2 Etats ou pas 2 Etats ?… Telle est la question : Quand Netanyahu rencontre Trump
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Analyse

2 Etats ou pas 2 Etats ?… Telle est la question : Quand Netanyahu rencontre Trump

A Washington, le Premier ministre devrait avancer avec prudence pour éviter la terminologie qui susciterait la colère de la Maison Blanche ou de sa base politique de droite en Israël

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

De gauche à droite : Yaakov Nagel, conseiller à la sécurité nationale, Eliezer Toledano, attaché militaire du Premier ministre, Yoav Horovitz, directeur de cabinet du Premier ministre, Ron Dermer, ambassadeur d'Israël aux Etats-Unis, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à la Blair House de Washington, D.C., le 13 février 2017. (Crédit : Avi Ohayun/GPO)
De gauche à droite : Yaakov Nagel, conseiller à la sécurité nationale, Eliezer Toledano, attaché militaire du Premier ministre, Yoav Horovitz, directeur de cabinet du Premier ministre, Ron Dermer, ambassadeur d'Israël aux Etats-Unis, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à la Blair House de Washington, D.C., le 13 février 2017. (Crédit : Avi Ohayun/GPO)

WASHINGTON — Mercredi à midi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu sera accueilli à la Maison Blanche par une garde d’honneur, un geste sans précédent ces dernières années à l’attention d’un visiteur israélien.

Puis le président américain quittera le Bureau ovale pour saluer personnellement son invité avant que les deux leaders ne connaissent leur premier tête-à-tête depuis l’élection de Trump.

Les deux hommes devraient échanger les civilités d’usage devant les flashs des appareils photos et peut-être même battre le record de longueur de la poignée de main – 19 secondes – qui a été établi par le Premier ministre japonais Shinzo Abe.

Le ton devrait rester amical lorsque Trump et Netanyahu s’écarteront pour avoir un entretien à huis-clos.

Mais toutes les indications semblent montrer que le Premier ministre israélien devra trouver un équilibre étroit entre son interlocuteur, à Washington, et les pressions de la droite israélienne.

Il devra éviter une terminologie susceptible d’entraîner la colère de l’une des parties et cette nécessité pourrait rendre cette rencontre aussi tendue que celles qu’il avait connues avec Barack Obama, l’ancien occupant de la Maison Blanche.

Netanyahu a fait savoir qu’il envisage d’aborder trois questions principales : l’Iran, la Syrie et les Palestiniens.

Alors que les deux premiers sujets pourraient entraîner des conséquences immédiates et dramatiques sur le terrain, le troisième – même s’il reste grandement théorique par nature – devrait retenir majoritairement l’attention.

La moitié de la réunion sera consacrée à l’Iran, a indiqué un haut-conseiller du Premier ministre lundi dans l’avion qui a mené la délégation dans la capitale américaine. La Syrie et les Palestiniens devraient respectivement occuper environ 25 % du temps restant.

Toutefois, si l’on se fie aux rumeurs circulant en amont de la réunion, la question qui devrait très probablement faire les gros titres mercredi est celle dont Netanyahu aimerait le moins parler : Les implantations et les aspirations des Palestiniens à la création de leur état.

De nombreux Israéliens attendent que la rencontre puisse répondre aux questions suivantes : Israël continue-t-il à chercher une solution à deux états ? Le pays se dirige-t-il vers une annexion partielle ou complète de la Cisjordanie ?

Les membres qui se trouvent à la droite de la coalition de Netanyahu, appartenant à la faction nationaliste de Habayit Hayehudi et à son propre parti du Likud, ont essayé au cours des derniers jours de pousser le Premier ministre vers une résolution du conflit avec un seul état.

Si Netanyahu, à la Maison Blanche, ose simplement mentionner la possibilité d’un état palestinien, alors la terre tremblera et des misères innommables s’abattront sur le peuple juif, a expliqué Naftali Bennett, ministre de l’Education et chef du parti HaBayit HaYehudi cette semaine.

« Je pense que tous les membres du cabinet sont opposés à la création d’un état palestinien et que le Premier ministre est le premier d’entre eux », a déclaré lundi le ministre de la Sécurité publique Gilad Erdan, un pilier du Likud.

