5 autres fois où « Mein Kampf » a été cité au Congrès américain
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5 autres fois où « Mein Kampf » a été cité au Congrès américain

Un élu de l'Alabama au Congrès a récemment cité un passage du livre d'Adolf Hitler de 1925 ; ce n'est pas la première fois que des passages de l'ouvrage y sont lus

A titre d'illustration : Une édition allemande de "Mein Kampf" (Mon combat) d'Adolf Hitler exposée à l'Institut d'histoire contemporaine de Munich, le 11 décembre 2015. (Matthias Balk/dpa via AP, Dossier)
A titre d'illustration : Une édition allemande de "Mein Kampf" (Mon combat) d'Adolf Hitler exposée à l'Institut d'histoire contemporaine de Munich, le 11 décembre 2015. (Matthias Balk/dpa via AP, Dossier)

JTA — Un membre républicain du Congrès américain – représentant de l’Alabama – a créé une vive controverse politique lundi dernier lorsqu’il a cité un passage de « Mein Kampf », le livre d’Adolf Hitler écrit en 1925, à la chambre.

Les critiques ont rejeté avec une colère non dissimulée la manière dont Mo Brooks a comparé ce jour-là les démocrates d’aujourd’hui aux membres du parti nazi, disant qu’il avait détourné le sens de l’extrait de l’ouvrage auquel il avait fait référence. Ils ont ajouté que, selon eux, le fait d’avoir cité les mots du leader nazi dans les nobles salles du Congrès semblait être une légitimation de ces écrits de la part de Brooks.

C’est vrai, Brooks a directement comparé les démocrates – auquel il s’est référé de manière répétée sous le terme de « socialistes » – aux membres du parti national socialiste allemand, mieux connu sous le nom de nazis. Ce qui n’était pas vraiment subtil.

Et c’est vrai, il a semblé détourner l’extrait qu’il a cité. Le passage en question était la description par le leader nazi du « grand mensonge » qu’il dépeint dans « Mein Kampf » comme étant le type de propagande scandaleuse auquel « les masses sont davantage susceptibles d’être victimes. »

Brooks, qui voulait montrer que les démocrates avaient répandu le « grand mensonge » d’une collusion entre la Maison Blanche et la Russie, a lu l’extrait en donnant l’impression que Hitler avait approuvé ce concept. Mais dans l’original, Hitler accuse en fait ses ennemis juifs d’avoir aidé à répandre le « grand mensonge » de la culpabilité allemande dans la Première Guerre mondiale.

Le représentant républicain de l’Alabama Mo Brooks lit un passage de « Mein Kampf » au Congrès, le 25 mars 2019 (Crédit : capture écran/YouTube)

(Il est vrai cependant que le chef de la propagande de Hitler, Joseph Goebbels, allait ultérieurement adapter la méthode du « grand mensonge » pour aider à propager le message nazi).

Mais la décision prise par Brooks de citer un extrait de l’un des pamphlets politiques les plus controversés et les plus haineux du 20e siècle était-elle sans précédent ? Pas vraiment. Le texte a été invoqué au Congrès au moins une trentaine de fois, habituellement sous forme de mise en garde face à la séduction insidieuse du fascisme et comme avertissement face à ses éventuels pourvoyeurs.

En voici cinq exemples :

Dianne Feinstein

Le 8 mai 1995, la sénatrice démocrate de Californie Dianne Feinstein, dans une allocution commémorant l’anniversaire de la Seconde Guerre mondiale en Europe, avait cité exactement le même passage que Brooks.

« Dans ‘Mein Kampf’, Hitler décrit ce que l’histoire a finalement établi comme une réalité, » avait noté Feinstein, qui est juive. Elle avait cité la phrase dépeignant la manière dont les « masses » avaient été victimes du grand mensonge parce que, comme l’avait noté Hitler, « elles ne pensaient pas que d’autres auraient l’impudence de dénaturer la vérité de manière aussi infâme. »

La sénatrice Dianne Feinstein (démocrate de Californie) s’adressant aux journalistes à Washington, le 15 février 2018. (Alex Wong / Getty Images via JTA)

« Des millions de personnes ont en effet été victimes du grand mensonge, » avait expliqué Feinstein.

