A Boston, les Juifs inquiets se rassemblent pour prier et protester contre la bigoterie
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Reportage'La dernière fois que des citoyens ont gardé le silence sur les nationalistes blancs, plus de 6 millions de personnes sont mortes'

A Boston, les Juifs inquiets se rassemblent pour prier et protester contre la bigoterie

Une veillée inter-religieuse et des « contre-manifestations » ont attiré des milliers de Juifs pour dénoncer le racisme et l’anti-sémitisme dans le Berceau américain de la Liberté

Un manifestant portant une étoile jaune lors d'un rassemblement anti-bigoterie tenu à Boston, Massachusetts, le 19 août 2017 (Crédit : Elan Kawesch / The Times of Israel)
Un manifestant portant une étoile jaune lors d'un rassemblement anti-bigoterie tenu à Boston, Massachusetts, le 19 août 2017 (Crédit : Elan Kawesch / The Times of Israel)

BOSTON — Malgré quelques appréhensions, une manifestation rassemblant 40 000 personnes contre les activistes de droite s’exprimant au jardin Boston Common s’est conclue sans violence samedi, alors que les manifestants anti-racisme étaient largement plus nombreux que les militants d’extrême droite.

Parmi les manifestants contre la bigoterie, on trouvait des milliers de Juifs de la Nouvelle Angleterre, dont certains ont évoqué l’Holocauste dans la manifestation. D’autres ont pris part à la veillée inter-religieuse au Temple Israël de la ville vendredi soir pour condamner la lutte pour le nationalisme blanc et l’antisémitisme.

Les manifestants sont venus en masse à Boston samedi matin pour dénoncer la Manifestation de la Liberté d’Expression, un événement qui était prévu avant la manifestation néo-nazi de la semaine dernière à Charlottesville en Virginie, au cours de laquelle Heather Heyer, une manifestante, a été tuée par un suprémaciste blanc. Dans ce climat tendu, il y avait des doutes quant à savoir si la Manifestation de la Liberté d’Expression de Boston attirerait des néo-nazis et pourrait potentiellement entraîner des violences supplémentaires.

Ces peurs se sont révélées infondées dans la mesure où seulement 50 activistes ont rejoint au final la Manifestation de la Liberté d’Expression. Les seules croix gammées qui ont été observées se trouvaient sur les drapeaux des manifestants anti-bigoterie et elles étaient barrées ou parfois transformées en chiffre 45, une référence au président Donald Trump.

Au final, il y avait environ 800 manifestants pour chaque activiste de la liberté d’expression. Certains manifestants juifs portaient des pancartes « Plus jamais », tandis que d’autres utilisaient l’hébreu pour citer la Bible. Il y a eu de nombreuses pancartes avec l’expression « Les Juifs pour Jésus » et « Jésus pour les Juifs », et une femme, portant un tallit et une corne de bélier du shofar, avait la Vierge Marie cousue au dos de son châle de prière.

Manifestants lors des « contre-manifestations » sur Boston, le 19 août 2017 (Crédit : Matt Lebovic / The Times of Israel)
Manifestants lors des « contre-manifestations » sur Boston, le 19 août 2017 (Crédit : Matt Lebovic / The Times of Israël)

Egalement en lien avec l’Holocauste, un jeune homme portant une étoile jaune et un t-shirt rayé a attiré l’attention de nombreux photographes. Une autre femme portait une affiche avec les mots « C’est pour toi grand-mère », et une étoile de David.

La coalition pour la Liberté d’Expression s’est rassemblée dans le kiosque à musique très protégé du parc, tandis que certains des membres ont donné des entretiens ou posté des commentaires sur les réseaux sociaux pour marquer leur opposition au Nazisme ou au racisme.

Il était difficile pour la foule des manifestants d’entendre les discours prononcés dans le kiosque à musique, parce que les chants anti-facistes recouvraient les propos des activistes. Une large zone-tampon, plusieurs séries de barrières et deux cordons de sécurité ont été mis en place pour protéger les activistes d’extrême droite, dont la plupart a été moquée par des chants alors qu’ils sortaient du kiosque à musique sous bonne protection.

« La dernière fois que des citoyens ont gardé le silence sur les nationalistes blancs, plus de 6 millions de personnes sont mortes, a écrit une manifestante sur sa pancarte, avec l’avertissement, « le silence, c’est la complicité ». Des centaines de pancartes, des bannières et des T-shirt contenaient des slogans anti-nazis – dont certains obscènes, et il y avait de nombreuses étoiles de David combinées à des slogans pour les Black Lives Matter (les « Vies Noires Comptent »), les réfugiés, les drapeaux gays arc-en-ciel, entre autres causes.