« Personne ne pense que dans les quelques années à venir, un état palestinien puisse – Dieu nous en préserve – exister ou même être désirable », a-t-il ajouté.

Lors d’une conférence à Jérusalem, lundi en fin de journée, plus de six ministres israéliens ainsi que le président Reuven Rivlin ont exprimé leur soutien absolu à une annexion partielle ou entière de la Cisjordanie.

Naftali Bennett pendant la conférence de l'INSS à Tel Aviv, le 24 janvier 2017. (Crédit : Hen Galili)
Naftali Bennett pendant la conférence de l’INSS à Tel Aviv, le 24 janvier 2017. (Crédit : Hen Galili)

Mais Netanyahu n’a pas semblé inquiet face aux déclarations bellicistes de ses collègues.

Selon des informations non confirmées qui ont fuité, il aurait noté la « personnalité » de Trump, suggérant qu’il serait mal avisé d’affronter le président américain à l’heure actuelle concernant des initiatives qu’il jugerait comme étant nuisibles à la paix.

Trump veut réaliser un accord de paix israélo-palestinien, et pense réellement que les Palestiniens sont prêts à « faire des concessions », selon un autre rapport.

Cela ne ressemble pas aux propos de quelqu’un qui serait sur le point de renoncer à sa politique de longue haleine de deux états pour deux peuples. D’un autre côté, ces derniers jours, Netanyahu a soigneusement évité d’évoquer son engagement en faveur d’un état palestinien.

Lundi, peu avant d’embarquer dans son Boeing 767 en direction de Washington, un journaliste lui a demandé s’il faisait encore siennes les paroles qu’il avait prononcées lors de son discours prononcé en 2009 à l’université de Bar-Ilan et dans lequel il indiquait accepter, dans le principe, l’idée d’un état palestinien démilitarisé.

Mais sur le tarmac, le Premier ministre a hésité, marmonnant qu’il pourrait répondre à cette question à Washington.

Plus tard, à bord de l’avion, ses conseillers ont indiqué aux journalistes qu’ils s’étaient bien préparés en vue du sommet à la Maison Blanche.

Ils ont toutefois refusé de révéler ce que le Premier ministre a l’intention de dire à Trump en ce qui concerne sa position sur le processus de paix.

Netanyahu se rend à Washington majoritairement pour écouter un nouveau président qui est encore en train de déterminer quelles seront ses futures politiques, ont-ils dit.

Une analyse de ses récentes déclarations suggère que Netanyahu réitérera son désir de paix, mais qu’il continuera, à huis clos, d’affirmer qu’un état palestinien est actuellement inenvisageable.

A Londres, la semaine dernière, Netanyahu a fait savoir que ses positions sur le sujet n’ont pas changé.

Il a ajouté qu’un accord de paix quel qu’il soit devra être conditionné par la reconnaissance palestinienne d’Israël en tant qu’état juif et par l’acceptation d’une présence sécuritaire israélienne à long-terme depuis la Ligne Verte jusqu’au fleuve du Jourdain.

Il sait très bien néanmoins que les autorités actuelles à Ramallah n’accepteront jamais ces conditions.

Un état palestinien sans armée, dont le territoire entier serait placé sous le contrôle des soldats israéliens, ne serait pas exactement souverain, reconnaît Netanyahu.

Le mois dernier, il aurait dit à ses ministres que ce qu’il souhaitait donner aux Palestiniens « n’est pas exactement un état, avec une pleine autorité : plutôt un presque-Etat« .

Dans son discours de Bar-Ilan, Netanyahu se souvenait avoir dit à Barack Obama, qui était entré à la Maison Blanche six mois plus tôt, que « si nous pouvons nous accorder sur le contenu, alors la terminologie ne posera pas de problèmes ».

En d’autres mots : Si vous répondez à toutes mes conditions, avait dit Netanyahu à Bar-Ilan, alors nous pourrons trouver un accord avec les Palestiniens. Et s’ils veulent appeler cela un état, alors ainsi soit-il (même s’il s’agissait de quelque chose de bien inférieur à un état).

Bennett et d’autres membres appartenant à la droite israélienne recommandent dorénavant au Premier ministre de renoncer à son engagement vieux de près de huit ans, mais ce dernier ne le fera probablement pas.

