Jusqu’à présent, le regard des médias internationaux s’est surtout porté sur l’augmentation du nombre de morts palestiniens et la perspective de nouveaux raids aériens israéliens sur Gaza. Avec des journalistes évoquant le plus souvent les tirs de roquettes sur des civils à la fin de leur reportage – quand encore ils daignent les mentionner.

La couverture de l’opération « Bordure Protectrice » demeure encore assez équilibrée, avec la plupart des organes de presse mentionnant les victimes des deux côtés.

Mais le ton général n’a cessé de s’affirmer de plus en plus critique envers Israël, le narratif sur les victimes palestiniennes obtenant plus de place que celui sur les Israéliens courant aux refuges, ont déploré dimanche des responsables israéliens.

Les médias britanniques se montrent particulièrement critiques envers Israël. « Israël bombarde des civils liés au Hamas », pouvait-on lire sur le site de la chaîne de news ITV dimanche matin. « Israël a ignoré les appels internationaux en vue d’un cessez-le feu et élargi sa gamme de bombardements sur Gaza y incluant des institutions civiles qu’on présume d’avoir des liens avec le Hamas», pouvait-on entendre, sans aucune mention des tirs de roquettes sur Israël.

« Israël a annoncé qu’il allait frapper Gaza « fortement » après avoir exécuté déjà plus de 1 200 frappes aériennes cette semaine. Jusqu’à présent, ni Israël ni les dirigeants du Hamas de Gaza n’ont manifesté aucune volonté d’arrêter ».

Le Guardian, un quotidien basé à Londres, traditionnellement critique envers Israël, a publié trois articles sur l’opération « Bordure Protectrice » sur sa page d’accueil : « Les troupes israéliennes frappent Gaza et demandent aux résidents d’évacuer », « Des Gazaouis incapables de s’échapper » et une vidéo intitulée « Israël souhaite continuer à bombarder la bande de Gaza ».

Faisant un reportage sur Beit Lahiya, le correspondant à Jérusalem du Guardian, Peter Beaumont, décrit en détail le sort des victimes palestiniennes de frappes aériennes israéliennes.

« Un lit brûlé d’un côté, endommagé par l’explosion, qui a soufflé les murs et les souches tronquées des palmiers dans le jardin comme debout parmi les décombres. La bombe est venue tout droit à travers le toit, dit Mohammad Bahri, 22 ans, qui habite à côté. A 4h30 deux drones ont tiré des coups de semonce pour avertir, puis sont venus bombarder ». Pas d’histoire similaire sur Israël.

Le Daily Mail, d’autre part, a fait un reportage sur le conflit avec Olga Neiman, la mère d’un bébé de deux ans, qui vit dans le Sud d’Israël, et qui a été réveillée par un missile qui a frappé la maison de son voisin. « Je suis inquiète pour ma fille, mais je ne bouge pas d’ici, déclare Neiman, 39 ans, qui vit dans la ville de Beersheva, ciblée à répétition par les missiles tirés depuis la bande de Gaza ».

Toutefois, l’article, écrit par Ian Birrell, a également donné une très grande place aux victimes palestiniennes de la crise actuelle, en disant que « près de 130 Palestiniens ont été tués à ce jour – la plupart des civils, selon les Nations Unies. Ce nombre pourrait augmenter à mesure que les tensions augmentent ».

En Allemagne, la plupart des quotidiens parlent bien sûr de la finale de la Coupe du Monde qui oppose la « Mannschaft » à l’Argentine dimanche soir. Mais samedi soir, le Spiegel Online, le plus grand site de news du pays, a publié un article placé bien en vue qui signalait largement les critiques internationales de l’opération « Bordure Protectrice ». Les roquettes en direction d’Israël n’ont été que brièvement mentionnées dans le cinquième alinéa.

Le premier alinéa de l’histoire s’établit comme suit : « L’armée israélienne bombarde la bande de Gaza depuis cinq jours. Selon des responsables palestiniens, au moins 135 personnes ont été tuées et 930 blessées depuis le début de la campagne israélienne. Samedi, les forces armées ont de nouveau élargi les frappes aériennes – frappant d’ailleurs un organisme de bienfaisance pour les personnes handicapées ainsi qu’une mosquée. Une frappe supplémentaire a anéanti, selon les informations du Hamas, une grande partie de la famille du chef de la police de Gaza ».

Focus, un autre site allemand de premier plan, présente, lui, les commentaires de l’historien juif allemand Michael Wolfson qui a critiqué les médias de son pays et la couverture du conflit envers Israël comme étant « unilatérale et quasiment toxique ». Dans son article, celui-ci se demande si la couverture allemande actuelle du conflit de Gaza peut encore être considérée comme une critique légitime ou comme de l’antisémitisme.

Beaucoup « d’enquêtes sérieuses depuis les années 1980 » ont prouvé qu’Israël est extrêmement impopulaire dans la société allemande, a écrit Wolfson. « Dès le premier jour de la guerre, j’ai remarqué un célèbre présentateur de nouvelles. Même cet homme toujours bien mis, qui aime à cultiver sa réputation distinguée, a présenté le rapport du correspondant en Israël avec des expressions faciales grimaçantes. Ce langage du corps en dit bien plus sur son attitude que des paroles critiques ».

En France, le site du Figaro a mis en avant l’opération une seule fois sur sa page d’accueil, en mettant l’accent sur ​​l’appel de l’ONU pour un cessez-le feu à Gaza. Les articles ont commencé comme suit « Les frappes israéliennes sur la bande de Gaza ont tué 45 Palestiniens samedi ». Cela se poursuit ensuite pendant plusieurs paragraphes pour décrire les victimes palestiniennes, qui comprennent le chef de la police de Gaza et « deux femmes gravement handicapés ».

C’est seulement plus tard que l’article mentionne que des roquettes ont été tirées sur Israël. « Personne n’a été blessé », rapporte le quotidien. Stationnés à Modiin, les correspondants du journal mentionnent également que la sirène a été entendue là-bas pour la « première fois ».

Quant au Monde, on pouvait y lire le récit des échanges entre des « combattants » du Hamas et des commandos de marine de l’armée israélienne. « Dans le même temps, le bombardement par Israël de la bande de Gaza et les tirs de roquettes du Hamas sur Israël a continué », pouvait-on lire.

En lisant les titres du quotidien du soir, on avait d’ailleurs l’impression qu’on avait retourné l’histoire et que les tirs de roquettes venaient comme une réponse aux frappes israéliennes…