6 choses à surveiller à l’AIPAC
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6 choses à surveiller à l’AIPAC

Le sommet pro-israélien chercherait à renforcer l'aide américaine à la sécurité israélienne, renforcer les sanctions contre l'Iran et combattre les efforts de boycott d'Israël

WASHINGTON : Le vice-président des États-Unis, Mike Pence, prend la parole lors de la convention de l'AIPAC 2017 le 26 mars 2017 à Washington (Crédit : Photo par Noam Galai / Getty Images)
WASHINGTON : Le vice-président des États-Unis, Mike Pence, prend la parole lors de la convention de l'AIPAC 2017 le 26 mars 2017 à Washington (Crédit : Photo par Noam Galai / Getty Images)

WASHINGTON (JTA) — La conférence annuelle sur les affaire publiques israélo-américaines (AIPAC) se tiendra du dimanche 4 mars au mardi 6 mars.

Le mot d’ordre de l’AIPAC est le bipartisme – un concept qui, comme nous l’avons signalé cette semaine, est de plus en plus difficile à mettre en oeuvre à l’ère du président Trump qui s’avère toujours plus clivante. L’AIPAC reste toutefois le principal lobby pro-israélien et ses conférences sont un indicateur fiable de la direction que pourrait emprunter la politique américaine au Moyen-Orient pour les six prochains mois.

Voici ce qu’il faut surveiller.

Législation — où le bipartisme vit ou meurt

Habituellement, avant une conférence, l’AIPAC présente habituellement une liste de voeux portant sur les actions législatives ou les directives que l’organisation souhaite appuyer via les pressions exercées par ses militants, quand ces derniers se rendent au Capitole le mardi après-midi.

Fait inhabituel, il n’y a pas encore de liste de « demandes » en circulation, probablement parce que les différences partisanes sont venues empêcher l’entente sur les projets de loi. Un responsable de l’AIPAC a bien présenté au JTA un large aperçu des points de discussion à l’ordre du jour de mardi, mais il n’a pas précisé quels points seraient rattachés à la législation :

• Assistance à la sécurité : l’AIPAC demande au Congrès de codifier les 38 milliards de dollars sur 10 ans qui ont été garantis à Israël dans le cadre d’un protocole d’accord signé dans les derniers jours de l’administration Obama.

Le lobby veut que la Chambre des représentants autorise la dépense pour cinq ans (le maximum permis pour les dépenses en vertu des règles de la Chambre). L’obtention de l’accord du Congrès sur les dépenses empêcherait n’importe quel président d’utiliser comme moyen de pression la retenue de ces fonds. Bien qu’il n’y ait pas encore d’instrument législatif pour le financement, cette demande pourrait être la plus simple formulée par l’AIPAC durant la conférence.

Le sénateur Lindsey Graham de la Caroline du Sud, un républicain, et le sénateur démocrate Chris Coons du Delaware, sont revenus cette semaine d’une tournée en Israël et ont convenu que les 38 milliards de dollars ne devaient être qu’un « plancher » pour l’aide américaine à Israël.

• Iran : l’AIPAC veut plus de sanctions contre l’Iran, en ciblant en particulier le Corps des gardiens de la révolution iranien, l’entité qui endosse la responsabilité majeure des interventions militaires et des activités terroristes de l’Iran.

Le lobby veut réduire le seuil de déclenchement des sanctions dans les entités qui sont la propriété des Gardiens de la révolution, fixé actuellement à 50 %.

L’ambassadrice américaine aux Nations Unies Nikki Haley à son arrivée sous les applaudissements à la conférence politique annuelle de l’AIPAC à Washington, le 27 mars 2017. (Crédit : capture d’écran AIPAC)

L’AIPAC veut également répondre aux inquiétudes du président américain Donald Trump concernant l’accord de 2015 passé entre la communauté internationale et l’Iran, qui autorise une levée des sanctions contre une pause dans le programme nucléaire iranien.

Comme Trump, l’AIPAC veut un accès plus facile pour les inspecteurs aux bases militaires iraniennes, une extension ou une levée des « clauses de révision » dans certaines des dispositions (actuellement entre 10 et 15 ans) et l’extension de l’accord pour le programme de missiles balistiques iranien.

Et c’est là que le désaccord partisan est le plus prononcé : les démocrates se méfient de toutes décisions qui, estiment-ils, finiront par saborder l’accord qui avait été négocié par l’administration Obama. Les républicains veulent, pour leur part, durcir la convention (et certains souhaitent tout simplement son abrogation).

• BDS: L’AIPAC soutient des projets de loi à la Chambre et au Sénat qui prendraient pour cible le mouvement anti-israélien BDS (Boycott, Divest from and Sanction). Une grande attention va être portée à la liste établie par les Nations unies des entreprises qui travaillent avec les implantations israéliennes, et qui alignerait 22 firmes américaines.