Netanyahu pourrait plutôt faire une déclaration désengagée sur sa recherche inébranlable de paix et sur sa volonté de négocier avec les Palestiniens, quel que soit le lieu et quel que soit le moment.

De cette façon, il pourra éviter la fureur de ses adversaires les plus bellicistes en Israël – parce qu’il ne re-prônera pas la solution à deux états – tout en rassurant la communauté internationale en ne faisant pas l’annonce d’un changement politique total qui s’orienterait vers l’annexion.

Quelle est la position de Trump sur la solution à deux états ?

La plate-forme électorale 2016 du parti républicain n’a jamais mentionné la solution à deux états et certains de ses conseillers sur le Moyen Orient ont pu se laisser aller dans le passé à des propos belliqueux sur le sujet.

Mais Trump lui-même n’a jamais désavoué un état palestinien et la semaine dernière, dans un entretien accordé au journal Israel Hayom, il a utilisé des mots étonnamment critiques sur les implantations, affirmant qu’il ne pensait pas que « faire avancer ces implantations soit une bonne chose pour la paix ».

Le journaliste qui a interrogé Trump, Boaz Bismuth, a ultérieurement fait savoir que le nouveau président a tendance à être influencé par la dernière personne avec laquelle il a discuté – en l’occurrence, il s’agissait du Roi de Jordanie, venu à Washington la semaine dernière.

D’où le point de vue relativement critique sur les implantations tel qu’il a été exprimé par Trump, a suggéré Bismuth.

Après être resté plusieurs heures avec Netanyahu — qui peut par ailleurs se montrer très persuasif quand il explique pourquoi les implantations ne viendront pas entraver un accord de paix – il est possible que le président adopte une position très différente, a supposé le journaliste.

De nombreuses personnes, à Jérusalem et à Ramallah, observeront avec une grande attention les événements, tentant de trouver des indices qui laisseraient présumer la direction que prendra la résolution du conflit israélo-palestinien dans les toutes prochaines années.

Atomiser l’accord sur le nucléaire ?

Partout ailleurs, ils seront nombreux aussi à regarder si Trump et Netanyahu vont commencer à réclamer l’annulation de l’accord sur le nucléaire avec l’Iran – ce qui placerait les deux hommes en opposition avec le reste du monde qui a, à une majorité écrasante, soutenu cette convention passée.

Avant de s’envoler pour Washington, Netanyahu a expliqué que lui et Trump ne connaissent pas de divergences d’opinion sur les dangers et les opportunités dans la région, ce qui est probablement une référence à la manière dont les deux leaders ont l’intention de gérer la question iranienne.

Sur l’esprit de belligérance croissant affiché par Téhéran – dont les lancements de missiles provocateurs et les menaces d’attaques sur Tel Aviv, les deux chefs ont des points de vue assez semblables. Trump a officiellement « mis en garde l’Iran », promettant d’adopter une ligne plus agressive envers le régime que ce n’était le cas dans la précédente administration.

Le président et le Premier ministre ont tous les deux dénoncé l’accord sur le nucléaire signé en 2015.

« L’accord avec l’Iran a été un désastre pour Israël. Il est inconcevable qu’il ait été fait. Il a été médiocrement négocié et exécuté », a dit Trump dans une interview accordée au quotidien Israël Hayom qui a été publiée vendredi.

Et pourtant, l’option la plus probable est celle d’une moindre résistance, si l’on se fie à ses déclarations récentes.

Les deux hommes n’ont pas jusqu’à présent explicitement réclamé sa résiliation. Au début du mois de décembre, Netanyahu avait indiqué dans une interview télévisée qu’il avait « environ cinq choses qui lui venaient à l’esprit » pour gérer l’accord mal-aimé, mais n’avait pas voulu faire davantage de commentaires.

Un missile balistique Fateh-110 pendant une parade militaire iranienne de 2012. (Crédit : military.ir/Wikimedia Commons)
Un missile balistique Fateh-110 pendant une parade militaire iranienne de 2012. (Crédit : military.ir/Wikimedia Commons)

Malgré les réticences des Israéliens et des Américains face à cet accord, Netanyahu et Trump recommanderont probablement à la fin de leurs entretiens des initiatives visant à garantir que l’Iran se soumettra aux obligations contenues dans la convention – le monde a besoin de « maintenir la pression sur l’Iran », a souvent dit Netanyahu – en imposant plus de sanctions sur le programme de missiles balistiques du pays ainsi qu’en mettant en oeuvre des politiques supplémentaires qui empêcheront le régime de Téhéran d’encourager et de parrainer le terrorisme mondial.

