Le festival juif de Cracovie, avec ses 100 000 participants, est le plus grand événement culturel juif du monde, estime Zygmunt Rolat, le millionnaire américain ayant co-financé le musée juif de Varsovie qui ouvre officiellement ses portes mardi.

Même si la communauté juive de Pologne ne compte aujourd’hui que quelque dizaines de milliers de personnes, dont 7 000 réunies dans une trentaine d’organisations, elle fait preuve ces dernières années d’un dynamisme remarquable soutenu par le riche héritage de mille ans d’histoire.

C’est ici que sont nés le hassidisme aussi bien que le sionisme, qu’a fleuri la littérature yiddish, malgré des vagues périodiques d’antisémitisme.

Les premières traces de la présence de marchands juifs sur le territoire de l’actuelle Pologne remontent au IXe siècle, alors que la plus ancienne communauté juive connue date de l’an 1085.

En 1264, « le Statut de Kalisz », connu également comme « la Charte générale des libertés juives », offre aux Juifs des libertés personnelles et religieuses, ainsi que celle de commerce.

Sur l’ordre des rois, les Juifs battent alors la monnaie polonaise. Sur les billets actuels de 10 zlotys figurent des images de ces monnaies ornées de caractères hébreux.

Au XIVe siècle, le roi Casimir III le Grand octroie aux Juifs de nouveaux privilèges. La Pologne attire plusieurs vagues d’immigration de Juifs d’Europe.

Avec l’expulsion des Juifs d’Espagne en 1492, puis de ceux d’Autriche, d’Allemagne et de Bohème, la communauté juive en Pologne augmente encore. Elle prospère, mais de fausses accusations de meurtres rituels pèsent sur sa situation.

Au début du XVIIe siècle, les Juifs sont déjà 300 000, soit 3 % de la population du pays.

Mais un soulèvement de Cosaques contre le pouvoir polonais coûte la vie également à des dizaines de milliers de Juifs accusés de servir la noblesse.

Une période de guerres avec les voisins détruit de nombreuses communautés à travers le pays, chacun accusant les Juifs de collaborer avec ses ennemis. Nombre d’entre eux fuient vers l’Europe occidentale.

Malgré cela, en 1765, la population juive en Pologne compte quelque 750 000 personnes vivant dans 1 100 localités, atteignant 6 % de la population.

A partir de la fin du XVIIIe, la Pologne disparaît de la carte de l’Europe, démembrée par la Russie, l’Empire Austro-Hongrois et la Prusse. Dans les trois Etats, les Juifs sont considérés comme des citoyens de seconde zone.

Malgré cela, les communautés juives connaissent un épanouissement culturel et religieux, avec le développement du mouvement hassidique sur les territoires sous domination autrichienne.

Vers la fin du XIXe et au début du XXe siècle, d’importantes vagues d’émigration conduisent les Juifs vers l’Amérique du Nord et du Sud.

Avec le retour à l’indépendance en 1918, la Pologne offre à la minorité juive une protection et la liberté de culte.

Avant la Seconde guerre mondiale, 3,5 millions de Juifs, soit 10 % de la population du pays, et un tiers des Juifs d’Europe, vivent en Pologne. Les partis politiques juifs sont représentés au Parlement.

Anéantie par les nazis allemands pendant l’Holocauste, la communauté juive polonaise ne compte que 200 000 à 300 000 personnes à la fin de la guerre. Elle se réduit encore fortement avec plusieurs vagues d’émigration, la dernière étant celle de 1968 après une campagne antisémite orchestrée par le pouvoir communiste.

Mais la chute de ce dernier en 1989 permet à nouveau sa renaissance, même si elle n’est l’oeuvre que de quelques milliers de personnes.