A Gaza, les jeunes profitent de la pandémie pour se marier à moindres frais
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A Gaza, les jeunes profitent de la pandémie pour se marier à moindres frais

La moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté, ce qui empêche habituellement nombre de jeunes de réunir les sommes nécessaires pour se marier et fonder une famille.

Une mariée palestinienne voilée quitte un salon de beauté dans le nord de la bande de Gaza le 13 novembre 2020, avant sa cérémonie de mariage au milieu de la pandémie de COVID-19. (Crédit : MAHMUD HAMS / AFP)
Une mariée palestinienne voilée quitte un salon de beauté dans le nord de la bande de Gaza le 13 novembre 2020, avant sa cérémonie de mariage au milieu de la pandémie de COVID-19. (Crédit : MAHMUD HAMS / AFP)

Les tambours et la flûte orientale réverbèrent sur les murs crus d’une venelle de Gaza. Il est 13H00 à peine et les « shebabs », jeunes Palestiniens, dansent au soleil, tournoient en claquant des doigts, lors de cet étrange mariage béni par la pandémie…

Dans les rues de la bande de Gaza, les convois de voitures décorées de fleurs filent comme des comètes qui klaxonnent dès le début de l’après-midi pour se rendre ici dans une maison, là dans une ruelle, là encore dans une cour arrière, pour célébrer des « mariages corona ».

Dans le quartier d’al-Rimal, Mohammed Ahmed Ashour, un marchand de 24 ans, s’est finement rasé la barbe, coupé les cheveux, appliqué une pointe de gel et a enfilé son plus beau veston embelli d’une cravate bordeaux, avant de danser au rythme enivrant d’un orchestre ambulant.

En pleine pandémie de Covid-19, ce jour de novembre n’en est pas un comme les autres: Mohammed se marie. Après une heure de danse sans masque, entouré d’hommes de la famille et d’amis, et sous le regard des voisins vissés à leurs fenêtres, il attend sa promise au visage couvert qui arrive dans sa robe cristal.

Le marié Mohammed Ahmed Ashour (au centre) danse avec ses amis en attendant la mariée,, à Gaza, le novembre 2020, avant sa cérémonie en pleine pandémie de COVID-19. (Crédit : Mahmud HAMS/AFP)

A une centaine de mètres, les grands halls de mariage s’alignent sur le bord de mer. Mais ces temples des nuits de Gaza sont tous fermés, sans vie, en raison des mesures anti-coronavirus imposées par le Hamas, groupe terroriste islamiste au pouvoir depuis 13 ans dans l’enclave palestinienne.

Le bonheur de Mohammed est « incomplet », dit-il, car il aurait aimé pouvoir se marier dans l’un de ces halls où les familles réunissent des centaines de convives et engloutissent parfois des milliers de dollars pour des mariages grandioses, dans un territoire pourtant miné par la pauvreté.

Mais la mère de Mohammed a, elle, vu une « bonne occasion » dans la crise sanitaire. Des halls fermés, cela veut dire des mariages en plus petit comité à la maison, et donc une note finale moins salée.

A Gaza, « la plupart des gens se marient pendant le corona, la cérémonie ne dure qu’un peu plus d’une heure. Je ne suis pas tout à fait heureux car j’aurais préféré le célébrer dans une salle de mariage », dit à l’AFP le jeune homme au corps sec, entre deux pas de danse pour ce mariage diurne.

Une fois le mariage de Mohammed et sa douce terminé, les membres de l’orchestre ambulant – un joueur de ney (flûte orientale) et trois percussionnistes – rentrent chez eux avant le couvre-feu du crépuscule, pour enchaîner le lendemain sur d’autres cérémonies car ces jours-ci, leur petite entreprise ne connaît pas la crise.

Les enfants du paradis

A Jabaliya, ville du nord de la bande de Gaza, les revoilà donc quelques jours plus tard pour un autre mariage, cette fois celui d’Ahmed Omar Khallah, un facteur de 28 ans au caractère réservé mais au déhanché extatique ce jour-là.

A Gaza, territoire palestinien soumis à des restrictions israélienne, la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté (moins de cinq dollars par jour) et le chômage flirte avec les 65% chez les jeunes, ce qui empêche nombre d’entre eux de réunir les milliers de dollars nécessaires pour se marier et fonder une famille.

Un Gazaoui se fait tester pour le coronavirus, à Jebaliya, le 30 octobre 2020. (Crédit : AP Photo/Adel Hana)

« Il n’y a pas de travail, pas d’argent, alors que peuvent faire les jeunes sinon en profiter pour se marier et espérer que demain sera meilleur » lance Ahmed, masque sanitaire sous le nez, qui vient chercher son épouse Zahra au salon de beauté.

« Cela fait un an et demi que nous sommes fiancés mais à cause de notre situation financière le mariage avait été plusieurs fois reporté », explique-t-elle à la sortie du salon « Al-Hour al-Ayn » – expression islamique référant à la beauté des yeux des femmes du paradis – tenu par Fadwa, une habituée des mariages gazaouis.

« De nombreux couples préfèrent se marier durant la période du corona parce que les coûts sont moindres. Ils n’ont pas à louer des salles de mariages, à payer pour de grands buffets », dit Fadwa, qui a dû ajuster ses heures de travail pour épouser ces nouveaux rituels.

« Nous commençons désormais le boulot vers 07H00 du matin, certains salons ouvrent même dès 05H00 car les gens ne se marient que jusqu’à 17H00 », heure du couvre-feu imposé par la police du Hamas qui patrouille dans les rues et disperse aussi à l’occasion des célébrations trop fréquentées, afin d’éviter les contaminations.

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