Ce sera également instructif de voir comment les deux chefs d’état pourront s’accorder sur le sujet de la guerre civile syrienne.

Netanyahu a répété avec constance que l’Iran ne devait pas être autorisé à s’implanter dans ce pays voisin d’Israël et ravagé par la guerre.

L’administration est sur le pied de guerre avec l’Iran et engagée aux côtés de la sécurité israélienne, mais il faut également s’attendre à ce qu’elle se rapproche de la Russie de Vladimir Poutine.

Et dans la mesure où Moscou est l’allié proche de l’Iran et de la Syrie de Bachar Assad, Jérusalem a tout intérêt à influencer le positionnement américain concernant un potentiel accord de paix en Syrie.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Donald Trump, alors candidat républicain à la présidentielle américaine, se rencontrent à la Trump Tower de New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Donald Trump, alors candidat républicain à la présidentielle américaine, se rencontrent à la Trump Tower de New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Egalement au rendez-vous : l’ONU, l’Holocauste et la relocalisation de l’ambassade

Mais la rencontre de mercredi dans le bureau Ovale ne devrait pas seulement aborder les questions de l’Iran, de la Syrie et des Palestiniens.

Il y a également d’autres problèmes d’intérêt qui seront discutés et qui bénéficieront peut-être de moins d’attention de la part des médias qu’ils ne le méritent.

Ainsi, Netanyahu et ses hauts-conseillers ont promis de partager avec la nouvelle administration de la “preuve inattaquable” qu’ils prétendent détenir sur le rôle tenu par l’administration Obama lors du passage de la Résolution 2334 devant le Conseil de Sécurité de l’ONU, qui condamnait âprement les implantations.

Le 23 décembre, le texte controversé était adopté par 14 votes favorables et grâce à l’abstention des Etats Unis.

Israël avait affirmé plus tard qu’Obama avait frappé Israël dans le dos en rédigeant et en faisant la promotion de la résolution qui a été finalement approuvée.

Les responsables de Jérusalem avaient refusé de divulguer la base de leurs accusations, indiquant qu’ils en présenteraient la preuve à l’administration Trump le moment venu.

Une autre question que Netanyahu a promis de mettre en lumière est la manière dont il a appréhendé le communiqué émis par la Maison Blanche lors de la Journée Internationale de l’Holocauste.

Le texte, dont l’administration a affirmé qu’il avait été rédigé par un Juif, descendant de survivants de la Shoah, n’avait pas mentionné le génocide spécifique dont le peuple juif avait été victime.

Même si l’omission avait été signalée aux responsables de l’administration, la Maison Blanche avait renouvelé son message, disant qu’il avait été inclusif et que d’autres populations avaient également souffert durant les heures les plus noires de l’Histoire.

La semaine dernière, des journalistes réunis à l’occasion d’un point presse à Londres ont demandé à Netanyahu s’il était approprié que le leader de l’état juif s’exprime à ce sujet.

Netanyahu avait promis qu’il répondrait à cette interrogation durant son voyage à Washington.

Enfin, la promesse de campagne de Trump de relocaliser l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem sera très probablement abordée durant la rencontre de mercredi.

Selon les médias, le président avait été prêt à annoncer cette initiative dès le 20 janvier – le jour de son investiture – mais s’était finalement abstenu de le faire pour des raisons variées.

Certains experts avaient présumé que c’était Netanyahu qui avait demandé à l’administration de ne pas se presser sur cette affaire, une affirmation que le bureau du Premier ministre a catégoriquement démentie.

Trump a expliqué ne pas avoir encore pris de décision sur cette question. « Je réfléchis à l’ambassade, j’étudie la question de l’ambassade, et on verra bien ce qu’il se passera », a-t-il dit à Israel Hayom.

Il pourrait vouloir prendre plus de temps avant d’annoncer une décision (la dispense présidentielle d’application du décret n’expirera que le 1er juin).

Mais la rencontre avec Netanyahu pourrait aider à faire avancer ce processus.

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