Le ministère de la Protection du territoire est en voie de désintégration. Son directeur-général actuel a annoncé sa démission lundi. Le ministre de la Protection du territoire Gilad Erdan lui a emboîté le pas le même jour, annonçant qu’il quitterait son poste le 31 mai.

Et pendant ce temps, les civils israéliens, qui sont la cible de chaque ennemi de l’Etat, continuent de payer les pots cassés d’une négligence phénoménale.

En juillet 2007, un an après le déclenchement de la deuxième guerre du Liban, le contrôleur de l’État Micha Lindenstrauss a publié un rapport sur l’état de préparation du front intérieur.

Au cours des 34 jours de guerre, a-t-il écrit, « de nombreuses défaillances, dont certaines de la plus haute gravité » ont fait jour sur la manière dont le gouvernement et les forces de sécurité ont répondu aux attaques continuelles contre les civils israéliens.

Le remède, poursuivait Lindenstrauss, serait que le gouvernement établisse une
« organisation nationale centralisée » qui pourrait « se concentrer sur le front intérieur dans les périodes ordinaires et en temps de crise, notamment pour développer des protocoles ainsi que pour former et entraîner les troupes. »

Cette guerre, qui fut la première au cours de laquelle le but principal de l’adversaire d’Israël était de lui infliger des pertes civiles, a coûté la vie à 44 civils israéliens, contraint 350 000 personnes à quitter leur domicile dans le nord du pays et, pour de multiples raisons, a conduit à sept années de calme dans le nord d’Israël.

Outre le rétablissement de la dissuasion israélienne, accentuée par le prix que le Hezbollah a dû payer pendant les combats, une autre raison du calme persistant est le fait que l’organisation chiite, qui n’a jamais été aussi proche de Téhéran qu’aujourd’hui, a reçu l’ordre d’amasser des armes et de ne lancer d’assaut massif qu’au moment choisi – si et quand Israël décide d’attaquer le programme nucléaire iranien.

Dans un tel scénario, qui déclencherait sans nul doute une guerre avec le Hezbollah, Israël devrait faire face à un total de 3 000 roquettes par jour, a récemment confié un haut responsable militaire au Times of Israel.

Et pourtant, malgré la grande clarté et la criante évidence de ces répercussions, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a refusé de prendre position pour trancher les rivalités au sein du ministère.

Pour être honnête, il faut dire que l’ancien ministre de la Défense Ehud Barak, l’actuel ministre de la Défense Moshe Yaalon et le Premier ministre Netanyahu ont évolué sur l’internalisation de la menace à laquelle doit faire face Israël.

Gilad Erdan (Crédit : Miriam Alster/Flash 90)

Gilad Erdan (Crédit : Miriam Alster/Flash 90)

Lors d’une conférence à Tel Aviv au début du mois, Barak a souligné l’importance du système de défense aérien israélien à plusieurs niveaux, jugeant le lourd prix à payer insignifiant sur une plus grande échelle et réprimandant les dirigeants militaires pour leur réticence de longue date à la défense antimissile ce qui, selon ses propres termes, révèle « un manque de vision à long terme. »

Cela peut sembler évident. Mais l’armée est profondément attachée à la stratégie offensive. Malgré les réalisations des systèmes de défense, elle pense, à juste titre, que les succès se mesurent par la durée pendant laquelle et le prix auquel l’armée est capable d’annihiler les capacités offensives de ses ennemis.

Aujourd’hui, l’armée reconnaît toutefois qu’avec des adversaires retranchés au sein de leurs propres populations civiles et qui investissent presque uniquement dans des roquettes, des missiles et des drones destinés à frapper les civils israéliens, elle doit gagner du temps si elle veut réaliser ses objectifs.

Cela permet au gouvernement d’employer ses outils les plus précis contre, par exemple, un lance-roquettes du Hezbollah qui serait situé au deuxième étage d’un immeuble.

D’où le Rayon de fer (Iron Beam), le Dôme de fer (Iron Dome), la Fronde de David (David’ Sling), Arrow 2 et Arrow 3, capables d’intercepter tout projectile suivant une trajectoire parabolique, des mortiers aux missiles balistiques.

Mais ces systèmes, tout en réalisant de formidables prouesses en matière d’ingénierie et d’efficacité organisationnelle, ne résoudront pas les problèmes que les habitants de Safed ont rencontrés à l’été 2006.

