A la Knesset, les élus arabes israéliens jurent de lutter contre « l’occupation »
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A la Knesset, les élus arabes israéliens jurent de lutter contre « l’occupation »

Au cours de leur prestation de serment, des députés de la Liste arabe unie ont juré de lutter contre "l'apartheid" et le "racisme" en remplacement de l'engagement traditionnel

Le député de la Liste arabe unie Sami Abu Shehadeh pendant la prestation de serment de la 24è Knesset à Jérusalem, le 6 avril 2021. (Crédit :  Alex Kolomoisky/POOL)
Le député de la Liste arabe unie Sami Abu Shehadeh pendant la prestation de serment de la 24è Knesset à Jérusalem, le 6 avril 2021. (Crédit : Alex Kolomoisky/POOL)

Des membres de la Liste arabe unie, alliance des partis à majorité arabe, ont suscité l’indignation, mardi, lors de la cérémonie de prestation de serment des parlementaires élus au cours du dernier scrutin, substituant à l’engagement oral à servir Israël et la Knesset la promesse de combattre « l’apartheid », « l’occupation » et le « racisme ».

Le serment prêté lors de cette cérémonie par les législateurs qui entrent au Parlement établit que « je m’engage à être loyal à l’égard de l’État d’Israël et à me consacrer à pleinement à faire mon devoir à la Knesset ».

Pendant la cérémonie, les noms des députés sont cités les uns après les autres et les législateurs répètent alors : « Je m’y engage ».

Mais, suite à une initiative qui a été proposée par le député juif de Hadash Ofer Cassif, quatre des membres de la Liste arabe unie – ils sont six à siéger à la Knesset – ont chacun présenté leur propre formulation du vœu.

« Je m’engage à combattre l’occupation », a déclaré Aida Touma-Suleiman, de Hadash.

Cassif a indiqué : « je m’engage à lutter contre le racisme et les racistes ».

Ces propos ont entraîné de bruyantes protestations et la colère des autres députés. Le président de la Knesset issu du Likud, Yariv Levin, a déclaré que ces paroles disqualifiaient le serment de leurs auteurs, qui ont quitté sous escorte la séance plénière, accusés d’avoir perturbé cette dernière.

Ils devront faire leur prestation de serment formelle ultérieurement. Le cas échéant, ils pourraient être privés de certains de leurs droits de législateur et perdre leurs salaires jusqu’à ce qu’ils prêtent serment.

La Liste arabe unie est constituée des formations Hadash, Balad et Taal. Les députés Ayman Odeh, Touma-Suleiman et Cassif (Hadash) ainsi que Sami Abu Shehadeh (Balad) ont tous ajouté des causes variées à leur prestation de serment. Les deux parlementaires de Taal, Ahmad Tibi et Osama Saadi, n’ont pas pris part à cette initiative.

Lundi, la Liste arabe unie s’est refusée à recommander un candidat au poste de Premier ministre. Odeh a expliqué au président Reuven Rivlin que s’il respectait personnellement le leader de Yesh Atid, Yair Lapid, sa formation ne pouvait recommander son nom en raison de son partenariat potentiel avec des partis de droite.

Après les élections précédentes, la Liste arabe unie avait recommandé le leader de Kakhol lavan, Benny Gantz, qui avait alors trahi la promesse qui avait été au centre de sa campagne en rejoignant un gouvernement d’unité avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Les soutiens en faveur de la Liste arabe unie ont chuté lors du vote du 23 mars. L’alliance a remporté six sièges et le parti islamiste Raam, qui avait quitté la Liste arabe unie avant que les Israéliens ne se rendent aux urnes, en a gagné quatre. L’alliance avait arraché 15 sièges lors du scrutin précédent.

Le président de la Liste arabe unie Ayman Odeh s’exprime au siège du parti dans la ville de Shfaram, le soir des élections, le 23 mars 2021. (Crédit : David Cohen/Flash90)

Ces déclarations faites par les membres de la Liste arabe unie n’ont pas été le seul aspect inhabituel de cette première journée à la Knesset.

La 24è Knesset a prêté serment avec la perspective d’un nouveau vote qui semble se profiler à l’horizon au lendemain du quatrième scrutin ayant livré des résultats non-concluants en l’espace de moins de deux ans.

La cérémonie, habituellement festive, a été à la fois silencieuse et austère, alors que le pays reste bloqué dans une crise politique toujours en cours et qui ne semble pas vouloir s’apaiser.

La cérémonie a eu lieu après que Rivlin a confié à Benjamin Netanyahu, le chef du parti du Likud, le soin de former un gouvernement, disant qu’il avait pris cette initiative avec réticence – en notant la faible possibilité pour un dirigeant politique israélien quel qu’il soit de parvenir à rassembler une coalition et le procès pour corruption en cours du Premier ministre qui se tient actuellement à Jérusalem.

S’exprimant depuis la tribune, c’est un Rivlin qui s’est parfois laissé aller à l’émotion qui a remarqué la nature changeante de la société israélienne qui, selon lui, est passée « d’une majorité claire partageant un système de valeurs et des croyances relativement homogènes » à une société « divisée sur des lignes tribales – laïcs, religieux, ultra-orthodoxes et arabes ».

Ces divisions, a-t-il continué, sont douloureusement apparues de manière nette pendant la pandémie, l’année dernière, et les Israéliens doivent maintenant se rassembler.

Rivlin a imploré les députés de montrer un esprit de leadership, de surmonter les divisions et de donner aux citoyens un gouvernement stable après deux années d’agitations politiques.

Le président Reuven Rivlin lors de la cérémonie de prestation de serment de la 24è Knesset, le 6 avril 2021. (Crédit : Alex Kolomoisky/Pool/Flash90)

Les tensions apparentes entre Rivlin et Netanyahu ont aussi jeté une ombre sur d’autres éléments de la cérémonie à la Knesset, avec l’absence du président lors de la réunion habituelle avec le Premier ministre, le président de la Knesset et la présidente de la Cour suprême. Rivlin n’a pas non plus participé à la photographie traditionnelle des chefs de parti.

Pendant la cérémonie, des manifestations ont eu lieu aux abords du bâtiment contre l’entrée à la Knesset de la faction extrémiste Noam dans le cadre de l’alliance du Parti sioniste religieux, qui cherche à réduire les droits des femmes et les droits LGBT.

L’association Agouda a organisé avec d’autres associations de défense des droits humains la manifestation de mardi devant le Parlement, coïncidant avec la prestation de serment des nouveaux députés, le 6 avril 2021. (Crédit : Emmanuel DUNAND / AFP)
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