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Analyse

À bout, tout le monde n’a pas applaudi le discours de Netanyahu

Peu impressionnées par la promesse du Premier ministre devant le Congrès de ramener leurs proches, les familles d'otages pensent qu'il fait traîner la guerre

Jacob Magid

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Carmit Palty Katzir écoute le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'adresser à une session conjointe du Congrès américain, le 24 juillet 2024. (Crédit : Capture d'écran/C-SPAN)
Carmit Palty Katzir écoute le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'adresser à une session conjointe du Congrès américain, le 24 juillet 2024. (Crédit : Capture d'écran/C-SPAN)

WASHINGTON – « Je ne me reposerai pas tant que tous leurs proches ne seront pas rentrés chez eux. »

Presque tous les membres de la Chambre des représentants américaine se sont levés mercredi en entendant cette phrase prononcée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de son discours devant une session conjointe du Congrès.

Ce dernier a fait cette promesse sur les otages toujours aux mains du groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza, juste après avoir salué les familles des otages américains dans l’auditoire.

Alors que la majorité des personnes présentes se sont levées et ont applaudi, la plupart de la dizaine de proches des huit citoyens américains détenus à Gaza sont restés assis à la tribune, juste en face de Netanyahu. Ils sont restés stoïques et mal à l’aise, ne semblant absolument pas convaincus par les propos du Premier ministre.

« Il y a une certaine déconnexion », a déclaré Ronen, le père d’Omer Neutra, évoquant ce moment auprès du Times of Israel. « Nous ressentons une profonde gratitude pour le soutien que nous avons reçu de la part de la communauté. »

« Mais le Premier ministre est là. Il est le seul à détenir les clés d’un accord, et le sentiment général est qu’il temporise, qu’il est indécis et, dans ce cas, qu’il coûte la vie aux otages. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prononçant un discours devant une session conjointe du Congrès américain, à Washington, le 25 juillet 2024. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

Il mûrit, mais il n’est pas encore mûr

Quelques heures avant son discours, le bureau de Netanyahu a annoncé le report du départ pour le Qatar de l’équipe israélienne chargée des négociations sur les otages. Netanyahu chercherait à convaincre le président américain Joe Biden de soutenir une nouvelle série d’exigences lors des pourparlers, et comme les deux hommes ne devraient pas se rencontrer avant jeudi, l’ordre d’envoyer l’équipe de négociation est reporté, a expliqué un haut responsable israélien.

Avant l’arrivée de Netanyahu à Washington lundi, certains avaient espéré qu’il profiterait de son quatrième discours, un record, devant l’ensemble du corps législatif américain pour annoncer qu’Israël était prêt à finaliser sans délai un accord sur la libération des otages, a expliqué Ruby Chen, le père d’Itay Chen, l’un des otages.

Mais lorsqu’elles ont rencontré Netanyahu quelques heures après son atterrissage, les familles d’otages ont compris qu’il n’en serait rien.

Selon deux participants à la réunion, le Premier ministre aurait dit aux familles lundi soir que « l’accord mûrit, mais il n’est pas encore mûr », arguant que le Hamas, groupe terroriste palestinien, avait récemment cédé sur l’une de ses principales exigences en raison de la pression militaire israélienne, et qu’il fallait continuer à faire pression pour obtenir le meilleur accord possible.

Au début du mois, le Hamas a accepté de revenir sur sa principale exigence, qui consistait à obtenir un engagement préalable d’Israël a un cessez-le-feu permanent, tout en cherchant à imposer une condition qui permettrait de prolonger indéfiniment la première phase du cessez-le-feu temporaire pendant que les négociations sur les conditions de la deuxième phase de la libération des otages sont en cours, a expliqué le haut fonctionnaire israélien.

Les services de sécurité israéliens ont informé Netanyahu et l’échelon politique qu’Israël avait obtenu suffisamment de résultats sur le champ de bataille pour pouvoir aller de l’avant avec l’accord actuellement sur la table, mais le Premier ministre continue à vouloir forcer le Hamas à accepter un accord qui permettrait facilement à Tsahal de reprendre les combats à Gaza après la première phase de six semaines, a poursuivi le haut responsable.

Aviva Siegel, ancienne otage et épouse de l’otage Keith Siegel, lors d’une table ronde de la commission des Affaires étrangères de la Chambre avec des familles d’otages américains détenus par le Hamas, au Capitole à Washington, le 23 juillet 2024. (Crédit : Brendan Smialowski / AFP)

Le Premier ministre a également introduit deux nouvelles exigences ces dernières semaines : le maintien des forces israéliennes dans le corridor de Philadelphi pour empêcher la contrebande d’armes entre l’Egypte et Gaza, et la mise en place d’un mécanisme pour empêcher les terroristes armés de retourner dans le nord de la bande de Gaza.

