le Sinaï à l’utilisation d’armes anti-tanks. Même s’il avait officiellement rompu tous les liens avec le Hamas, il était resté en contact étroit avec les commandants du groupe dans la bande de Gaza.

Malgré tous ces revers et tous ces défis, dont un un grand nombre sont infligés avec l’aide directe du Hamas, l’armée égyptienne est en train d’additionner les victoires dans sa guerre contre le terrorisme dans le Sinaï. La situation sécuritaire s’est aussi améliorée de manière substantielle dans la péninsule. Le nombre de pertes et de victimes a baissé depuis l’année dernière et le groupe « Province du Sinaï » de l’Etat Islamique n’a pu, jusqu’à ce jour, mener d’opérations « spectaculaires » à même d’ébranler le gouvernement égyptien.