La responsable de la politique étrangère de l’Union européenne (UE) a récemment affirmé le droit des citoyens européens à boycotter Israël, en raison de la liberté d’expression, et a rejeté des accusations de Jérusalem, qui affirme que de telles mesures représentent des activités antisémites interdites.

Tout en affirmant le droit du mouvement anti-Israël Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) à mettre l’Etat juif sur liste noire, Federica Mogherini a également noté que l’UE elle-même s’oppose aux efforts de boycott d’Israël.

« L’UE protège fermement la liberté d’expression et la liberté d’association, conformément à la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, qui est applicable sur les territoires des états membres de l’UE, y compris en ce qui concerne les actions du BDS menées sur ces territoires », a déclaré Mogherini le mois dernier dans une réponse écrite à une question d’une députée européenne irlandaise.

« La liberté d’expression, comme l’a soulignée la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’Homme, est également applicable aux informations et aux idées ‘qui offensent, choquent ou perturbent un Etat ou une partie de la population’ », a déclaré Mogherini.

Martina Anderson, députée européenne du Sinn Fein, parti d'Irlande du Nord autrefois rattaché à l'IRA. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Martina Anderson, députée européenne du Sinn Fein, parti d’Irlande du Nord autrefois rattaché à l’IRA. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Elle a continué en déclarant que « l’UE rejette les tentatives de la campagne BDS d’isoler Israël, et est opposée à tout boycott d’Israël. »

Malgré le rejet ouvert du BDS par l’UE, les Palestiniens ont célébré la déclaration de Mogherini.

« Nous nous félicitons de la défense tardive de l’UE du droit des Européens et des autres citoyens à être solidaires des droits des Palestiniens, notamment via les techniques du BDS », a déclaré Riya Hassan, membre du Comité national du BDS palestinien, qui se présente comme la « plus grande coalition de la société civile palestinienne » promouvant le mouvement de boycott anti-Israël.

Hassan a affirmé que les Palestiniens attendent de l’UE qu’elle prenne des mesures contre Israël, notamment, « pour le moins, l’imposition d’un embargo militaire sur Israël, et l’interdiction des produits des entreprises qui font du commerce dans les colonies illégales d’Israël. »

Le ministère israélien des Affaires étrangères a refusé de commenter la déclaration de Mogherini, qui a été faite le 15 septembre mais n’a été publiée que récemment.

La déclaration était une réponse à une question parlementaire posée le 24 juin par Martina Anderson, membre du Sinn Fein.

Anderson, soutien de longue date de la cause palestinienne et critique impitoyable d’Israël, avait demandé à la Commission européenne si elle « s’engageait à défendre le droit des militants du BDS à exercer leur liberté d’expression démocratique. »

Dans sa question, Anderson, qui dirige la « délégation pour les relations avec la Palestine » du Parlement européen, avait également demandé à la Commission de commenter un discours du mois de mars du ministre israélien des Transports Yisrael Katz, dans lequel il avait appelé à des « éliminations civiques définies » contre les dirigeants du mouvement BDS [lien en hébreu]. (Le terme utilisé, sikul ezrahi memukad, a également été traduit comme des « efforts de prévention civique ciblés », même si sikul signifie généralement assassinat.)

Mogherini a répondu en déclarant que l’UE « condamne fermement les menaces et les violences contre les défenseurs des droits de l’Homme en toute circonstance. » L’Union discute régulièrement avec Jérusalem des questions concernant la « protection des droits de l’Homme et des défenseurs des droits de l’Homme », a-t-elle ajouté. L’UE « appelle Israël et les Palestiniens à s’interdire toute provocation et à combattre avec détermination les incitations [à la haine] et les discours racistes. »

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, à droite, et le président Reuven Rivlin avant leur rencontre au siège de l'Union à Bruxelles, le 21 juin 2016. (Crédit : AFP/John Thys)

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, à droite, et le président Reuven Rivlin avant leur rencontre au siège de l’Union à Bruxelles, le 21 juin 2016. (Crédit : AFP/John Thys)

La relation entre Israël et l’UE a été tendue ces dernières années, en raison de ce que Jérusalem perçoit comme un parti-pris pro-palestinien persistant dans les déclarations et les politiques de l’Union.

La semaine dernière, Jérusalem a par exemple été mécontente car un groupe de diplomates européens a visité des villages palestiniens de Cisjordanie qui risquent d’être démantelés par les autorités israéliennes.

La délégation de l’UE auprès de l’Autorité palestinienne a déclaré que l’objectif du voyage était d’en apprendre sur « l’environnement coercitif dans lequel se trouvent ces communes, de s’informer sur les récents développements, de manifester sa préoccupation de l’impact humanitaire de toute démolition et de tout transfert forcé de population, et d’exprimer l’engagement de l’UE à un futur durable pour les communes palestiniennes de zone C. »

La zone C est une partie de la Cisjordanie dans laquelle Israël exerce un contrôle militaire et administratif, et dans laquelle sont situées les implantations israéliennes.

Israël, qui affirme que les structures qui doivent être démantelées ont été construites illégalement, a réagi « avec irritation à l’initiative et au communiqué », a déclaré un responsable de Jérusalem au Times of Israël.

« Nous ne pouvons que souhaiter que l’UE montre la même empathie et le même intérêt aux victimes israéliennes de la violence et de l’incitation [à la violence] palestiniennes. La cause profonde du conflit est le refus constant des dirigeants palestiniens à reconnaitre la légitimité de notre existence en tant qu’Etat du peuple juif. »

Malgré les tensions actuelles après les destructions répétées par Israël de structures illégales, dont beaucoup ont été financées par l’Union, un responsable de l’UE pour le Moyen Orient a salué la semaine dernière la stabilité des relations bilatérales.

« Oui, il existe une différence de points de vue sur les sujets concernant les Palestiniens, mais dans le même temps, il n’y a aucun autre pays dans la région avec qui l’UE a une relation plus forte qu’avec Israël », a déclaré Christian Berger, directeur sortant du département Moyen Orient et Afrique du Nord des Affaires étrangères de l’UE.

Berger, qui au fil des ans a été tenu responsable par des dirigeants israéliens de la plupart des politiques européennes perçues comme pro-palestiniennes, a fait cette déclaration dans un communiqué fourni à la mission diplomatique israélienne à Bruxelles à l’occasion de son départ.

« Je souhaite du bien au pays, a déclaré Berger. Israël continuera à prospérer, mais j’espère également qu’il trouvera la paix dans une région trouble, à une époque trouble. Et j’espère qu’Israël restera un ami et un partenaire fort de l’Europe. »