« Nous sommes extrêmement préoccupés par tous ces ajouts qu’il ne cesse de greffer aux négociations et qui rendent difficile la conclusion d’un accord », a déploré Neutra.

« Depuis janvier, nous entendons dire qu’il suffit d’accroître la pression pour que le Hamas accepte de libérer les otages. Il a dit cela avant que [l’armée] n’entre à Khan Younès, puis avant qu’elle n’entre à Rafah », a-t-il ajouté. « Nous sommes entrés à Khan Younès et à Rafah. Nous avons pris le contrôle de Rafah. Nous contrôlons maintenant toute la bande de Gaza, et les otages n’ont toujours pas été ramenés chez eux. »

Ronen et Orna Neutra tenant des portraits de leur fils Omer Neutra, 22 ans, alors que des parents et des sympathisants des otages israéliens détenus à Gaza depuis les attaques du 7 octobre par les terroristes du Hamas se rassemblent avant le début d’une marche de quatre jours vers Jérusalem appelant à leur libération, sur le site du Festival Supernova, à proximité du kibboutz Reïm, dans le sud d’Israël, le 28 février 2024. (Crédit : Jack Guez/AFP)

« Les services de sécurité israéliens disent que tous les objectifs ont été atteints et que le moment est venu de conclure un accord, mais il ne veut pas de cet accord. Si ce refus n’est pas motivé par des raisons politiques, alors quelle en est la raison ? », s’est interrogé Neutra. Il faisait allusion à une critique fréquente selon laquelle Netanyahu ferait trainer la guerre en longueur pour satisfaire les éléments d’extrême droite de sa coalition, lesquels ont menacé de renverser le gouvernement s’il acceptait l’accord proposé.

Chen a souligné qu’attendre des conditions idéales pourrait se retourner contre lui. « Il y a une dynamique dans les négociations selon laquelle si l’on tente de faire traîner les choses, l’accord risque de tomber à l’eau. »

Les familles des otages détenus à Gaza et leurs sympathisants se rassemblent à Washington, le 23 juillet 2024. (Crédit : US Hostages Families Forum)

Échanger sa place

Même si, à l’issue de leur réunion de lundi, les familles d’otages avaient une idée générale de ce que Netanyahu avait l’intention de dire à la tribune du Congrès sur leur sort, il était important pour Neutra et son épouse Orna d’y assister en personne.

« Chaque membre du Forum des familles a pris sa décision. Certains ont préféré ne pas venir, d’autres ont décidé de manifester à l’extérieur », a-t-il déclaré.

D’autres ont décidé de manifester discrètement à l’intérieur de l’hémicycle. Six parents d’otages portant des T-shirts jaune vif sur lesquels était écrit « A deal now » ont été escortés hors de la Chambre et arrêtés après être restés debout à plusieurs reprises alors que le reste de l’auditoire se rasseyait à la fin des ovations, dans le but évident d’attirer l’attention de Netanyahu.

Les parents des otages américains, pour leur part, n’ont pas souhaité attirer autant l’attention.

« Cela n’a pas été facile, comme vous l’avez vu », a indiqué Neutra, « mais nous voulions le voir en personne et emporter ces sentiments avec nous lorsque nous rencontrerons Biden [jeudi] », a-t-il ajouté.

Les familles des otages américains rencontreront les deux dirigeants à la Maison Blanche après une réunion des deux dirigeants en privé et avec leurs équipes.

Interrogé sur ce qu’il comptait dire lors de la rencontre, Jon Polin, le père de Hersh Goldberg-Polin, a répondu qu’il refuserait toute allusion à un accord « qui mûrit, mais qui n’est pas encore mûr ».

« Je ne veux plus entendre dire que nous nous rapprochons [d’un accord]. Je ne veux plus entendre parler d’un changement d’objectif. Je ne veux plus entendre d’excuses », a-t-il déclaré mardi.

Jon Polin, père de l’otage Hersh Goldberg-Polin, lors d’une manifestation devant la résidence privée du Premier ministre Benjamin Netanyahu, rue Azza, à Jérusalem, le 21 janvier 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Deux cent quatre-vingt-onze jours, c’est plus qu’il n’en faut pour faire payer à nos proches le prix de nos efforts pour nous rapprocher de plus en plus d’un accord », a déclaré Polin qui a ensuite proposé une alternative.

« Si le gouvernement israélien et son Premier ministre estiment qu’ils ont besoin de plus de temps, qu’ils nous ramènent nos proches, qu’ils envoient 120 de leurs proches à la place des nôtres et qu’ils continuent alors à discuter. »

Mercredi soir, le nombre d’otages était tombé à 115. Mais il n’y avait aucune raison de se réjouir : les cinq otages « libérés » ont été ramenés chez eux dans des sacs mortuaires.

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