Pour la première fois en des siècles, les scientifiques ont exposé la surface originale correspondant au lieu dont la tradition affirme qu’il abriterait la tombe de Jésus au Saint-Sépulcre, dans le cadre d’un projet de restauration.

Selon National Geographic, la tombe a été recouverte de marbre depuis au moins l’année 1555 après l’ère commune, et peut-être des centaines d’années de plus.

Fredrik Hiebert, archéologue à la National Geographic Society, partenaire du projet de restauration et collaborateur sur la restauration du projet, a déclaré au NG que l’équipe espérait finalement être « en mesure de voir la surface de pierre originale sur laquelle, selon la tradition, le corps du Christ a été étendu ».

National Geographic a expliqué que la tombe et la petite structure qui l’entoure, connue sous le nom de l’Edicule, sont actuellement restaurées par une équipe scientifique de l’Université Nationale Technique d’Athènes, sous les auspices de la Professeure Antonia Moropoulou, superviseur en chef du service scientifique.

Le projet de restauration a donné aux scientifiques l’opportunité d’examiner la surface originale de la tombe, et de former probablement une image plus précise de la chambre telle qu’elle était lorsqu’elle a été créée il y a 2000 ans.

La Mise au tombeau du Christ de Pedro Roldán (Crédit : Wikimedia Commons, CC BY 3.0)

La Mise au tombeau du Christ de Pedro Roldán (Crédit : Wikimedia Commons, CC BY 3.0)

Les scientifiques espèrent aussi tracer l’évolution du site, devenue un “point central de vénération depuis qu’il a été identifié pour la première fois par Hélène, mère de l’empereur romain Constantin,” en 326 après l’ère commune.

“Nous sommes à un moment critique de l’édification de l’Edicule,” aurait déclaré Moropoulou selon National Geographic. « Les techniques que nous utilisons pour consigner ce monument unique permettront au monde d’étudier nos découvertes comme si les gens se trouvaient eux-mêmes dans la tombe du Christ.”

Eglise du Saint-Sépulcre (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Eglise du Saint-Sépulcre (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

L’équipe de restauration, qui travaille dans la chambre la plus secrète du site – qui serait celle du tombeau du Christ – a enlevé les épaisseurs de marbre avec pour objectif d’atteindre ce qui est supposé être la surface de pierre originale, celle où le corps de Jésus a été étendu.

De nombreux historiens ont longtemps pensé que la grotte originale, identifiée quelques siècles après la mort de Jésus comme étant sa tombe, avait été fermée depuis des temps très anciens.

Mais Hiebert a indiqué que les tests de radars à pénétration de sol avaient déterminé que les murs de la grotte sont encore en place – à une hauteur de deux mètres et connectés au socle – entre les parois de marbre de la chambre, au centre de l’église.

“Ce qui a été trouvé,“ a-t-il commenté, “est sidérant”.

“Je passe habituellement mon temps dans le tombeau de Tout’”, s’est exclamé Hiebert en évoquant le lieu de sépulture du pharaon égyptien Toutankhamon, « mais ici, c’est beaucoup plus important ».

Bâtisse du 12e siècle édifiée sur des vestiges datant du 4e siècle, l’église du Saint-Sépulcre est le seul endroit où les six dénominations chrétiennes pratiquant leur foi en un seul et unique lieu.

L’Edicule a été restauré pour la dernière fois en 1810, à la suite d’un incendie, et doit absolument être renforcé après des années d’exposition à l’humidité et à la fumée de bougies. Une cage en fer gigantesque construite en soutien autour de l’Edicule par les autorités britanniques en 1947 est bien encore présente, mais cela n’est pas suffisant.

Le pape François et le patriarche Barthélémy embrassent la Pierre de l'Onction de l'église du Saint-Sépulcre, à Jérusalem, en 2014. (Crédit : capture d'écran GPO)

Le pape François et le patriarche Barthélémy embrassent la Pierre de l’Onction de l’église du Saint-Sépulcre, à Jérusalem, en 2014. (Crédit : capture d’écran GPO)

Les rénovations sur ce site vénéré exige des accords mutuels entre les différents gardiens de l’église, et c’est de notoriété publique une convention difficile à réaliser. Chaque dénomination conserve jalousement différentes parties du site, s’opposant le plus souvent au plus petit changement envisagé.

