Le silence du Parti républicain sur l’analogie nazis/démocrates jugé hypocrite
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Le silence du Parti républicain sur l’analogie nazis/démocrates jugé hypocrite

Un groupe démocrate a dénoncé le manque de condamnation de Mo Brooks, qui a lu un passage de "Mein Kampf" au Congrès pour en faire une analogie avec les "socialistes" américains

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Le représentant républicain de l'Alabama Mo Brooks lit un passage de "Mein Kampf" au Congrès, le 25 mars 2019 (Crédit : capture écran/YouTube)
Le représentant républicain de l'Alabama Mo Brooks lit un passage de "Mein Kampf" au Congrès, le 25 mars 2019 (Crédit : capture écran/YouTube)

WASHINGTON — Des démocrates juifs ont vivement dénoncé leurs adversaires républicains mercredi et leur hypocrisie crasse, reprochant au parti de ne pas avoir condamné un de leur membre du Congrès ayant comparé la tactique du Parti démocrate à celle des nazis.

Alors que des officiels et des organismes du Parti républicain ont dénoncé les démocrates en raison de la controverse Ilhan Omar, ils ne se sont pas exprimés au sujet de la lecture d’un passage de « Mein Kampf » par Mo Brooks au Congrès et de son analogie entre le « grand mensonge » qu’il épouse et celui qu’il accuse les démocrates de perpétuer.

« C’est parfaitement hypocrite, » a dénoncé Hallie Soifer, la directrice exécutive du Conseil des démocrates juifs d’Amérique (Jewish Democratic Council of America). « Leur silence est assourdissant. »

Lundi, l’élu républicain de l’Alabama au Congrès a lu un passage du manifeste de 1925 d’Adolf Hitler pour comparer les démocrates et les médias aux nazis.

Condamnant l’enquête du juge Mueller, Mo Brooks a accusé les journalistes et les opposants politiques du président de perpétuer un « grand mensonge » au sujet de la collusion éventuelle entre la campagne de Trump et la Russie, empruntant un terme inventé par Hitler pour reprocher au gouvernement allemand la défaite lors de la Première Guerre mondiale.

« Un grand mensonge est une technique de propagande politique rendue célèbre par le Parti national-socialiste allemand, » a clamé Brooks, en faisant référence au parti nazi. « Depuis plus de deux ans, les démocrates socialistes et leurs alliés des médias pourvoyeurs de fake news — CNN, MSNBC, le New York Times, le Washington Post et d’innombrables autres — ont perpétué le plus grand mensonge, la plus grande escroquerie et imposture politiques de l’histoire des États-Unis. »

« Alors permettez-moi de citer un autre socialiste qui maîtrisait la propagande du grand mensonge dans des proportions aux conséquences maximum et mortelles, » a-t-il houspillé.

« ‘Dans tout grand mensonge, il y a toujours une certaine force de crédibilité ; parce que les grandes masses de la nation sont toujours plus facilement corrompues dans les couches profondes de leur nature émotionnelle que consciemment ou volontairement,' » a-t-il lu. « ‘Il ne viendrait jamais à leur esprit de fabriquer des énormes tromperies, et ils ne croiraient pas que d’autres pourraient avoir l’impudence de déformer la vérité de façon aussi infâme. Même si les faits qui prouvent qu’il en est ainsi peuvent leur être clairement rapportés, ils auront toujours le doute, ils hésiteront, et ils continueront à penser qu’il peut y avoir une autre explication.' »

« Qui est ce maître du grand mensonge ? » poursuivit Brooks. « Cette citation date de 1925 et est l’œuvre d’un membre du Parti national-socialiste des travailleurs allemands — parfaitement, le parti socialiste allemand — mieux connu sous le nom de nazis. Son auteur en est le socialiste Adolf Hitler, dans son livre ‘Mein Kampf.' »

L’Anti-Defamation League (ADL) a décrit les propos de Brooks de « dangereux » et « impensables » et l’a appelé à s’excuser.

Au moment de la rédaction de cet article, aucun grand groupe ou responsable républicain ne s’est exprimé publiquement au sujet de l’incident ou exigé que Brooks se rétracte et s’excuse.

« Pas un seul républicain ou une seule organisation républicaine, y compris la Coalition juive républicaine [Republican Jewish Coalition], n’a dit un mot à ce sujet, » a déploré Soifer au Times of Israel.

« Cela ne fait aucun doute pour moi que si ce type d’actes et de propos — la lecture de « Mein Kampf » dans l’enceinte de la Chambre des représentants — avaient été l’œuvre d’un démocrate, les républicains appelleraient non seulement à son expulsion de commissions mais également à sa démission.

La Coalition juive républicaine et le Comité national républicain (Republican National Committee) n’a pas donné suite à notre demande de commentaires.

Ron Klein, le président du JDCA, a indiqué que son organisation avait critiqué la représentante Ilhan Omar après ses propos controversés au sujet du versement d’argent par l’AIPAC à des responsables politiques pour qu’ils soutiennent Israël et que les partisans d’Israël poussaient des parlementaires à faire preuve « d’allégeance » à l’État juif, une insinuation qui, pour les critiques, équivaut à accuser les Américains juifs d’avoir une « double loyauté, » envers Israël et envers les États-Unis.

‘Il s’agit de propos et d’une analogie scandaleux : ‘Mein Kampf’ et Adolf Hitler, on ne peut pas faire pire, » a indiqué Klein au Times of Israel. « Lorsque les républicains se taisent, c’est bien la preuve que leur réaction au sujet d’Ilhan Omar relevait uniquement d’un jeu politique. »

La représentante du Minnesota Ilhan Omar à Washington, le 6 mars 2019. (Crédit : AP/J. Scott Applewhite)

Les démocrates de la Chambre ont récemment adopté une résolution condamnations différents types de haine, en particulier l’antisémitisme et l’islamophobie. Des détracteurs républicains ont indiqué qu’il s’agissait d’une version « édulcorée » de la mesure initiale, puisqu’elle ne ciblait pas assez Omar.

Lors de la conférence de l’AIPAC le week-end dernier, plusieurs intervenants républicains ont reproché aux démocrates de ne pas vouloir affronter l’antisémitisme dans leurs rangs.

« Il est stupéfiant de penser que le parti d’Harry Truman, qui a tant fait pour la fondation de l’État d’Israël, ait été co-opté par des gens qui défendent une rhétorique antisémite nauséabonde et s’efforcent de minimiser le vaste consensus dans le pays pour soutenir Israël, » a ainsi déclaré le vice-président Mike Pence à la tribune.

« Ce parti qui a été historiquement et pendant si longtemps le foyer naturel de tant de Juifs américains lutte aujourd’hui pour rassembler des votes permettant de condamner sans équivoque l’antisémitisme par une résolution. »

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