Ses immenses sculptures ornent en permanence les rues de Paris et ont été exposées à la Biennale de Venise, à Moscou, en Allemagne ou encore aux États-Unis. Aujourd’hui, Philippe Pasqua est considéré comme l’un des artistes peintres et sculpteurs les plus importants travaillant en France.

A Paris, dans son énorme loft, il se consacre à un art exigeant, dérangeant, souvent impressionnant par ses dimensions et où il met en lumière les marginaux et les handicapés. C’est là aussi toute la singularité de son art, et sa force aussi.

Depuis ses débuts dans les années 1990, Philippe Pasqua a fait son chemin, gagnant la reconnaissance de nombreux auteurs de livres d’art renommés, comme Pierre Restany et Michel Waldberg. Son œuvre, qui appartient à de grandes collections privées et publiques à travers le monde s’est aussi popularisée.

Une vraie consécration pour cet artiste qui cherche à revenir constamment à l’origine des choses, à dénuder l’intériorité des êtres, parfois jusqu’au malaise. Au cœur d’un univers urbain qu’il a fait sien, ses sculptures monumentales demeurent étranges et cohérentes, comme cet immense squelette de dinosaure face à la Tour Eiffel.

Philippe Pasqua était présent début juin en Israël pour inaugurer l’exposition qui lui est consacrée à la Galerie Zemack de Tel Aviv. Un espace qui a dû décomposer plusieurs murs pour s’adapter à ses statues massives.

Le public pourra y découvrir, jusqu’à fin juillet, un olivier géant de trois mètres de haut avec des crânes à ses pieds, ou encore un squelette de dinosaures accroché à un mur. Entretien avec Philippe Pasqua, un artiste décidément sans concessions et hors-norme.

Les sculptures monumentales de Philippe Pasqua. (Crédit : autorisation de Philippe Pasqua)

Les sculptures monumentales de Philippe Pasqua. (Crédit : autorisation de Philippe Pasqua)

Le Times of Israël : Vous avez récemment inauguré l’ouverture d’une exposition qui vous est consacrée à la Galerie Zemack de Tel Aviv. Ce n’est pas la première fois que vous exposez en Israël, n’est-ce pas ?

Philippe Pasqua : Je suis en effet venu plusieurs fois pour inaugurer des expositions dans cette galerie. Celle-ci que je viens d’inaugurer se fait bien sûr avec de nouvelles œuvres, dont notamment des sculptures d’oliviers.

Il y a aussi en parallèle mon exposition au musée océanographique de Monaco. L’idée était d’organiser plusieurs événements comme ça, en même temps.

Ce sont des pièces qui vous ont été commandées spécialement pour l’exposition de Tel Aviv ?

Non, ce sont des pièces que j’ai faites au fur et à mesure, et ensuite les organisateurs en ont sélectionnées pour faire une exposition cohérente avec certains tableaux et certaines sculptures.

Pour évoquer le début de votre parcours et la genèse de votre vocation, vous souvenez-vous d’une période précise où votre envie d’aller vers la sculpture s’est révélée ?

Ça c’est passé à peu près il y a quatre ans. J’ai eu vraiment envie de passer à la sculpture, suite justement au projet conçu pour le musée de Monaco. A partir de là, j’ai quasiment arrêté de peindre pour me consacrer à la sculpture.

Un virage important et radical pour aller chercher autre chose dans l’émotion que peut-être je ne trouvais plus dans la peinture. J’avais besoin de faire autre chose, j’avais envie de passer à des créations en trois dimensions peut-être, d’aller au-delà de peindre des corps humains ou des visages.

Les sculptures monumentales de Philippe Pasqua. (Crédit : autorisation de Philippe Pasqua)

Les sculptures monumentales de Philippe Pasqua. (Crédit : autorisation de Philippe Pasqua)

Il existe des thèmes majeurs qui reviennent tout le temps dans votre peinture : le squelette, la peau, les os, cette matière organique qui peut parfois évoquer la mort, ou une intériorité torturée. Avez-vous des réactions du public qui vous ont marquées ? Et pour quelles œuvres en particulier ?

Non, je ne me souviens pas que le public ait fait une réflexion par rapport au sujet ou par rapport à la façon dont le sujet était représenté. Les œuvres parlent d’elles-mêmes, elles sont comme elles sont.

A part le sujet pour le musée de Monaco qui était de préserver les océans, la nature et la planète et où il y avait là un vrai message qui passait par la sculpture et le thème du musée, non, je n’ai pas eu de réactions particulières.

Dans l’espace de la galerie se trouvent exposées des statues massives, y compris l’installation d’un olivier géant de trois mètres de haut avec des crânes à ses pieds, un squelette de dinosaures accroché à un mur, des nouvelles peintures immenses. Qui a choisi les pièces exposées et comment organise t-on ce type d’exposition d’un point de vue logistique ? Aviez-vous des contraintes ?

C’est vrai que parfois nous avons des contraintes pour faire entrer les pièces dans les espaces. On doit démonter des vitres, casser des murs éventuellement, ouvrir des portes, etc…

A la Galerie Zemack de Tel Aviv ça ne s’est pas trop mal passé puisque les pièces sont grandes mais pas surdimensionnées par rapport à l’espace du lieu d’exposition. Donc tout s’est bien déroulé et le choix des œuvres s’est faite en collaboration avec la galerie.

