WASHINGTON (JTA) – La candidature déferlante de Donald Trump a fait frissonner dans les rangs de l’élite républicaine, et a cré une angoisse profonde parmi les républicains juifs, dont certains sont si énervés qu’ils sont préparés à voter pour Hillary Clinton si Trump gagne la nomination.

Pourtant les autres disent que malgré la promesse de Trump d’être « neutre » sur Israël et le soutien que lui apportent des suprématistes blancs, les principes conservateurs demandent la déférence envers le nominé éventuel.

« Aussi grossier qu’il soit, aussi occasionnellement idiot qu’il soit, aussi injurieux qu’il puisse être, je voterai pour Donald Trump contre Hillary Clinton n’importe quand, » a déclaré Ari Fleischer, ancien porte-parole du président George W. Bush et membre du bureau de la coalition juive républicaine (CJR).

Fleischer a déclaré qu’il ne parlait que pour lui, pas pour la CJR, qui a décliné les demandes de JTA pour un commentaire.

Pour d’autres juifs conservateurs, Trump est trop dégoutant à soutenir, et pour des raisons évidentes. Trump a refusé de prendre parti sans équivoque pour Israël, déclinant lors d’un récent évènement de campagne l’invitation à porter le blâme sur Israël ou les Palestiniens pour le conflit au Moyen Orient, déclarait qu’au lieu de ça, il souhaitait rester « neutre ».

Ses références conservatrices sont incertaines, ayant précédemment favorisé le droit à l’avortement et argumenté pour les droits de douane, qui est un anathème de la communauté des affaires. Et la rhétorique de Trump a fait gagner au magnat milliardaire de l’immobilier le soutien de secteurs peu connus pour leur respect de la sensibilité juive, y compris l’ancien dirigeant du Ku Klux Klan David Duke et le dirigeant de la Nation de l’islam Louis Farrakhan.

William Kristol pendant une convention conservatrice en 2011. (Crédit : CC BY-SA Gage Skidmore, Flickr)

William Kristol pendant une convention conservatrice en 2011. (Crédit : CC BY-SA Gage Skidmore, Flickr)

Dans un éditorial cette semaine, William Kristol, l’héritier néo-conservateur qui dirige The Weekly Standard, a déclaré que la fête devait être sauvée d’un « charlatan et démagogue ».

La commission d’urgence pour Israël, que Kristol a fondé, a également diffusé une vidéo cette semaine montrant Trump parlant favorablement du président syrien Bashar el-Assad, de l’ancien homme fort de la Libye Mouammar Kadhafi et de Saddam Hussein.

« Pour cet ancien républicain, et peut-être pour d’autres, le seul choix sera de voter pour Hillary Clinton, » a écrit la semaine dernière Robert Kagan, ancien du département d’Etat de Reagan et à présent chercheur à la Brookings Institution, dans un éditorial largement partagé du Washington Post. « Le parti ne peut pas être sauvé, mais le pays peut l’être encore. »

Jonathan Tobin, l’éditeur en ligne de Commentary, un magazine conservateur qui ne prend pas position sur les candidats, a déclaré qu’il ne pensait pas que Trump rassemblerait beaucoup de soutien de la part des républicains juifs.

« Il y a des républicains juifs qui sont concentrés sur la politique étrangère, sur la politique économique – le sentiment parmi ce groupe est que Trump ne parle pas pour eux, a déclaré Tobin. Et la question est, s’il est le nominé – et maintenant, il semble qu’il le soit – voteront-ils pour lui. Et je pense que beaucoup ne le feront pas. »

Un opérationnel républicain juif qui a parlé sous condition d’anonymat a déclaré que plus d’un républicain voterait secrètement pour Clinton si Trump devait s’assurer la nomination.

« Nous préfèrerions avoir des candidats majoritaires qui ne s’adonnent pas à la démagogie, à l’ethnocentrisme et au racisme, » a-t-il déclaré, faisait référence à l’équivoque récente de Trump sur le soutien de Duke.

