Une experte a affirmé au Times of Israel que les liens étroits entre l’Amérique et le Qatar minaient la tentative des Etats-Unis de négocier un accord de paix et ébranlaient la confiance que lui porte Israël.

La Première chaîne a diffusé une partie de ce qui serait la conversation de dimanche entre le président américain Obama et le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Dans cette transcription, Obama aurait affirmé qu’il faisait confiance au Qatar et à la Turquie pour faire pression sur le Hamas afin qu’il accepte un cessez-le-feu après la suspension des activités militaires d’Israël à Gaza.

Israël et les Etats-Unis ont nié la véracité de cette histoire. Que ces propos soient vrais ou non, on ne peut pas nier le fait que les liens entre les Etats-Unis et le petit Etat du Golfe semblent plus étroits que jamais.

C’est une relation qui dure depuis 40 ans, explique Lori Plotkin Boghardt, une membre du Washington Institute for Near East Policy [Institut de Washington pour la politique du Proche-Orient]. Elle sert les intérêts stratégiques fondamentaux des deux pays.

« Les États-Unis se procurent une base relativement agréable pour mener ses politiques de sécurité régionale ; et le Qatar obtient la sécurité de base nécessaire à un petit Etat pris en sandwich entre deux grands pays voisins que sont l’Arabie saoudite et l’Iran », analyse-t-elle pour le Times of Israel.

Bien qu’il existe de nombreuses divergences entre les États-Unis et le Qatar, ajoute-t-elle, « leur partenariat stratégique passe presque toujours avant ». En fait, la proximité du Qatar avec les acteurs régionaux « inacceptables », tels que le Hamas, est considérée par Washington comme avantageuse pour atteindre certains objectifs, comme par exemple un cessez-le-feu dans la bande de Gaza.

Le Qatar entretient des liens étroits en matière de sécurité avec les États-Unis. Il accueille une base du Commandement central américain. Mais la « cerise sur le gâteau » de la relation, comme le décrit Plotkin Boghardt, c’est l’accord de vente d’armes de 11 milliards de dollars signé à la mi-juillet et qui fournit au Qatar des hélicoptères et des systèmes de défense aérienne américains.

Pour ceux qui cherchent encore la preuve du lien entre le Qatar et le Hamas – ennemi juré de celui qui est censé être l’allié clé des Etats-Unis dans la région : Israël – il suffit de regarder les interviews télévisées, très médiatisées, données par le ministre qatari des Affaires étrangères Khaled al-Attiyah au cours de ces derniers jours.

Samedi, Attiyah a déclaré à l’organe de son pays Al-Jazeera qu’Israël n’a laissé à la population de Gaza aucun autre choix que de « résister et de se défendre ».

« Gaza affronte deux types de mort », a-t-il affirmé. « Soit une mort lente à cause du siège et de la famine soit une mort rapide par balles ».

Les demandes palestiniennes, a continué Attiyah – et il cite les conditions du Hamas pour un cessez-le-feu, y compris la levée totale du blocus israélien et la construction d’un port maritime – ne sont pas seulement « justes » mais aussi « le strict minimum pour une vie convenable ». Dans une interview à CNN, il a affirmé qu’ « Israël n’a jamais utilisé l’approche pragmatique du Hamas ».

Le Hamas s’est formellement investi dans la destruction d’Israël. Israël a maintenu un blocus sécuritaire autour de la bande de Gaza, en grande partie afin d’empêcher le passage en contrebande de roquettes et d’autres matériaux qui pourraient être utilisés pour les efforts de guerre du Hamas.

Le Secrétaire d’Etat américain John Kerry a transmis à Israël vendredi une proposition de cessez-le-feu qui tenait compte des propositions du Qatar, faites au nom du Hamas, et qui prévoyait un assouplissement de l’accès à la bande de Gaza. Le cabinet de sécurité israélien a voté à l’unanimité le rejet de cette proposition. Des critiques acerbes faites par des sources gouvernementales ont fui. Elles critiquent Kerry pour avoir capitulé devant le Hamas.

Samedi, Kerry a rencontré à Paris les ministres des Affaires étrangères du Qatar et de la Turquie. Cette rencontre a soulevé encore plus de critiques de la part des Israéliens. Cela a créé de nouvelles tensions dans la relation déjà complexe entre le gouvernement de Netanyahu et l’administration Obama. Par la suite, Kerry est revenu à la proposition égyptienne pour le cessez-le-feu.

Bien qu’Attiyah a insisté sur CNN sur le fait que « le Qatar ne soutient pas le Hamas, il soutient les Palestiniens », une source occidentale proche du régime qatari a affirmé au Times of Israel qu’un projet de cessez-le-feu présenté par le Qatar à Mahmoud Abbas plus tôt ce mois-ci « était écrite de la main du Hamas ». La source a ajouté que « le Qatar favorise clairement le Hamas par rapport au Fatah ».

Pour Israël, le favoritisme du Qatar envers le Hamas est irréfutable. Yaakov Amidror, un ancien conseiller en sécurité nationale, a déclaré au Times of Israel que le Hamas considère actuellement le Qatar comme l’un de ses alliés les plus proches, aux côtés de la Turquie et – dans une moindre mesure – l’Iran. Même si les États-Unis ont bloqué le transfert d’argent du Qatar destiné aux salariés du Hamas à Gaza, le Qatar continue de financer l’appareil terroriste du mouvement à l’étranger, leur permettant de creuser des tunnels et de lancer des roquettes.

Yaakov Amidror (Crédit : Flash 90)

Yaakov Amidror (Crédit : Flash 90)

L’ancien président Shimon Peres a accusé le Qatar la semaine dernière d’aider [le Hamas] à transformer Gaza en un « centre de la mort ».

Même si Israël ne veut catégoriquement pas que le Qatar soit impliqué dans les négociations pour un cessez-le-feu à Gaza, analyse Uzi Rabi, directeur du Centre Moshe Dayan de l’université de Tel Aviv et expert du Golfe arabe, il sera peut-être obligé, face à la pression américaine, de faire des compromis.

« La relation américano-israélienne est dans une situation difficile », déclare Rabi au Times of Israel.

Comme l’Egypte, le Qatar est considéré comme un négociateur biaisé par certaines des parties (à savoir, Israël et l’Autorité palestinienne) et il a donc une efficacité limitée, a-t-il ajouté.

« Alors que les États-Unis jouent un rôle moins important dans les efforts de négociations pour un cessez-le-feu, les médiateurs potentiels sont partiaux. L’Egypte et le Qatar ne sont pas par essence des médiateurs », a déclaré Rabi.

Pourtant, Plotkin Boghardt de l’Institut de Washington a noté que la critique acerbe des alliés des Américains de la piste qatarie peut pousser Kerry à faire plus attention à partir de maintenant quand il travaillera avec le Qatar.

« Collaborer étroitement avec le Qatar et d’autres partisans du Hamas dans le conflit de Gaza a évidemment envoyé le mauvais message aux alliés les plus forts de l’Amérique dans la région, y compris Israël », conclut-elle.