« Fanatique dans sa quête du pouvoir personnel, Hitler a retiré l’Allemagne de la Société des nations… En fait, l’hésitation face à ce mal a souillé le mot ‘apaisement’ pour toujours. »

Le sénateur qui a publié « Mein Kampf »

Le 22 janvier 2001, une autre sénatrice démocrate de Californie, Barbara Boxer, s’était souvenue d’une anecdote de la vie du sénateur Alan Cranston de Californie, décédé le mois précédent à l’âge de 86 ans.

Boxer avait évoqué ce qu’avait vécu Cranston alors qu’il était correspondant à l’étranger dans les années 1930, où il avait été témoin de l’ascension au pouvoir des nazis. Cranston avait plus tard réalisé que les traductions anglaises du livre de Hitler avaient été « édulcorées pour dissimuler la vérité aux Américains, » avait expliqué Boxer.

« Il a publié sa propre version soulignant ce qui était le pire en Hitler et a été traduit en justice par l’éditeur de ce dernier, » avait-elle raconté. « Lorsqu’il a perdu son procès, un demi-million de copies s’étaient déjà écoulées, permettant d’informer un grand nombre de personnes sur la vraie nature du nazisme et de Hitler. »

Pour ne pas oublier

Citer « Mein Kampf » après les attentats du 11 septembre 2001 avait presque été une tendance pour les députés.

« Mein Kampf établissait quels étaient les objectifs de Hitler et si les gens avaient pris Hitler plus au sérieux plus tôt, alors les choses n’en seraient peut-être pas arrivées là, à ce point de destruction. Il avait clairement dit ce qu’il voulait faire et assuré qu’il allait le faire, » avait commenté le représentant démocrate de New York Major Owens dans un discours prononcé à la Chambre, le 12 décembre 2001.

Adolf Hitler avec un de ses valets d’avant-guerre, Karl Wilhelm Krause (Domaine public)

Owens s’exprimait alors en soutien à une loi d’aide à l’enfance, qui accroissait le rôle fédéral dans la question de la responsabilité des écoles dans les résultats des élèves.

Le 16 juin 2006, le représentant républicain du Nouveau-Mexique, Steve Pearce, s’était exprimé en faveur d’une résolution disant que « les Etats-Unis prévaudront dans la guerre contre le terrorisme. »

« Le monde a choisi de se contenter de regarder lorsque Hitler a fait paraître son projet de génocide dans ‘Mein Kampf’, » avait dit Pearce. « Le monde a également choisi de se contenter de regarder quand Hitler s’est emparé du pouvoir, le 30 janvier 1933, mettant en place le boycott des entreprises juives et ouvrant le tout premier camp de concentration six semaines plus tard seulement. »

Quand Martin Luther King a recommandé « Mein Kampf »

Il y avait eu une référence à « Mein Kampf » dans le journal officiel du Congrès au cours d’une célébration de l’anniversaire de Martin Luther King, le 16 janvier 2007.

Le représentant démocrate de l’Ohio Dennis Kucinich avait cité officiellement un discours prononcé par le militant des droits civiques en 1967, le jour de Noël.

Martin Luther King, March on Washington (photo credit: US Government, WIkimedia Commons)
Martin Luther King à la marche pour les droits civiques à Washington (Crédit : gouvernement américain, WIkimedia Commons)

« Il est excessivement étrange que tous les grands génies militaires du monde aient parlé de la paix, » disait Martin Luther King dans son discours. « Les anciens conquérants venus pour tuer au nom de la paix, Alexandre, Jules César, Charlemagne et Napoléon, se ressemblaient en cela qu’ils cherchaient une organisation pacifique du monde. Si vous lisez ‘Mein Kampf’ avec suffisamment d’attention, vous verrez que Hitler a toujours prétendu que ce qu’il faisait en Allemagne l’était au nom de la paix. »

Brooks semble avoir été le seul à avoir utilisé « Mein Kampf » pour comparer ses collègues de l’autre côté de l’échiquier politique aux nazis. Il n’y a donc qu’en cela qu’il se sera montré innovant.

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