La gay pride de New York, dimanche dernier, a connu de nombreux temps forts. La NBA et la WNBA sont devenues les premières équipes sportives professionnelles à défiler. Un réfugié syrien, dont la vie était menacée par l’Etat islamique, a officié comme maître de cérémonie. Et Hillary Clinton a fait une apparition surprise.

La parade a également présenté un nouveau groupe pour le contrôle des armes à feu, ‘Des gays contre les pistolets’ [Gays Against Guns], inspiré par la fusillade de juin dans une boîte de nuit d’Orlando, qui a fait 49 morts.

La fusillade la plus mortelle de l’histoire des Etats-Unis a propulsé la communauté LGBTQ sur le devant de la scène pendant des semaines. L’attaque a aussi eu lieu pendant le mois des Fiertés LGBTQ, qui a été officiellement reconnu par les présidents américains depuis une proclamation signée par Bill Clinton en 2000.

Pourquoi juin, peut-on se demander ? Cet ensemble de célébrations, sur un mois, est techniquement un hommage aux révoltes de Stonewall, qui ont galvanisé le mouvement pour les droits LGBT après un raid conduit par la police dans un pub de Greewich Village, le Stonewall Inn, le 28 juin 1969. (Lançant une tradition, la première marche des fiertés s’est déroulée l’année suivante)

De Stonewall à la décision de la Cour suprême américaine, l’année dernière, de légaliser le mariage entre personnes du même sexe dans les 50 Etats américains – prise également en juin –, les Juifs ont été au premier rang du combat pour les droits des personnes LGBTQ. Voici neuf des Juifs les plus influents, qui ont aidé à rendre médiatiques les problèmes de la communauté LGBTQ et travaillent encore pour que les changements se poursuivent.

Jazz Jennings

Jazz Jennigs – qui est née avec un nom de famille plus long et « très juif », selon ses propres mots – a accompli beaucoup de choses pour une adolescente de 15 ans : elle est une star de la téléréalité, une auteure publiée et une égérie de la campagne Clear & Clear de Johnson & Johnson. (Elle était également la plus jeune maîtresse de cérémonie lors de la Marche des Fiertés de New York, dimanche).

Elle a connu la célébrité dès ses sept ans, quand elle est devenue l’une des plus jeunes personnes diagnostiquée d’une dysphorie de genre – une condition dans laquelle une personne expérimente une détresse clinique envers le genre qui lui a été assigné à la naissance (dans le cas de Jennings, le genre masculin).

Le livre de Jennings et son show sur TLC, “Je suis Jazz”, qui se concentre sur sa vie et ses obstacles en tant qu’adolescente transgenre, ont fait d’elle le visage officieux de la jeunesse transgenre américaine.

Jazz Jennings pose avec sa récompense du Trevor Project Youth, au Hollywood Palladium à Los Angeles, le 6 décembre 2015. (Crédits : Alberto E. Rodriguez / Getty Images for Trevor Project)

Jazz Jennings pose avec sa récompense du Trevor Project Youth, au Hollywood Palladium à Los Angeles, le 6 décembre 2015. (Crédits : Alberto E. Rodriguez / Getty Images for Trevor Project)

Barney Frank

Avant de faire son coming out publiquement en 1986, Barney Frank avait révélé son homosexualité au président de la Chambre des représentants de l’époque, Tip O’Neill. « Je suis désolé de l’entendre », avait répondu O’Neill. « Je pensais que tu aurais pu devenir le premier président juif de la Chambre ».

Frank, bien sûr, n’est jamais devenu président de la Chambre – mais son coming out pendant le pic de la crise du Sida (et devenir l’un des premiers membres du Congrès ouvertement homosexuel) demeure une pièce importante de son héritage professionnel. En plus de passer des lois importantes comme la réforme financière Dodd-Frank, il est devenu le premier à épouser une personne du même sexe pendant un mandat au Congrès, en 2012.

Barney Frank qui a servi au Congrès de 1981 à 2013, dans son bureau à Washington DC. (Crédits : Michael Chandler)

Barney Frank qui a servi au Congrès de 1981 à 2013, dans son bureau à Washington DC. (Crédits : Michael Chandler)

Fran Drescher

Fran Drescher est connue pour des choses joyeuses, comme son rire bien reconnaissable et ses rôles dans des shows comme « La Nounou » (« The Nanny »). Mais sa vie personnelle a pris ce qui pourrait apparaître comme un tournant peu joyeux quand elle a divorcé de son époux après avoir été marié plus de 20 ans avec Peter Marc Jacobson, et qu’il a fait son coming out.

Mais voilà ce qu’il s’est passé : Drescher est restée proche de son ancien mari, et ils ont produit une série en duo, basée sur leur épreuve, « Joyeusement divorcés » (« Happily Divorced »). Elle était si inspirée qu’elle a prêté sa voix en 2010 à la campagne pour légaliser le mariage homosexuel à New York (un but accompli en 2011).

