Dimanche, huit bus remplis d’étudiants israéliens et d’activistes ont circulé le long des routes sinueuses et détrempées de Cisjordanie, en direction du complexe présidentiel de Ramallah.

L’excitation des jeunes – qui ont débarqué au poste de contrôle de Beit El pour manger leurs sandwichs avant d’entrer à Ramallah sous escorte policière – était palpable.

Le conducteur du bus des journalistes, entièrement réservé aux médias, a choisi de diffuser le hit « Salam » du chanteur israélien Mosh Ben Ari durant le court trajet depuis Jérusalem.

Une bannière gigantesque d’un Yasser Arafat souriant sur fond de drapeau palestinien a accueilli les étudiants qui prenaient place dans la salle des invités de la Mouqata’a.

Sont alors entrés les plus hauts gradés du Comité Central Fatah, qui étaient absents de la rencontre d’octobre dernier entre Abbas et le député israélien Hilik Bar (travailliste), chef du lobby pour une solution au conflit israélo-arabe.

Les 300 étudiants et activistes ont été choisis parmi 1 000 candidats, qui ont dû soumettre une courte lettre de motivation expliquant pourquoi ils désiraient rencontrer le président de l’Autorité palestinienne.

Chaque syndicat étudiant des universités israéliennes a dû respecter un quota de participants. L’événement – coordonné par l’ONG One Voice, un mouvement populaire pour la paix – était initialement prévu en décembre dernier, mais a été repoussé suite à une tempête de neige.

Tal Tochner, jeune diplômée en Relations internationales et Etudes de l’Asie de l’Est à l’Université hébraïque de Jérusalem, a expliqué que son intérêt pour la politique locale l’avait poussée à venir. Elle a passé le week-end à réfléchir à la question qu’elle souhaitait poser à Abbas lors de la session de questions-réponses suivant son discours.

« Je suis extrêmement curieuse de savoir s’il croit vraiment que la paix peut être atteinte », a confié Tochner au Times of Israel. « J’espère que c’est le cas. »

Tochner a affirmé qu’elle voulait visiter Ramallah depuis longtemps, et a même envisagé d’utiliser son passeport américain pour y aller. (Les Israéliens sont interdits d’entrée dans les villes palestiniennes de Cisjordanie sans accord préalable de l’armée.)

« On a un peu l’impression d’être à l’étranger, même si ça me rappelle Abu Gosh ou Jérusalem Est », a-t-elle avoué.

Ophir Ronsefat, étudiant à l’université Beit Berl près de Kfar Saba, s’est lui rendu à Ramallah en tant qu’activiste de La Paix maintenant. Contrarié par le fait que son portable ait été confisqué par la sécurité de l’Autorité palestinienne au niveau des détecteurs de métaux, il a immédiatement emprunté le mien pour prendre des « selfies » qu’il voulait montrer à ses amis de retour à la maison.

« Je suis assez excité », a-t-il avoué. « Je suis venu entendre les opinions non filtrées d’Abu Mazen et pas ce que nous présentent les médias israéliens. »

Rosensaft a confié qu’il pouvait prédire la teneur du message du président de l’Autorité palestinienne, mais qu’il trouvait plus intéressant de manifester son soutien au processus de paix et aux négociations par sa présence à Ramallah.

« Je veux montrer qu’il y a d’autres Israéliens, ceux qui souhaitent vraiment s’investir dans le processus de paix. Beaucoup ont eu peur de venir ou sont convaincus que les négociations sont sans espoir », a-t-il soutenu.

Rosensaft a posté un message enjoué sur Facebook au moment où le bus est entré dans Ramallah. Il a raconté que la réaction de ses amis allait de « la surprise au soutien. » Aucun de ses amis proches ne s’est opposé au voyage, a-t-il ajouté, mais beaucoup ont prédit qu’il devrait faire face à « des slogans loin d’être positifs » à son retour.

La foule s’est levée quand Abbas est entré dans la salle. Dans son discours, il a expliqué combien il était important pour lui de rencontrer un public jeune, composé des bâtisseurs de paix.

Le discours et la séance de questions-réponses qui s’en est suivie – au cours de laquelle Abbas a annoncé que Jérusalem n’avait pas besoin d’être divisée physiquement pour que sa partie Est devienne la capitale palestinienne – ont été prononcés sur un ton familier, parfois même humoristique, et ont été fréquemment interrompus par des salves d’applaudissements.

« Je pense qu’il y a quelque chose de très nouveau dans le fait d’entendre parler de ces choses, directement de la source, »

Nurit Kenner

Les déclarations plus polémiques – il a accusé Israël de laisser la violence des colons se poursuivre sans relâche, a soutenu qu’Israël discriminait les Palestiniens au sujet de la consommation d’eau, et a réitéré son refus de reconnaître Israël comme Etat juif – ont été accueillies par des murmures de mécontentement, mais sans remue-ménage.

A la fin du discours, le public s’est levé une nouvelle fois pour une standing ovation, de nombreux étudiants se ruant vers Abbas pour lui serrer la main avant qu’il ne quitte la salle.

Les orateurs israéliens, le député travailliste Hilik Bar et la directrice exécutive de One Voice Laura Talinovsky, ont qualifié l’événement d’ « historique. »

Ehud Rotem, un natif de la ville de Yavneh qui a récemment été diplômé en sociologie et en relations internationales à l’Université hébraïque, a indiqué qu’il pense que « comme les politiciens israéliens, » Abbas évite de répondre aux questions inconfortables.

« Plusieurs de mes questions sont restées sans réponse. J’ai d’ailleurs plus de questions maintenant que je n’en avais avant, » a-t-il révélé au Times of Israel.

« Il n’a pas eu de mal à éviter les questions au sujet des réfugiés et de la reconnaissance d’Israël en tant qu’État juif. Les réponses en elles-mêmes ne m’importaient peu mais il est important de noter qu’il n’a pas toujours répondu. »

Cependant, Rotem a affirmé être content de s’être rendu à Ramallah malgré tout.

« J’aurais aussi aimé me promener dans la ville mais ce dialogue est super important. J’espère qu’il continuera et qu’il s’élargira aussi, car c’est le seul moyen. »

Nurit Kenner, une aide politique du député Hilik Bar, a annoncé lundi qu’elle était satisfaite de la rencontre israélo-palestinienne.

« Le rassemblement a eu beaucoup de succès, » a-t-elle insisté, ajoutant que le porte-parole d’Abbas l’avait appelée pour la féliciter.

Selon Kenner, le grand succès de la visite est dû à la diversité du public : des partisans de la droite comme de la gauche ; des religieux, des laïcs et des ultra-orthodoxes ; des Juifs et des Arabes.

Une amie de Kenner, une adepte du Likud qui redoutait de révéler à sa mère les détails de son voyage, a raconté qu’elle est repartie avec de nouvelles connaissances, bien qu’elle ait été perturbée par certains propos d’Abbas.

« Je pense qu’il y a quelque chose de très nouveau dans le fait d’entendre parler de ces choses, directement de la source, » a indiqué Kenner au Times of Israel.