Les visiteurs du musée Wiesbaden seront peut-être déçus s’ils espéraient pouvoir admirer Die Labung de Hans von Maree.

Cette œuvre, dont le titre signifie « Le Rafraîchissement », est accrochée au mur, bien visible. Et les visiteurs peuvent même s’arrêter devant. Mais il y a un petit problème.

La peinture est accrochée à l’envers.

Une campagne originale a été mise en place pour collecter de l’argent afin de rembourser les propriétaires légitimes de cette peinture. Le musée a décidé d’accrocher l’œuvre, qui a été vendue sous la contrainte par un industriel juif dans l’Allemagne nazie, à l’envers.

Le musée doit réunir 1,4 million de shekels pour pouvoir acheter l’œuvre aux héritiers de Max Silberberg avant le 5 novembre prochain. Une fois que la peinture sera payée, le musée remettra l’œuvre à l’endroit pour que tout le monde puisse l’apprécier à sa juste valeur.

Le Gerta Silberberg Discretionary Trust en Israël, nommé ainsi d’après les héritiers et la belle-fille de Silberberg, a été déclaré en 1989 propriétaire légitime du tableau.

Les nazis ont obligé Silberberg à vendre son impressionnante collection d’art – qui comprenait un Monet, un Renoir et un Van Gogh – lors d’une vente aux enchères à Berlin en 1934. Sa femme et lui-même ont été envoyés dans un camp de concentration en 1941 et ils se sont retrouvés à Auschwitz où ils ont été tués.

Selon le Daily Mail, la peinture aurait été en possession de la famille Wiesbaden pendant des décennies avant qu’elle n’ait été donnée au musée en 1980.

Le porte-parole du musée a indiqué au The Local que le tableau était entreposé dans un entrepôt depuis 1980 et que l’on ne le verrait pas tant que l’argent ne sera pas réuni.

« Nous nous sommes mis d’accord sur le prix mais il ne nous appartient pas encore, et donc nous ne le montrerons pas tant que légalement ça ne soit pas le cas », explique le porte-parole.

Ils souhaitent collecter un tiers des fonds grâce à cette campagne, le reste sera financé par la fondation culturelle de l’Etat de Hesse et les bienfaiteurs du musée.

Le porte-parole de l’agence Q, qui a créé cette campagne, explique qu’il tente de sensibiliser les gens au travail que fournissent les musées allemands pour retrouver les propriétaires légitimes des œuvres pillées, et surtout sur le nombre de musées allemands qui possèdent des œuvres volées à des victimes du nazisme.

« Nous voulons redorer notre image mais aussi réparer un tort », précise Thilo von Debshnitz de Q.

Silberberg était un riche industriel à Breslau, qui est maintenant devenu Wroclaw en Pologne. Il était le copropriétaire, avec Weissenberg, d’une compagnie qui produisait de la magnésite, un élément clé dans la production du fer.

Il a utilisé son immense richesse pour amasser une fabuleuse collection d’art impressionniste, collection composée de 143 pièces, qui était considérée comme l’une des meilleures collections privées en Europe. Sa valeur actuelle est estimée à 35 millions de dollars.

Peu après l’accession au pouvoir d’Hitler, le monde de Silberberg s’est écroulé.

Les nazis ont « aryanisé » l’industrie de magnésite et Silberberg s’est soudainement retrouvé sans travail et sans biens.

A l’année 1934, il était obligé de vendre sa collection d’œuvres d’art lors de l’une des « ventes aux enchères juives » organisées par la Chambre de la Culture nazie qui ont eu lieu en Allemagne entre 1933 et 1938.

Ces ventes obligeaient les Juifs, qui étaient dans le même cas que Silberberg, à vendre leurs collections pour une fraction de leur valeur réelle.

« Lorsqu’on leur tout pris, ils ne pouvaient pas manger leurs tableaux », souligne un chercheur.

En 1989, la loi allemande a finalement reconnu que les œuvres d’art vendues à ces ventes étaient des propriétés pillées.

La collection Silberberg a été, dans les faits, vendue en quatre fois, mais les meilleures pièces de cette collection – 50 œuvres – ont été vendues aux enchères par Paul Graupe, qui était lui-même juif.

Graupe a pu obtenir cette position grâce à sa connaissance de l’art et de son association avec le Suisse Hans Wendland, qui lui, était proche des acheteurs d’art Hermann Goering et d’Hitler lui-même.

Alors que l’ombre de la guerre s’épaississait et que les destins étaient scellés, Gerta et son mari, Alfred Silberberg, ont fui pour se réfugier en Grande Bretagne et Graupe a trouvé refuge aux Etats-Unis.

Max Silberberg, qui n’a pas réussi à fuir, a été arrêté et emmené en camp de concentration où il fut assassiné.