L’opération Bordure protectrice et le refus du Hamas d’accepter une proposition de cessez-le-feu égyptien ont conduit à un niveau sans précédent d’hostilité égyptienne contre le mouvement islamiste palestinien, se transformant parfois en animosité ouverte contre tous les Palestiniens.

Des observateurs minutieux des relations entre l’Egypte et « la Palestine » ont eu du mal à se souvenir de niveaux aussi haut de tension propagée à la fois sur les chaînes de TV publiques et privées. Cela représente le sentiment contre les Frères musulmans actuellement dominant dans les principaux médias égyptiens.

S’adressant à la nation pour l’anniversaire de la Révolution égyptienne mercredi, le président Abdel Fattah el-Sissi s’est exprimé sur la crise à Gaza.

« L’Egypte a sacrifié 100 000 martyrs pour la cause palestinienne à travers l’histoire du conflit », a déclaré Sissi, avant de critiquer tacitement la stratégie du Hamas d’un conflit armé. « N’est-il pas le moment, après 30 ou 40 ans dans une certaine direction, de s’arrêter un instant et de regarder ce qui a été obtenu ? De vérifier si l’on a fait des progrès et réussi à réaliser ce que l’on veut ? »

Tandis que le président était très limité dans sa critique du Hamas, des personnalités médiatiques étaient beaucoup moins mesurées.

« Notre peuple [à Gaza] est une chose et le Hamas en est une autre », a déclaré Khaled Salah l’invité de la chaîne de TV Al-Nahar le 9 juillet. « Le peuple à Gaza doit comprendre que des prises de décision d’une manière si idiote… coûtent à Gaza et au monde arabe un prix fort à payer en déchirure, en humiliation et en martyrs ». Un autre invité d’une émission, Mazhar Shanin sur TV Al-Tahrir, a déclaré que les Egyptiens était préparés à continuer à mourir pour la cause palestinienne, mais pas pour sauver le Hamas.

« Nous ne sommes pas prêts à sacrifier [même] un seul cil d’un soldat pour des gens du Hamas ou du Jihad Islamique, alors qu’ils mènent le jihad autour des piscines », a-t-il déclaré. « Les gens sont révoltés contre vous. Partez. »

Tout le monde n’a pas fait la distinction entre le Hamas et la population palestinienne dans son ensemble. L’écrivaine égyptienne Lamis Gaber est allée jusqu’à demander l’expulsion de tous les Palestiniens d’Egypte et la confiscation de leurs biens.

« Nous envoyons de l’aide à Gaza et ils tuent nos enfants », écrit-elle sur sa page Facebook en référence aux attaques terroristes contre les soldats égyptiens dans le Sinai. « Ces traitres de chiens font des conférences pour soutenir Gaza, les traitres parmi les Palestiniens maudissent l’Egypte et son président. Les Qatari primitifs veulent ouvrir les passages, et le Hamas veut que ce soit fait sous la supervision internationale ».

Mira Tzoreff, qui enseigne la politique égyptienne au Département des Etudes du Moyen Orient et de l’Afrique à l’Université de Tel Aviv et au Centre Moshe Dayan, a déclaré que les médias egyptiens reprenaient simplement les remarques anti-Hamas prononcées par le président Sissi.

« Les réactions egyptiennes représentent un changement dramatique de direction », a déclaré Tzoreff au Times of Israel. « Cela n’a pas commencé avec l’opération Bordure Protectrice, mais avec l’arrivée au pouvoir de Sissi lorsqu’il a clairement exprimé qui était l’ennemi de l’Egypte et ce qu’il prévoyait de faire contre un tel ennemi… Sissi faisait exploser de tunnels dans le Sinai avant que nous [en Israël] ayons jamais rêvé de faire exploser des tunnels ».

La position anti-Hamas de Sissi est intrinsèquement liée à son hostilité contre les Frères musulmans égyptiens, le movement mère du Hamas, explique-t-elle.

« L’identification des Frères musulmans avec le Hamas comme l’ennemi est pour le moment acceptée par la population égyptien », explique Tzoreff. « C’est pour cela que la Place Tahrir est vide [de manifestants pro Gaza] ».

Sissi n’avait aucune intention d’intervenir dans la conflagration entre Gaza et Israël lorsqu’elle a commencé, note-t-elle. Pourtant, quand il a compris que cela aurait un impact sur la sécurité nationale égyptienne, il n’avait pas d’autre choix que de s’impliquer.

« La politique de l’Egypte face aux événements dans la bande de Gaza est dictée par les intérêts égyptiens, et eux uniquement », a-t-elle ajouté. « Il n’y a pas de grand amour entre nous [Israël] et l’Egypte, mais plutôt une compréhension que nos intérêts convergent. »

Sobhy Essaila, un chercheur au Centre des études politiques et stratégiques du Caire Al-Ahram, a déclaré que l’attitude égyptienne face à la situation à Gaza a commencé à changer à la suite du début de l’opération terrestre d’Israël et à l’augmentation du nombre de morts parmi les Palestiniens.

« Même si nous rejetons une partie de la responsabilité pour ce qui se passe à Gaza sur les épaules du Hamas, nous ne pouvons pas nous empêcher de nous identifier avec nos frères à Gaza » a déclaré Essaila au Times of Israel. « Si Israël a évité la colère [égyptienne] dans une certaine mesure en acceptant l’initiative égyptienne, il a exacerbé cette colère avec l’incursion terrestre. Nous savions qu’une incursion entrainerait un taux élevé de morts ».

Tout le monde en Egypte n’est évidemment pas critique du Hamas et compatissant avec Israël. Les voix de soutien aux Frères musulmans en Egypte ont juste été dépassées par celles de leurs homologues dans le monde arabe contre l’opération israélienne.

Mercredi soir, le Parti de la Liberté et de la Justice, la branche politique des Frères musulmans interdite en Egypte, a tweeté au sujet d’un grand rassemblement dans le quartier Maadi du Caire pour protester contre le « coup militaire [contre les Frères musulmans en juin 2013], ses actions contre les Egyptiens et le siège de Gaza ».

De telles voix restent, pourtant, peu entendues dans les principaux médias égyptiens.