David Duke, leader de la suprématie blanche, en Allemagne en 2002. (Crédit : Aubignosc, CC BY-SA 3.0, via WikiCommons)

David Duke, leader de la suprématie blanche, en Allemagne en 2002. (Crédit : Aubignosc, CC BY-SA 3.0, via WikiCommons)

Trump a brusquement désavoué Duke la semaine dernière pendant une conférence de presse. Mais pendant un entretien dimanche sur CNN, il a professé ne pas savoir qui était l’ancien dirigeant du KKK.

Trump a ensuite à nouveau désavoué Duke sur Twitter après la diffusion de l’entretien, attribuant la divergence à une oreillette défectueuse. Le jour suivant, l’Anti Defamation League (ADL) a publié une liste des extrémistes dont les candidats étaient conseillés de rester éloignés, avec le nom de Duke au sommet de la liste.

Certains républicains ont lancé l’idée qu’une candidature Trump pourrait aider à rallier les votes pour les républicains au Congrès, la logique étant que Trump est si abject, il garantit pratiquement une présidence Clinton – et cela à son tour renforce l’affaire d’un contrôle GOP [Grand Old Party, le parti républicain] de la branche législative comme un moyen de la maîtriser. Tobin était sceptique.

« Les républicains juifs, comme d’autres républicains diront cela, a-t-il dit. Mais dans une année d’élections présidentielles, si vous n’aimez pas le type en haut du ticket, cela diminue le taux de participation. Je pense que beaucoup de républicains juifs resteront en dehors. »

Autant Trump repousse certains républicains juifs, il pourrait toujours ordonner leur soutien, ne serait-ce que parce que les attentes de loyauté du parti sont très profondes. Fred Zeidman, un homme d’affaires de Houston qui soutenait l’ancien gouverneur de Floride Jeb Bush, a déclaré que la bienséance demande le respect du vainqueur.

« Je ne dirais rien de négatif sur Donald Trump de plus que les autres candidats [républicains], a dit Zeidman. Je souhaiterais qu’il ait eu une approche différente, mais aux Etats-Unis vous avez ce pour quoi vous votez, et si la majorité des républicains veulent avoir Donald Trump, c’est ce qui est. Et le fait en la matière est que nous devons aller battre le candidat démocrate. »

Certains républicains juifs restent réticents à se déclarer.

Le richissime donateur républicain Sheldon Adelson, qui aurait hésité à soutenir le sénateur de Floride Marco Rubio ou le sénateur du Texas Ted Cruz, a pris soin de couvrir son bulletin quand il a assisté au caucus du Nevada la semaine dernière.

Mais un journaliste du Wall Street Journal a pu le voir cocher une case sur le tiers inférieur du bulletin, qui comprenait les noms de Rubio, Trump et l’ancien sénateur de Pennsylvanie Rick Santorum, qui a abandonné la course.

Tout de même, Trump est un choc pour les électeurs juifs qui se sont vantés de façonner le parti ces dernières années pour être impeccablement correct sur Israël et ouvert à la diversité. Fleischer a coécrit un rapport après la dernière élection sur comment atteindre ces minorités.

« Le mot neutralité est un crissement d’ongles sur un tableau noir dans la communauté juive. Il crie sur vous, et cela envoie toute sorte de drapeaux d’avertissement sur qui il est et ce qu’il croit. »

L'ancien sénateur américain Norm Coleman (Crédit : domaine public/Wikimedia Commons)

L’ancien sénateur américain Norm Coleman (Crédit : domaine public/Wikimedia Commons)

Norm Coleman, ancien sénateur républicain du Minnesota qui soutient Rubio, a déclaré que le combat n’était pas terminé.

« Je ne dirais rien sur l’indicible et je pense toujours que mon parti ne va pas nominer Donald Trump, a déclaré Coleman. La perspective de Trump menant notre parti est profondément troublante. Cela serait destructeur pour le parti et nuirait à notre nation, et nous donnerait quatre années de plus de politique étrangère Clinton-Obama, qui nous a gravement affaibli dans le monde et a déstabilisé nos alliés. »