Les projets de loi au Congrès pourraient s’inspirer très directement des lois contre le boycott anti-arabe de 1970 et rendre illégal le fait de rejoindre le boycott. Les projets de loi bénéficiaient d’un large soutien bi-partisan il y a un an et plus, mais le lobbying des groupes pro-palestiniens et des libertaires civils – en plus de l’application controversée de lois d’état anti-BDS – ont mené certains démocrates à retirer leur appui.

Nous savons ce que dira Bibi. Mais que voudra-t-il dire d’autre ?

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu prendra la parole à la conférence après sa rencontre avec Trump prévue lundi. Une partie significative du discours de Netanyahu sera très probablement consacrée aux éloges de l’administration Trump : Pour le transfert de l’ambassade de Jérusalem, pour la dureté affichée face à l’Iran et pour la défense agressive de l’Etat juif devant l’ONU (Il faut s’attendre à un accueil digne d’une rock star pour le vice-président Mike Pence et pour l’ambassadrice américaine à l’ONU Nikki Haley.)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprime pendant la conférence de l’AIPAC à Wahington, le 2 mars 2015. (Crédit : Mark Wilson/Getty Images/AFP)

Israël s’inquiète toutefois de plus en plus de ce que l’administration Trump serait en train de remettre la Syrie à la Russie et à ses alliés – au régime d’Assad et à l’Iran. Les signes, de plus en plus nombreux, semblent indiquer que même le simple spectre d’une présence iranienne en Syrie pourrait être à l’origine d’une guerre pour Israël. Netanyahu évoquera-t-il cette préoccupation, et comment ?

Plan de paix ? Quel plan de paix ?

L’équipe chargée du dossier de la paix de la Maison Blanche avec à sa tête Jared Kushner, le gendre de Trump, continue à promettre qu’elle dévoilera sa proposition afin de ramener « bientôt » Israéliens et Palestiniens à la table des négociations.

Le responsable de l’AIPAC a fait savoir que l’un des thèmes de cette conférence serait de recommander vivement à l’Autorité palestinienne – qui s’est éloignée des pourparlers après la reconnaissance de Jérusalem en tant que capitale d’Israël – de reprendre le dialogue.

« Bientôt » est tellement vague. Pourquoi pas ce week-end ? L’un des membres les plus éminents de l’équipe, l’ambassadeur américain en Israël David Friedman, figurera parmi les 700 intervenants de cette conférence. Peut-être pourra-t-il nous en dire davantage à ce sujet ?

L’AIPAC une fois encore dans le confort ! D’une certaine manière

Pour les deux dernières conférences, les séances plénières majeures avaient été transférées depuis le palais des Congrès de Washington au centre de Verizon, plus intimidant (devenu aujourd’hui la Capital One Arena), un stade de 18 000 places. Ce qui signifiait s’approcher de cinq blocs d’immeubles vers le Chinatown de Washington.

Les militants de l’AIPAC n’ont pas été satisfaits et l’organisation les a écoutés : cette année, tous les événements auront lieu au palais des Congrès.

« Ils préfèrent véritablement se trouver à un seul endroit », a commenté le responsable de l’AIPAC. « Nous nous sommes adaptés en conséquence ».

Cette conférence reste la plus importante de toute l’histoire de l’AIPAC, avec 18 000 participants, et notamment plus de 3 500 étudiants.

Un week-end loin du Russia-gate ?

Vous pensez, n’est-ce pas ?… que l’AIPAC devrait être une oasis bipartisane à l’écart des torrents de boue remués par l’enquête ouverte par le procureur spécial sur des allégations de collusions entre l’équipe de Trump durant la campagne et la période de transition et la Russie.

Vous le pensiez… Mais non. Deux membres juifs du congrès qui jouent un rôle majeur des deux côtés de la controverse interviendront lors de la conférence : Le représentant Adam Schiff de Californie, le plus important démocrate au sein de la commission des renseignements de la Chambre, et le représentant Lee Zeldin, républicain de New York et membre de la commission des Affaires étrangères de la Chambre.

Sympa !

Le « village » de l’AIPAC, au palais des Congrès, comprendra un vol simulé sur le F-35, l’avion de combat américain à la pointe de la technologie qui a été légèrement modifié par les Israéliens et une représentation du système de défense anti-missiles israélien du Dôme de fer.

Ça vous déprime, les armes ? Alors vous pourrez profiter de l’équipe de clowns médicale qui s’occupe des enfants dans les hôpitaux. Ou aller voir les chiens-guides israéliens formés pour assister les malvoyants ou les personnes souffrant de syndrome de stress post-traumatique. Enfin, vous pourrez obtenir votre prélèvement au stand d’Ezer Mizion, le plus important registre au monde de donneur de moelle épinière.

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