Israël a estimé dimanche que la conférence de Paris sur le Proche-Orient, qui a renouvelé son soutien à une solution à deux Etats pour résoudre le conflit israélo-palestinien, éloignait les perspectives de paix.

« Cette conférence internationale et les résolutions de l’ONU ne font qu’éloigner les perspectives de paix car elles encouragent les Palestiniens à refuser des discussions directes avec Israël », a déclaré le ministère des Affaires étrangères à Jérusalem.

Les responsables israéliens ont aussi rendu hommage aux efforts déployés par le Conseil de sécurité national israélien et le ministère des Affaires étrangères pour un « affaiblissement significatif » de la portée du communiqué final publié par les 70 participants de la conférence de paix à Paris.

Les fonctionnaires israéliens se réjouissent que les « passages problématiques » de la résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations unies n’ont pas été inclus dans le document de Paris.

La résolution 2334, adoptée le 23 décembre, condamne sévèrement l’entreprise de construction dans les Territoires palestiniens, déclarant qu’elle « n’a aucune valeur juridique et constitue une violation flagrante en droit international et un obstacle majeur à la réalisation de la solution des deux États et d’une paix juste, durable et globale. »

En outre, les responsables israéliens se sont déclarés satisfaits du fait qu’aucune autre action contre les implantations israéliennes n’est prévue au Conseil de sécurité.

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry l’avait alors promis au téléphone au Premier ministre Netanyahu lors d’un appel téléphonique de Paris le dimanche précédent.

Ces succès, concluent les fonctionnaires israéliens, sont le « résultat des dures réactions » exprimées par Israël contre la Résolution 2334.

« Si les Etats réunis à Paris voulaient vraiment que (le processus de) paix avance, ils devraient faire pression sur (le président de l’AP Mahmoud Abbas) pour qu’il accepte l’invitation de Netanyahu pour des négociations directes », a ajouté le ministère.

Le numéro deux de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) a favorablement accueilli dimanche les conclusions de la conférence de Paris sur le Proche-Orient qui, selon lui, « a souligné la nécessité de mettre fin à l’occupation israélienne ».

Saëb Erekat a en outre appelé, dans un communiqué, la France « à reconnaître immédiatement l’Etat de Palestine dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme sa capitale » et demandé aux autres participants à la conférence de « reconnaître la Palestine au même titre que leur reconnaissance d’Israël ».

Saeb Erekat, secrétaire général de l'Organisation de la libération de la Palestine (OLP), à Ramallah, le 23 novembre 2015. (Crédit : Abbas Momani/AFP)

Saeb Erekat, secrétaire général de l’Organisation de la libération de la Palestine (OLP), à Ramallah, le 23 novembre 2015. (Crédit : Abbas Momani/AFP)

Selon Erekat, les participants à la conférence « ont créé un élan pour le rejet de l’occupation israélienne et les activités de colonisation » des territoires palestiniens.

C’est un message à Israël « pour qu’il se conforme aux lois internationales » et « mette fin à son occupation militaire de la Palestine » afin d’ouvrir la voie à la paix et la stabilité dans la région, a-t-il ajouté.

« Il est temps d’arrêter de traiter avec Israël comme un pays au-dessus de la loi et de le rendre responsable des violations systématiques des conventions internationales et des droits de notre peuple », a-t-il poursuivi.

Plus de 70 pays ont solennellement réitéré dimanche leur engagement en faveur des deux États israélien et palestinien, avertissant qu’ils ne reconnaîtraient pas d’actions unilatérales qui menaceraient une solution négociée, particulièrement sur la question des frontières ou le statut de Jerusalem.

Dans un communiqué final âprement et minutieusement négocié, les participants à la conférence de Paris ont exhorté Israéliens et Palestiniens à « démontrer leur engagement pour la solution à deux États, et à s’abstenir d’actions unilatérales qui préjugeraient du résultat de la négociation, notamment sur les frontières, Jérusalem, les réfugiés ».