Ils ne détermineront pas combien d’abris anti-bombes il y a dans chaque ville ou village, de quelle manière ils sont approvisionnés, combien de combustible possède le générateur de l’hôpital local, qui le maire peut appeler pour aider une vieille dame coincée dans une maison, qui donne des ordres et définit les priorités des pompiers, de Magen David Adom et du personnel médical d’urgence si une salve de missiles frappait plusieurs lieux densément peuplés à Tel Aviv.

Ehud Barak (Crédit : Miriam Alster/Flash 90)

Ehud Barak (Crédit : Miriam Alster/Flash 90)

C’est la raison officielle pour laquelle le ministère de la Protection du territoire a été fondé. Mais sa création fut précipitée, résultant d’un accord politique qui a vu Barak faire dissidence du Parti travailliste aux côtés de plusieurs autres députés, dont l’ancien chef d’état-major de l’armée Matan Vilnai, à qui le nouveau ministère a échu.

Disposant d’un budget, d’une équipe et de bureaux, le ministère, créé en 2011, n’a jamais obtenu d’autorité législative.

Même le directeur-général démissionnaire Dan Ronen, ancien chef d’état-major de la police, a déclaré en août 2012, soit un an avant d’être choisi pour diriger le ministère que « cela ne sert à rien de le nier : le ministère de la Protection du territoire a simplement été établi pour des raisons politiques.

« Il a non seulement échoué dans sa mission de renforcer l’état de préparation du front intérieur en temps de crise », écrivait-il dans un éditorial sur Ynet, « mais il a gêné et entravé l’action des corps déjà engagés dans ce travail. »

L’armée et le ministère de la Défense ne disent pas mieux. « Qui était à la manœuvre durant la tempête [de neige] ? », s’est enquis Yaalon il y a plusieurs mois.

« L’armée entière était derrière ce truc. Les outils appartenaient au commandement du front intérieur de l’armée. Les bulldozers étaient ceux du corps du génie militaire, les VTT (véhicules de transport de troupes) étaient ceux des Golani. Quelque chose est-il construit ? Où sont les recrues ? Tout cela, ce ne sont que des bavardages, des paroles sans signification. »

Pointant du doigt la rigidité de la chaîne de commandement du Premier ministre au ministre de la Défense, au chef d’état-major de l’armée et au chef du commandement du front intérieur, Yaalon a estimé que le ministère de la Protection du territoire était un « gaspillage de l’argent public. »

Le ministère de la Sécurité publique, en charge des forces de police et des brigades de sapeurs-pompiers en période ordinaire, voudrait que son budget et son pouvoir soient renforcés pour qu’il puisse assumer la responsabilité des affaires civiles également en temps de guerre.

En février, Eyal Eisenberg, le chef du conseil d’administration des services d’urgence au sein du ministère de la sécurité publique, a déclaré à une commission de la Knesset qu’il ne voyait aucune raison de faire la différence entre les périodes ordinaires et les périodes de crise.

Il n’a pas fait état de la débâcle absolue de la police israélienne en 2010 lors d’un feu de forêt dans le Carmel, au cours duquel 44 Israéliens ont trouvé la mort.

Le conseil national de sécurité, selon son vice-directeur, le général de brigade (réserviste) Zeev Zuk-Ram, a suggéré que l’armée continue à entraîner les soldats du commandement central du front intérieur, mais qu’elle les transfère au ministère de la sécurité publique en cas de guerre.

« Je ne veux pas que le ministère de la Défense s’occupe de chaque missile qui tombe sur Tel Aviv », a-t-il affirmé devant la même commission de la Knesset. « Le ministère de la Défense devrait se concentrer sur le front. Ce qui se passe à Tel Aviv est du ressort du ministère de la Sécurité publique et non de l’armée. »

Avant la lettre incendiaire d’Erdan à Netanyahu (« afin d’éviter le chevauchement perpétuel et le gaspillage de l’argent public, il est préférable de placer la pleine responsabilité de la préparation du front intérieur, à la fois quotidienne et en temps de guerre, entre les mains du ministère de la Défense »), le ministère de la Protection du territoire cherchait un juste milieu, où il serait une instance de régulation en temps de paix, mais pas un centre de commandement en temps de guerre.

Aujourd’hui, plus de sept ans après la deuxième guerre du Liban, il menace de faire faillite. Et, exception faite des progrès dans la défense aérienne, les civils israéliens sont de retour à la case départ.