Les sculptures monumentales de Philippe Pasqua. (Crédit : autorisation de Philippe Pasqua)

Les sculptures monumentales de Philippe Pasqua. (Crédit : autorisation de Philippe Pasqua)

Avec quels matériaux aimez-vous travaillez ? Avez-vous une idée précise en démarrant une sculpture ou est-ce la matière qui vous guide et fait émerger votre création ?

Dans la sculpture j’adore plusieurs matériaux. J’aime beaucoup le bronze, l’aluminium, l’inox pour certains sujets, ensuite je travaille aussi avec le bois et le verre. J’aime l’acier également. J’ai travaillé beaucoup le marbre à une époque.

Je n’ai pas vraiment de limites dans les matériaux, ça dépend des sujets que je vais réaliser ; je m’adapte en fonction de la pièce, des matériaux, du choix du sujet et de ce qu’il veut dire. J’ai par exemple revisité la Cène.

Elle est toute en bronze, avec des apôtres qui sont devenus des singes, avec des têtes de clowns aussi. J’ai un peu forcé là-dessus. C’est en fonction du sujet que je choisis le matériau que je vais utiliser.

Certaines influences comme cinématographiques ou picturales sautent aux yeux : Francis Bacon, Egon Schiele, pour le cinéma on évoquerait « Alien », l’œuvre de David Cronenberg aussi et sa fascination pour la matière organique, le corps décomposé… Y-a-t-il d’autres maîtres au cinéma qui demeurent des sources d’inspiration pour vous ?

J’aime beaucoup Quentin Tarantino et Tim Burton, dont je regarde les films avec plaisir et qui pourraient même m’inspirer !

Les sculptures monumentales de Philippe Pasqua. (Crédit : autorisation de Philippe Pasqua)

Les sculptures monumentales de Philippe Pasqua. (Crédit : autorisation de Philippe Pasqua)

Quelles différences voyez-vous dans votre manière de peindre et de sculpter entre vos débuts et aujourd’hui ? Qu’est-ce qui a fondamentalement changé (ou pas) ?

La réflexion et le recul que je peux avoir avant de commencer une pièce. Pour la peinture, la question ne se pose plus vraiment dans la mesure où j’en fais beaucoup moins en ce moment.

Vous exposez aussi des sculptures à Paris – une au pied de la Tour Eiffel et l’autre sur les rives de la Seine, de même qu’au Portugal et au Danemark. Comment vivez-vous cette reconnaissance de votre travail surtout quand il s’intègre comme ça au paysage urbain ?

C’est très agréable de voir que tout le monde peut profiter de ces œuvres. Le regard du public comme celui des professionnels comptent autant pour moi.

Vous n’avez pas peur de mettre très en avant des thèmes dérangeants dans votre œuvre : le cadavre immense d’une baleine prise au piège par l’homme, la souffrance psychique qu’on devine parfois dans vos portraits. Vous mettez le focus sur les marginaux, les handicaps. Des thèmes qui selon vous peuvent faire résonance avec l’inconscient collectif juif et israélien où justement les traumatismes abondent (la Shoah, les attentats, les guerres
successives, etc…) ?

A vrai dire, c’est ça l’art, c’est ce que chacun y voit, le sens qu’il y met et ce qu’il va en ressentir. Je ne l’ai pas fait à vrai dire dans ce sens, mais je pense que cela va dépendre plus de ce que certaines personnes vivent ou ont vécu.

Quand des gens regardent une œuvre, elle les renvoie aussi à eux-mêmes, ou leur fait ressentir une émotion en rapport avec leur propre vie. C’est comme ça que je vois aussi le fait d’exposer et de montrer mon travail : chacun est libre de penser et de ressentir ce qu’il veut.

Vos sculptures monumentales ornent en permanence les rues de Paris et vos œuvres ont été exposés à la Biennale de Venise, à Moscou, aux États-Unis etc…. Qu’est-ce qui renforce selon vous votre carrière d’artiste à
l’international ?

De faire de plus en plus de choses à l’international justement et d’avoir des projets avec des musées et des institutions culturelles.

Je travaille actuellement pour un musée au Canada, aussi pour une institution en France et j’aimerais bien voir aboutir un projet pour un musée de Tel Aviv. Il s’agirait d’une série d’oliviers que je réaliserais si cela se concrétise.

« A vrai dire, c’est ça l’art, c’est ce que chacun y voit, le sens qu’il y met et ce qu’il va en ressentir. Je ne l’ai pas fait à vrai dire dans ce sens, mais je pense que cela va dépendre plus de ce que certaines personnes vivent ou ont vécu »

Philippe Pasqua

En terme d’expositions, quelles sont les dates à retenir pour ces prochains mois ? Et pour ceux qui souhaiteraient découvrir vos œuvres en Israël, jusqu’à quand dure votre exposition à Tel Aviv ?

Il y a l’exposition à la galerie RX à Paris jusqu’à fin juin, une autre au musée océanographique de Monaco jusqu’à fin septembre et bien-sûr celle de la galerie Zemack à Tel Aviv.

Il faut savoir que ce sont des événements qui prennent beaucoup de temps.

Chaque exposition importante nécessite environ trois ans pour être montée, comme celle par exemple mise en place pour le musée de Monaco.

Exposition des œuvres de Philippe Pasqua jusqu’au 28 juillet
Galerie Zemack, de 9h30 à 20h00
68 Rehov Hei be-Iyar, Tel Aviv-Yafo