L’année dernière, la police israélienne avait brièvement fermé la bâtisse après que l’Autorité des Antiquités d’Israël (IAA) ait dénoncé la « dangerosité » de l’édifice. Les différentes dénominations chrétiennes avaient dès lors donné leur feu vert pour des réparations qui ont commencé au mois de juin.

Les pèlerins se succèdent durant toute la journée pour avoir la chance de s’accroupir dans la minuscule salle de l’Edicule. Ils s’agenouillent devant un recouvrement de marbre, installé pour cacher la pierre taillée dans une grotte de calcaire où Jésus aurait été étendu avant sa résurrection.

Les responsables de l’église ont fermé l’Edicule aux pélerins mercredi dans la soirée et les ouvriers ont utilisé une poulie pour faire coulisser la plaque de marbre dans l’espoir d’atteindre la surface d’ensevelissement.
Ils ont trouvé en dessous une couche de remblais. Jeudi après-midi, les ouvriers ont terminé d’enlever les débris, révélant quelque chose d’inattendu : une autre plaque de marbre.

Hiebert dit penser que cette seconde plaque, de couleur grise et qui abore une petite estampe en forme de croix, remonte au 12e siècle. Elle est ouverte en son milieu, révélant, au-dessous, une couche blanchâtre.

“Je ne pense pas… que ce soit la pierre originale”, a expliqué Hiebert. « Il faut encore que nous allions plus loin ».

L'entrée de l'église du Saint-Sépulcre, à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

L’entrée de l’église du Saint-Sépulcre, à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Les principales communautés chrétiennes qui gouvernent l’Eglise ont autorisé l’équipe à travailler 60 heures uniquement pour excaver le sanctuaire intérieur, a dit Hiebert. Les experts ont oeuvré nuit et jour pour atteindre le cœur de la tombe et l’analyser.

“Nous fermerons le tombeau dès que nous aurons fait un rapport”, a indiqué Antonia Moropoulou, architecte à l’Université Nationale Technique d’Athènes, qui supervise la rénovation.

L’équipe de restauration veut sceller hermétiquement le coeur de la tombe avant d’injecter du mortier pour renforcer certaines parties du tombeau, afin que le matériau ne suinte pas au coeur de ce qui est considéré comme la pierre sacrée.

Une partie de la tombe restera exposée. Les experts ont découpé jeudi une fenêtre rectangulaire dans les murs de marbre de l’Edicule, de manière à ce que les pèlerins puissent jeter un coup d’œil, pour la première fois, sur une partie du mur en calcaire qui formerait le tombeau de Jésus.

Des prêtres de l'Eglise arménienne assistent aux prières du dimanche des Rameaux dans l'église du Saint-Sépulcre, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 5 avril 2015. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Des prêtres de l’Eglise arménienne assistent aux prières du dimanche des Rameaux dans l’église du Saint-Sépulcre, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 5 avril 2015. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

David Grenier, secrétaire d’un groupe qui supervise les propriétés de l’église catholique en Terre Sainte, a pu se tenir aux côtés de quelques frères franciscains, regardant avec admiration l’équipe travailler.

“Ce qui est arrivé ici il y a 2 000 ans a complètement changé l’histoire du monde”, s’est-il exclamé. « Pour pouvoir creuser, disons, jusqu’à la pierre où le corps de Jésus a été étendu… C’est une joie immense”.

A un moment donné, un film réalisé par l’équipe du National Geographic présente le site alors que les ecclésiastiques font brûler de l’encens autour d’eux à l’occasion d’un rite religieux.

Après le départ de l’équipe du film, ce sont deux religieux en froc brun et un policier israélien stationné à l’église pour aider au maintien de la paix qui ont escaladé une pile d’outils de travail, de fils électriques et un casque de sécurité jaune, pour pouvoir se pencher dans la chambre intérieure et capturer des photos du tombeau exposé sur leur téléphone cellulaire.

“C’est un moment historique, pas vrai ?” s’est exclamé le policier.