Puis, en 2012, elle est devenue pasteur, juste pour pouvoir marier des couples de même sexe.

« Même si je suis juive, je ne suis pas offensée par le fait d’être ordonnée par l’Eglise ou d’être appelée Révérend Drescher », a-t-elle confié au New York Times. « L’amour, c’est l’amour. Je ne suis pas quelqu’un qui divise ; je suis quelqu’un qui unit ».

Fran Drescher lors d'un gala de charité à Vienne, en 2010. (Crédits : Wikimedia Commons)

Fran Drescher lors d’un gala de charité à Vienne, en 2010. (Crédits : Wikimedia Commons)

Tony Kushner

Si un sondage était fait sur les œuvres artistiques symbolisant les épreuves et triomphes de la communauté LGBTQ les plus importantes, la comédie musicale « Des Anges en Amérique » (« Angels in America ») de Tony Kushner serait à coup sûr en haut de la liste.

Cette pièce épique, en deux parties, qui examine la complexité de la vie gay et des relations dans les années 80, a été jouée pour la première fois en 1991 et a gagné le prix Pulitzer, le Tony Award de la meilleure pièce et un Drama Desk Award.

Elle est encore jouée dans le monde entier et a été adaptée en mini-série par la chaîne HBO, et en opéra – pour le dire autrement, elle est une part proéminente de la culture américaine depuis plus de 20 ans.

Mais Kushner ne s’est pas reposé sur ses lauriers. En plus d’écrire des scénarios pour des films comme « Munich » et « Lincoln », il a également rédigé des tribunes pour défendre l’idéalisme gay et a parlé publiquement à propos de la crise du Sida. Bien que sa critique de la politique israélienne lui ait valu l’animosité de la communauté pro-israélienne, il insiste également, « Si je devais m’imaginer donner ma vie pour un pays, ce serait pour Israël, autant que pour un autre ».

Tony Kushner assiste à la première mondiale de "Mike Nichols : American Masters" au Paley Center for Media à New York, le 11 janvier 2016. (Crédits : Dimitrios Kambouris / Getty Images)

Tony Kushner assiste à la première mondiale de « Mike Nichols : American Masters » au Paley Center for Media à New York, le 11 janvier 2016. (Crédits : Dimitrios Kambouris / Getty Images)

Abby Stein

« Dans la communauté où j’ai été élevée, les trans n’existaient pas, et on n’en parlait pas non plus », écrivait Abby (née Srully) Stein sur son blog l’an dernier.

La communauté de Stein était juive hassidique – en fait, Stein, de Williamsburg, Brooklyn, descend d’une longue lignée de rabbins hassidiques influents. Cela a rendu sa décision de quitter la communauté orthodoxe haredi l’année dernière encore plus choquante.

Les deux transitions de Stein – du monde hassidique vers le monde séculier, puis d’homme à femme – ont fait les gros titres, du New York Post au Daily Mail.

« Mon but principal est d’en faire parler les gens », explique-t-elle. « Je m’en fiche si la réaction au sein de la communauté orthodoxe est haineuse ».

Abby Stein après son départ de la communauté hassidique. (Crédits : capture d'écran YouTube)

Abby Stein après son départ de la communauté hassidique. (Crédits : capture d’écran YouTube)

Larry Kramer

L’écrivain Larry Kramer a été appelé “l’homme le plus en colère d’Amérique”. Heureusement, il a canalisé la plus grande partie de cette colère dans la lutte contre le Sida et les forces anti-LGBTQ de la société américaine.

Son roman “Pédés” (“Faggots”), publié en 1978, sur le mode de vie hédoniste de nombreux hommes gays de New York à l’époque, lui a attiré des ennemis, gays comme hétérosexuels. Sa pièce semi-autobiographique « Un cœur normal » (« A normal heart »), en 1985, et inspirée par une visite du camp de concentration de Dachau, mettait en scène un militant gay en colère contre les stratégies plus polies adoptées par ses collègues.

Kramer est le co-fondateur de Gay Men’s Health Crisis, une organisation très influente qui est maintenant l’une des plus investies dans la lutte contre le Sida, mais a dû la quitter à cause de son tempérament belliqueux. Il a finalement fondé la Coalition du Sida pour libérer le pouvoir, ACT UP.

On se souviendra de Kramer comme l’une des figures les plus importantes de l’histoire du militantisme LGBTQ. Et sa vue du monde était, indubitablement, modelée par son identité juive.

« Dans un sens, comme beaucoup d’hommes juifs de la génération de Larry, la Shoah est un moment historique déterminant, et ce qui s’est passé au début des années 80 avec le Sida était comme une seconde Shoah pour Larry », avait déclaré Tony Kushner en 2005.