Après que les activistes d’extrême droite ont été escortés en dehors de la zone de protection, le chef de la police de Boston, William Evans, a fait un discours pour féliciter les forces de l’ordre et déclarer que la journée avait été un succès.

Manifestants lors des « contre-manifestations » à Boston, le 19 août 2017 (Crédit : Elan Kawesch / The Times of Israel)
Manifestants lors des « contre-manifestations » à Boston, le 19 août 2017 (Crédit : Elan Kawesch / The Times of Israël)

Il y a bien eu des escarmouches dans certains quartiers, et autour du jardin lui-même. Environ 27 manifestants ont été arrêtés, selon la police.

« Nous avons laissé entrer les personnes manifestant pour le Premier Amendement, et nous les avons fait sortir », a déclaré Evans.

« Personne n’a été blessé, personne n’a été tué, et il n’y a pas eu de dégâts matériels importants, a déclaré le chef de la police, ajoutant que « 99,99 % » des 40 000 manifestants « étaient ici pour la bonne raison, à savoir combattre la haine et la bigoterie ».

« Tout l’amour dont nous avons besoin pour construire… l’unité »

Environ 1 800 membres des communautés locales se sont rassemblés à la veillée du Temple Israël de Boston vendredi soir. Préparé par l’Organisation Inter-religieuse du Grand Boston, le service du Shabbat, avec de nombreuses chansons, incluait des condamnations de la bigoterie de la part de personnalités importantes laïques ou religieuses de la ville.

« Après les terribles événements de la semaine dernière à Charlottesville, et la deuxième profanation du Mémorial de l’Holocauste à Boston [en Nouvelle Angleterre]… Je ne peux pas vous dire à quel point je suis reconnaissant aux personnes qui nous ont donné la possibilité d’être ici, a déclaré le maire Marty Walsh, en référence à la deuxième attaque de l’été contre l’édifice de la Shoah au centre-ville.

« Nos voisins ont tout l’amour dont nous avons besoin pour construire une unité qui est plus forte que le racisme, plus forte que l’antisémitisme, plus forte que la haine », a déclaré Walsh.

Concernant le mémorial de l’Holocauste, le révérend Liz Walker de l’Eglise Presbytérien de Roxbury a évoqué une campagne de levée de fonds pour 10 groupes anti-bigoterie, y compris le mémorial et les Vies Noires Comptent. Samedi soir, 84 000 dollars avaient été donnés.

Les dirigeants interreligieux se rassemblent au Temple Israël de Boston le 17 août 2017 pour une vigie contre la bigoterie et le racisme (Crédit : Elan Kawesch / The Times of Israel)
Les dirigeants inter religieux se rassemblent au Temple Israël de Boston le 17 août 2017 pour une vigie contre la bigoterie et le racisme (Crédit : Elan Kawesch / The Times of Israël)

Pendant leurs interventions, Walker et d’autres personnalités religieuses n’ont pas incité les gens à participer à la manifestation de samedi. Plus tôt dans la journée, le maire Walsh a invité les habitants de Boston à rester à l’écart du jardin Common pendant la Manifestation de la Liberté d’Expression.

« Suivez-votre conscience, mais si vous y allez vraiment, allez-y en groupe, a déclaré Walker, après que la synagogue a chanté, « je ferai quelque chose », plusieurs fois.

Reliant la violence à Charlottesville à une poussée régionale de l’anti-sémitisme et d’autres crimes de haine, certains intervenants ont accusé Trump d’être responsable de l’été de la haine qui a frappé les Etats-Unis, le président a été largement vu comme un responsable du racisme.

« Quiconque ayant du mal à dénoncer les suprémacistes blancs ou le nazisme ne mérite pas d’être président des Etats-Unis », a déclaré la procureure générale du Massachusetts, Maura Healey.

Le Temple Israël, la plus grande congrégation réformée de Nouvelle Angleterre, a reçu des menaces de la part d’un suprémaciste blanc local après qu’il a été exclu de la participation à une manifestation pour « Unir la Droite » la semaine dernière.

La synagogue est en partenariat avec des églises locales et, au cours des récentes années, avec la Société islamique du Centre culturel de la ville de Boston.

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