L’approche de l’Europe envers Israël semble être une résurrection de son passé colonial, a déclaré mardi un haut responsable israélien. Cela faisait partie d’une attaque inhabituellement vive contre l’Union européenne (UE) et sa politique au Moyen Orient, dans laquelle le responsable a accusé les dirigeants européens d’utiliser cyniquement le conflit israélo-palestinien pour détourner les critiques et le public de leur incapacité à résoudre les vrais problèmes pressants du continent.

« Quand j’observe la séquence de mise en place des étiquetages [pour les produits des implantations] par l’UE, et à présent son soutien à une conférence internationale, j’ai le sentiment qu’il s’agit des fantômes du passé colonial européen qui reviennent à la vie », a déclaré au Times of Israël Emmanuel Nahshon, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Les 28 ministres des Affaires étrangères de l’UE ont voté lundi leur soutien au projet français d’organisation d’une conférence de paix internationale à Paris pour faire avancer le processus de paix israélo-palestinien, aux arrêts depuis 2014. Israël a à plusieurs reprises rejeté l’initiative française, affirmant qu’elle durcit les positions des Palestiniens, et éloigne ainsi la paix.

Nahshon a déclaré que l’Union n’était pas qualifiée pour traiter du conflit israélo-palestinien tant qu’elle est aux prises avec ses propres fardeaux.

« Ils n’ont aucune crédibilité d’aucune sorte s’ils traitent ce conflit sans traiter des sujets majeurs qui sont bien plus importants pour l’Europe et le monde, à commencer par la guerre civile syrienne, et les défis que l’Europe elle-même affronte, comme le Brexit [sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne], l’immigration et le terrorisme islamique », a-t-il déclaré.

Emmanuel Nahshon, porte-parole du ministère des Affaires étrangères. (Crédit : Twitter)

Emmanuel Nahshon, porte-parole du ministère des Affaires étrangères. (Crédit : Twitter)

Jérusalem se demande « si Israël n’est pas utilisé, si nous ne sommes pas utilisés comme un moyen cynique et délibéré, comme une sorte de feuille de vigne, une panacée universelle, par un continent qui à l’évidence ne veut pas ou ne peut pas traiter ses vrais problèmes », a tempêté le diplomate.

« Malheureusement, la conclusion est que c’est probablement le cas, a-t-il déclaré. Quand vous avez des problèmes, quand vous êtes un dirigeant européen qui n’est pas populaire dans son pays, et quand vous affrontez des défis insurmontables, alors il n’y a rien de mieux que d’organiser une conférence sur Israël pour créer un faux programme qui attirera l’attention ailleurs. »

Nahshon a accusé l’UE qui, alors qu’elle est embourbée dans ses problèmes les plus urgents, comme les vagues d’immigration massives d’Afrique et du Moyen Orient, et la possible décision du Royaume-Uni de sorti de l’UE, « semble investir beaucoup d’énergie » dans un sommet de paix à Paris qui est voué à l’échec.

Si l’UE était sincèrement préoccupée par l’impasse dans laquelle se trouve le processus de paix, elle concentrerait tous ses efforts pour obtenir que les Palestiniens acceptent des négociations bilatérales directes avec Israël, a déclaré le diplomate. C’est le seul moyen de progresser, comme cela a été montré par les traités de paix signés entre Israël et l’Egypte et la Jordanie, a-t-il ajouté.

Pendant leur rencontre mensuelle lundi à Bruxelles, les ministres des Affaires étrangères de l’Union ont promis d’apporter « une contribution concrète et substantielle à un ensemble global d’incitations » pour les Israéliens et les Palestiniens, exhortant les institutions de l’UE à « présenter des propositions, notamment des incitations économiques, sans délai ».

Ils ont réaffirmé leur offre de 2013 à un « ensemble sans précédent de soutien politique, économique et sécuritaire offert et développé avec les deux parties dans le contexte d’un accord sur un statut final. »

Le président français François Hollande attend son homologue ukrainien au Palais de l'Elysée, à Paris, le 21 juin 2016. (Crédit : AFP/Geoffroy van Der Hasselt)

Le président français François Hollande attend son homologue ukrainien au Palais de l’Elysée, à Paris, le 21 juin 2016. (Crédit : AFP/Geoffroy van Der Hasselt)

Nahshon a catégoriquement rejeté l’offre d’incitations européennes.

« Il est inconcevable et inacceptable que l’amélioration de nos relations avec l’Europe soit conditionnée à notre participation à un effort diplomatique peu judicieux, a-t-il déclaré. Cela reviendrait à une pression illégitime. Israël est un membre important de la communauté internationale, un leader mondial sur les plans scientifique et technologique, dont l’UE bénéficie. Il n’y a aucune raison pour laquelle nous devrions être soumis à une telle pression. »

Les responsables européens soulignent que leur offre d’aide pour inciter au processus de paix n’est pas liée aux efforts pour faire évoluer les relations bilatérales entre Israël et l’UE sur d’autres sujets, mais Nahshon a refusé d’accepter cet argument.

« Si l’UE veut vraiment promouvoir le processus de paix, elle devrait investir toute son énergie pour faire revenir les Palestiniens à la table des négociations. Les relations Israël–UE ne devraient pas être liées aux initiatives européennes malavisées », a-t-il conclu.

Le président du conseil européen Donald Tusk (à droite) et le président Reuven Rivlin après leur rencontre au siège de l'Union européenne à Bruxelles, le 21 juin 2016. (Crédit : AFP/John Thys)

Le président du conseil européen Donald Tusk (à droite) et le président Reuven Rivlin après leur rencontre au siège de l’Union européenne à Bruxelles, le 21 juin 2016. (Crédit : AFP/John Thys)

D’autre part, mardi, un haut responsable de l’UE a déclaré que le bloc était prêt à fournir à Israël et aux Palestiniens un soutien économique, politique et sécuritaire massif dans le cadre d’un accord de paix.

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a déclaré que l’UE « soutiendrait un accord de paix avec un soutien et une coopération sans précédent à la fois à Israël et au futur état de Palestine. »

Tusk a déclaré après une rencontre à Bruxelles avec le président Reuven Rivlin qu’une « paix durable dans la région reste une priorité importante » de l’UE.

Rivlin a répondu que « promouvoir la paix au Moyen Orient est un intérêt vital pour Israël. Dans le même temps, je pense que notre relation bilatérale spéciale peut croître et se développer de manière indépendante. »

Des agences ont contribué à cet article.