À Dubaï, ces princesses dans la tourmente qui tentent de fuir l’ordre familial
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À Dubaï, ces princesses dans la tourmente qui tentent de fuir l’ordre familial

Ces dernières années, deux jeunes princesses ont tenté d'échapper à leur père, le tout-puissant émir de Dubaï Mohammed ben Rached al-Maktoum

La princesse Haya bint al-Hussein, épouse du Sheikh Mohammed Bin Rashid Al Maktoum, Premier ministre des Émirats arabes unis et gouverneur de Dubaï, à Dubaï, le 17 janvier 2016. (Crédit : AP/Martin Dokoupil)
La princesse Haya bint al-Hussein, épouse du Sheikh Mohammed Bin Rashid Al Maktoum, Premier ministre des Émirats arabes unis et gouverneur de Dubaï, à Dubaï, le 17 janvier 2016. (Crédit : AP/Martin Dokoupil)

Ces dernières années, deux jeunes princesses ont tenté d’échapper à leur père, le tout-puissant émir de Dubaï Mohammed ben Rached al-Maktoum, lors de douloureux épisodes dignes d’un thriller, et finalement avortés. Aujourd’hui, sa sixième épouse, la princesse Haya, qui est en fuite à Londres, demande protection devant la justice britannique.

Dans ce pays stratégique du Golfe, les Emirats arabes unis, ces affaires de « princesses rebelles » ont défrayé la chronique et irrité au plus haut niveau à Dubaï, ultra-protectrice des affaires de la famille régnante. Cette cité-Etat gère soigneusement son image à l’étranger de grand centre financier international et paradis du luxe pour les touristes avec ses gigantesques centres commerciaux et gratte-ciel toujours plus sophistiqués.

Mais cet été, la princesse Haya, 45 ans et sixième épouse du souverain émirati depuis leur mariage en 2004, a créé la sensation en fuyant à Londres sans son époux âgé de 70 ans.

Elle a depuis lancé une procédure inédite contre lui, en demandant mardi devant le juge aux Affaires familiales de la Haute Cour de justice de Londres à bénéficier d’une mesure de protection contre un mariage forcé qui pourrait concerner un des enfants du couple.

Elle a aussi demandé une mesure de protection contre des brutalités et réclamé la garde de ses enfants.

Cheikh Mohammed ben Rached al-Maktoum réclame, de son côté, le retour de ses enfants aux Emirats.

L’audience devant la Haute cour de Londres, prévue sur deux jours, se poursuivait mercredi.

Née et élevée en Jordanie, Haya a été éduquée dans les écoles privées de l’élite britannique et est diplômée d’Oxford. Elle se présente comme l’incarnation de la femme musulmane moderne.

Le cheikh Mohammed ben Rached al-Maktoum, vice-président et premier ministre des Emirats arabes unis et souverain de Dubaï, lors d’une session spéciale au Sommet mondial du gouvernement 2017, à Dubaï le 12 février 2017. (Crédit : AFP / Stringer)

« Prison dorée »

« Les femmes doivent prendre conscience de leur force », confiait-elle en 2016 à un magazine féminin émirati.

« Le souverain de Dubaï écrit de la poésie sur son cœur brisé par le départ de sa femme la princesse Haya, mais étant donné le traitement qu’il réserve à ses deux filles détenues, il semble ne tolérer les femmes que quand elles restent confinées dans leur prison dorée », a réagi début juillet sur Twitter le directeur de Human Rights Watch (HRW), Ken Roth, faisant référence aux princesses Latifa et Shamsa, filles de l’émir.

Ces princesses ont tenté par le passé de s’échapper, mais ont eu moins de chance.

En mars 2018, Latifa al-Maktoum, 32 ans, annonce dans une vidéo diffusée sur YouTube vouloir fuir son pays.

Au bord des larmes, elle dit avoir été « torturée », et « emprisonnée pendant trois ans » par son père après une première tentative d’évasion alors qu’elle n’était qu’adolescente en 2002, critiquant un « père qui ne pense qu’à son image » et qui a « détruit les vies de tant de personnes ».

« Je fais cette vidéo au cas où cela échouerait », disait-elle. La vidéo a été publiée car la tentative, digne d’un thriller en eaux troubles et lancée le 24 février 2018 a, en effet, échoué de manière spectaculaire.

Avec l’aide d’une amie finlandaise, la princesse réussit à quitter la ville-Etat pour embarquer discrètement au large d’Oman, sultanat voisin, sur un voilier américain. Mais pendant la nuit du 4 au 5 mars, dans les eaux internationales au large de Goa, le Nostromo est arraisonné par la marine indienne, ont raconté à l’AFP un Français, Hervé Jaubert, le propriétaire du bateau, et l’amie finlandaise, Tiina Jauhiainen.

Latifa Al Maktoum. (Crédit photo : Tiina Jauhiainen / Wikimedia / CC BY-SA 4.0)

Les deux étrangers disent avoir été ramenés à Dubaï, emprisonnés dans des installations secrètes, puis expulsés. En revanche, la princesse ne s’est depuis pas manifestée publiquement et se trouverait toujours à Dubaï.

Le gouvernement à Dubaï a fini par rompre son silence sur cette affaire rocambolesque le 17 avril 2018, confirmant que la princesse avait été « ramenée » auprès de sa famille et qu’elle allait « bien ».

« Droguée »

Contactée par l’AFP mercredi, l’organisation basée au Royaume-Uni « Detained in Dubai », qui affirme aider juridiquement les victimes d’injustice aux Émirats, a estimé que la « situation des princesses Haya et Latifa mettaient en évidence les manquements graves, voire les abus légalisés du système judiciaire des Emirats, en particulier en ce qui concerne les droits des femmes ».

Dans sa vidéo de mars 2018, Latifa avait expliqué avoir été marquée par le destin de sa sœur aînée, la princesse Shamsa, également fille de l’émir de Dubaï. A 18 ans seulement, Shamsa, qui serait née en 1981, avait tenté de fuir son père en 2000 alors qu’elle était en vacances en Angleterre.

Selon le récit de Latifa, la jeune fille a été retrouvée après deux mois de fuite, « droguée », ramenée à Dubaï en jet privé et « enfermée ». « Elle n’a aucune liberté (…) elle est entourée d’infirmières et elle doit prendre des médicaments qui contrôlent ses pensées », a affirmé Latifa.

Les Emirats ont accueilli en novembre 2018 un Sommet mondial de la tolérance qui a été fustigé par des organisations de défense des droits de l’Homme comme une hypocrisie étant donné le bilan de ce pays, qui selon ces ONG, a emprisonné plusieurs militants des droits humains, dont Ahmed Mansoor, condamné en 2018 à dix ans de prison et l’universitaire Nasser Bin Ghaith, condamné lui aussi à dix ans de prison en 2017.

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