Larry Kramer, l'une des figures les plus importantes de l'histoire du militantisme LGBTQ. (Crédits : autorisation de HBO)

Larry Kramer, l’une des figures les plus importantes de l’histoire du militantisme LGBTQ. (Crédits : autorisation de HBO)

Rabbin Denise Eger

Quand la rabbin Denise Eger est devenue la présidente de la Conférence centrale des rabbins américains du mouvement réformiste, elle n’est pas devenue la premier membre du clergé ouvertement gay ou lesbienne à mener un groupe de rabbins. L’honneur revient à la rabbin Toba Spitzer, qui est devenue présidente de l’association rabbinique reconstructionniste en 2007.

Mais la réussite d’Eger est tout aussi monumentale, si ce n’est plus, car le mouvement réformiste est de loin le courant juif le plus populaire aux Etats-Unis, et la Conférence centrale des rabbins américains la plus grande et la plus vieille organisation rabbinique d’Amérique du Nord.

Le parcours professionnel et militant d’Eger – de son coming out dans un article du Los Angeles Times en 1990 à la création de la synagogue LGBTQ-friendly Kol Ami en 1992, à Los Angeles – ressemble fortement à l’évolution des droits LGBTQ aux Etats-Unis.

Et elle le sait. « Je souris beaucoup – c’est un sourire incrédule », avait-elle dit au New York Times l’année dernière.

La rabbin Denise Eger, au centre, lit la Torah pendant son intronisation comme présidente de la Conférence centrale des rabbins américains, le 16 mars 2015. (Crédits : David A.M. Wilensky)

La rabbin Denise Eger, au centre, lit la Torah pendant son intronisation comme présidente de la Conférence centrale des rabbins américains, le 16 mars 2015. (Crédits : David A.M. Wilensky)

Evan Wolfson

Ces dernières années, de nombreuses célébrités ont prêté leur voix pour faire avancer les droits LGBTQ, surtout dans le combat pour le mariage homosexuel. Mais l’homme reconnu comme architecte du mouvement pour l’égalité du mariage est un avocat juif, appelé Evan Wolfson.

Etudiant en droit à Harvard en 1983, Wolfson a écrit une thèse sur les bases légales pour le mariage entre personnes du même sexe, bien avant que le sujet ne soit sérieusement considéré dans n’importe quel pays du monde.

Son livre, « Pourquoi le mariage importe : l’Amérique, l’égalité et le droit des gays au mariage », l’a fait entrer dans la liste du Time des 100 personnes les plus influentes, en 2004. L’association à but non-lucratif Freedoom to Marry (la liberté du mariage), qu’il a fondée en 2003, a été créditée comme agent d’influence de la décision de la Cour suprême l’année dernière de protéger le mariage gay dans chaque Etat.

La brillante stratégie de Wolfson était de changer la façon dont les gens considèrent le mariage pour tous – de les convaincre qu’il s’agit d’une liberté qui doit être protégée constitutionnellement.

« Le mariage ne se définit pas par ceux qui en sont exclus », écrivait-il en 2011.

L'avocat Evan Wolfson est reconnu comme l'architecte du mouvement de l'égalité du mariage. (Crédits : Wikimedia Commons)

L’avocat Evan Wolfson est reconnu comme l’architecte du mouvement de l’égalité du mariage. (Crédits : Wikimedia Commons)

Rabbin Steven Greenberg

Steve Greenberg, de Boston, a été le premier rabbin orthodoxe ouvertement gay, ayant fait son coming out en 1999. Ce n’était pas une tâche aisée, car être gay et membre de la communauté orthodoxe n’était pas, et n’est toujours pas, entièrement accepté.

Quand il a confié à l’un de des professeurs qu’il était gay, on lui a demandé, « Stevie, est-ce que tu veux de l’aide ? ».

C’était donc un événement très important – et peut-être une validation de son travail pour la communauté – quand un groupe de rabbins orthodoxes a participé, l’année dernière, à une discussion sur le traitement des juifs orthodoxes LGBTQ.

Greenberg, qui a été ordonné par le séminaire rabbinique orthodoxe de la Yeshiva University, a aidé à la fondation d’Eshel, une organisation nationale de soutien et d’éducation pour orthodoxes LGBT.

Il n’a pas été embauché par une congrégation orthodoxe, mais a initié la conversation sur l’acceptation des LGBTQ dans la communauté orthodoxe. Son livre, « Lutter avec Dieu et les Hommes : l’homosexualité dans la tradition juive », a gagné le prix du livre juif de la Fondation Koret en 2005.

Le rabbin Steven Greenberg, ici en 2014, a été le premier rabbin orthodoxe ouvertement gay, et a lancé la conversation sur l'acceptation des LGBTQ dans la communauté orthodoxe. (Crédits : Wikimedia Commons)

Le rabbin Steven Greenberg, ici en 2014, a été le premier rabbin orthodoxe ouvertement gay, et a lancé la conversation sur l’acceptation des LGBTQ dans la communauté orthodoxe. (Crédits : Wikimedia Commons)