Le texte précise que si de telles actions étaient prises, « ils ne les reconnaîtront pas ».

Ce message intervient dans un contexte particulièrement explosif, alors que la solution des deux États semble plus inatteignable que jamais, près de soixante-dix ans après la création d’Israël et le début du conflit. Il intervient aussi à cinq jours de l’entrée en fonction d’une administration américaine ayant pris des positions très pro-israéliennes.

Le communiqué s’abstient soigneusement de faire référence au projet controversé du futur président américain Donald Trump de transférer l’ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem, mais il y a « un message subliminal à l’administration Trump », selon un diplomate français.

Le président élu américain a promis durant sa campagne de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël et d’y déménager son ambassade.

Le président élu américain Donald Trump réponds au journaliste le 28 décembre à Mar-a-Lago, à Palm Beach en Floride, le 28 décembre 2016. (Crédit : AFP/Don Emmert)

Le président élu américain Donald Trump réponds au journaliste le 28 décembre à Mar-a-Lago, à Palm Beach en Floride, le 28 décembre 2016. (Crédit : AFP/Don Emmert)

Une telle mesure romprait avec la politique historique des États-Unis et irait à l’encontre de la position de l’ONU, pour laquelle le statut de Jérusalem.

Les Palestiniens, qui veulent aussi faire de Jérusalem la capitale de leur futur État, ont d’ailleurs vivement réagi, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas menaçant de revenir sur la reconnaissance d’Israël si une telle décision était appliquée.

Plus direct que le communiqué final, le chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault a estimé lors de sa conférence de presse que le déménagement de l’ambassade serait une « provocation ». Plus tôt, il avait mis en garde contre un projet « extrêmement lourd de conséquences ».

Il a également réitéré que « la base » de règlement du conflit était « les frontières de 1967 et les grandes résolutions des Nations unies », se référant ainsi aux textes appelant Israël à se retirer des territoires occupés après la guerre des Six jours en 1967.

De son côté, le secrétaire d’État américain John Kerry s’est félicité d’un texte « équilibré », qui dénonce les actes et les incitations à la violence côté palestinien.

Il a également confirmé qu’il avait parlé dimanche au téléphone avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pour le « rassurer ». M. Netanyahu n’a de cesse de dénoncer l’initiative française, qualifiée d' »imposture » ou de « futile ».

Les Israéliens et les Palestiniens, dont les négociations sont gelées depuis près de trois ans, n’étaient pas conviés à la conférence de Paris. Si les Palestiniens sont en faveur de l’internationalisation du conflit, les Israéliens sont eux opposés à toute approche multilatérale du dossier et le gouvernement Netanyahu n’a pas caché compter ardemment sur l’arrivée de M. Trump au pouvoir.

Dans un tel contexte, la réunion de Paris valait surtout pour le symbole, à un moment où la perspective de deux États s’évapore, compte tenu de la situation sur le terrain, marquée par la poursuite de la construction israélienne dans les Territoires et les attaques et attentats terroristes palestiniens.

Elle était aussi le dernier acte d’une série de gestes remarqués sur la question israélo-palestinienne, dont le plus important s’est produit à l’ONU le 23 décembre.

Un mois avant son départ de la Maison Blanche, l’administration du président sortant Barack Obama a en effet marqué le coup en s’abstenant sur une résolution condamnant la colonisation israélienne, la première depuis 1979. Au grand dam du président élu Trump qui avait exhorté Washington à mettre son veto.

Quelques jours plus tard, dans un discours en forme de testament politique, John Kerry avait à nouveau dénoncé la colonisation et énoncé des principes pour la solution du conflit, évoqués dans le communiqué final de la conférence de Paris.

Une nouvelle conférence internationale « avec les participants qui le souhaitent » se réunira d’ici à la fin de l’année pour faire le point sur les avancées du processus, indique aussi le communiqué final.